Laurent Saint-Martin, rapporteur général (LREM) du budget à l'Assemblée nationale
Depuis que vous êtes rapporteur, vous navez eu à étudier que des budgets de crise Ce projet de loi de finances 2022 est le dernier du quinquennat, hors budgets rectificatifs. Est-ce loccasion pour vous de lancer des sujets de long terme ?
Laurent Saint-Martin : « On ne peut malheureusement pas crier victoire trop tôt. Cela reste un texte concentré sur la crise. Nous continuons à gérer le financement du plan de relance et nous sommes encore - sur le volet projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) - sur les conséquences de la crise. Mais, effectivement, cest un budget qui se normalise, à la croisée des chemins entre la sortie de crise, la fin du quoi quil en coûte et quelques projets à plus long terme. Les réformes et transformations ne sont pas à lordre du jour. Le budget 2022 va garder la même philosophie des derniers mois : on ne répond pas à la crise par une hausse des impôts, on y répond par de linvestissement qui nourrira la croissance, plus de moyens dans la transition écologique, et plus de moyens dans les grands ministères régaliens. »
Avez-vous, en tant que rapporteur, certains points de vigilance prioritaire ? Tels que la réduction de la dette ou le pouvoir dachat par exemple
L.S-M. : « Oui. Ceux qui sont les miens depuis ma prise de fonction : tout dabord le pouvoir dachat des ménages, cest pour cela que jai fortement poussé pour que le gouvernement inscrive au PLFR [projet de loi de finances rectificative, NDLR] de fin dannée 2021 la revalorisation du chèque énergie, ce qui sera fait ; et ce qui reste ma première conviction, la stabilité fiscale. Mon premier travail en tant que rapporteur, cest de contenir toute limagination débordante de mes collègues parlementaires en termes de fiscalité. »
« Mon premier travail en tant que rapporteur, cest de contenir toute limagination débordante de mes collègues parlementaires en termes de fiscalité. »
Le 16 septembre Emmanuel Macron a dévoilé un plan pour les indépendants, dont certaines mesures figureront au projet de loi de finances pour 2022. Faut-il sattendre à dautres coups de pouce favorables au pouvoir dachat ?
L.S-M. : « Oui, à commencer par la poursuite de la suppression de la taxe dhabitation. Depuis 2017 nous avons plus fait quaucune autre majorité pour le pouvoir dachat des ménages et plus particulièrement pour ceux qui travaillent, notamment à travers la baisse des prélèvements obligatoires. Après, il y a des compensations ponctuelles comme la flambée de lénergie, ce qui nous a donc conduit à ce renforcement du chèque énergie. Nous prolongeons aussi toutes les aides ou minimas sociaux tels que la prime dactivité, lAAH [allocation aux adultes handicapés], le minimum vieillesse »
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Concernant le chèque énergie, la CLCV a immédiatement réagi en soulignant que 100 euros, ce nest pas assez et en réclament une baisse des taxes. Or, une hausse denviron 6% se profile aussi sur les tarifs de lélectricité dès février. Un geste supplémentaire reste-t-il envisageable ?
L.S-M. : « On verra. Cela dépendra de la conjoncture. Il faut répondre à la problématique du coût de lénergie. Faudra-t-il passer par une réponse différente, passant par la fiscalité ? Peut-être mais je crois quà court terme ce nest ni la meilleure réponse, ni la plus rapide, ni la plus souhaitable pour le portefeuille des ménages. »
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« Lerreur est de prendre chaque poste de dépense individuellement »
Autre poste de dépenses énergétiques : lessence, non couverte par le chèque énergie. Or le prix des carburants augmente fortement
L.S-M. : « Lerreur est de prendre chaque poste de dépense individuellement. Cest vrai quil y des poches dinflation. Faut-il y répondre matière première par matière première ? Je ne suis pas sûr. En revanche, nous avons favorisé le budget des ménages de manière globale depuis 2017. »
Linflation est-elle un sujet dinquiétude ?
L.S-M. : « Dabord nous pouvions lanticiper à travers plusieurs phénomènes mondiaux sur les matières premières. Sans être une inquiétude, cest un point de vigilance. Nous allons continuer à répondre à la problématique du pouvoir dachat des ménages comme nous le faisons depuis 4 ans. »
A plus moyen terme, le dispositif dincitation à linvestissement locatif Pinel arrive à échéance fin 2022. La ministre du Logement Emmanuelle Wargon a commencé à esquisser les contours dun Pinel+ pour prendre le relais Est-ce que cela sera au menu du budget 2022 à lAssemblée nationale ?
L.S-M. : « Sans vouloir botter en touche, cest une question à poser à la ministre du Logement De mon côté : à lautomne dernier, nous avons trouvé un bon équilibre entre la stabilité du secteur et la nécessité dannoncer des évolutions dans un calendrier raisonnable. »
Même problématique pour le prêt à taux zéro (PTZ), censé sarrêter fin 2022. Or cest un dispositif sur lesquel comptent des milliers de Français chaque année pour acheter leur première résidence principale. Êtes-vous favorable à une nouvelle prolongation ou à une adaptation ?
L.S-M. : « Comme pour le Pinel, je ne peux pas vous le dire à ce stade Un tout dernier budget de quinquennat nest pas forcément propice à de grandes transformations. Ce qui nempêche pas de les préparer »
« A repousser sans cesse, la réforme nexiste jamais »
Afin d'éviter tout effet panique fin 2022, la prolongation dun an du PTZ actuel ne serait-elle pas bienvenue ?
L.S-M. : « A repousser sans cesse cette discussion, la réforme nexiste jamais. Il faut se mettre dans les bonnes conditions, tout en regardant le calendrier électoral et en faisant en sorte que ce ne soit pas un frein à la croissance. »
Pour résumer, sur le PTZ : une éventuelle prolongation dun an à arbitrer. Mais pas de révolution à attendre.
L.S-M. : « Pas pour cet automne. Mais encore une fois cest à vérifier avec la ministre du Logement. »
Votre fil rouge et celui de votre prédécesseur Joël Giraud est la chasse aux niches fiscales inopérantes. L'avez-vous abandonné pour cause de crise sanitaire ? Ou ce budget 2022 est-il loccasion de le reprendre ?
L.S-M. : « La volonté de se pencher sur les niches fiscales reste évidemment à lesprit. Javais lancé le Grenelle des niches fiscales avant de devoir le mettre entre parenthèse pour cause de crise sanitaire. Il faut prendre le temps du dialogue social pour ces sujets fiscaux et la crise ne le permettait pas. La conviction reste là. Mais la réforme de la dépense fiscale est un travail de beau temps : on ne lattaque pas en pleine tempête. »
« La réforme de la dépense fiscale est un travail de beau temps : on ne lattaque pas en pleine tempête »
Dans le même esprit, sur le barème de limpôt sur le revenu, il ny a donc rien dautre à attendre que la revalorisation annuelle habituelle avec ce budget 2022
L.S-M. : « Oui. Il ne faut pas sattendre à de grands chamboulements. La stabilité fiscale est la meilleure manière de redonner de la confiance aux ménages et entreprises, pour favoriser la consommation et linvestissement. »
Autre conséquence de la crise sanitaire : la sur-épargne, et des montants records dargent sur les comptes courants. Bruno Le Maire a insisté plusieurs fois sur la nécessité dinciter à consommer et à investir dans léconomie réelle. Est-ce que cela pourrait se traduire par une nouvelle adaptation de la fiscalité de lépargne ?
L.S-M. : « Ce sont toujours les mêmes débats ! Les ménages français [environ un quart de la population, NDLR] ont mis plus de largent de côté pendant la crise. Il existe déjà un cadre propice à linvestissement productif dans notre pays : la flat tax, les unités de compte de lassurance vie, les fonds Relance de Bpifrance Arrêtons de triturer la fiscalité de lépargne ! La priorité est de redonner de la confiance : elle se crée par la vaccination, par le rebond économique, par le sentiment que la crise est derrière nous, en faisant en sorte que les Français naient pas peur que les impôts ne ré-augmentent demain Il faut arrêter de penser quil peut exister une fiscalité magique pour inciter à investir : le cadre favorable est déjà là. »
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A beaucoup plus long terme, la révision des valeurs locatives, base de calcul de la taxe foncière, nest prévue quà léchéance 2026. Est-ce un calendrier trop lointain ?
L.S-M. : « Indéniablement il faudra une révision de la fiscalité locale du sol au plafond à un moment ou lautre, et ce concomitamment à une réflexion sur la revue des dépenses des collectivités locales. On ne peut pas aller vers plus de décentralisation, avec la loi 3DS, tout en éloignant financièrement les citoyens des collectivités locales. Il faudra donc repenser ce lien entre citoyens et collectivités locales mais cest un travail lourd nécessitant beaucoup de concertation. »
« Il faudra une révision de la fiscalité locale du sol au plafond à un moment ou lautre »
Plus concrètement, vous estimez quil faudra une réforme plus ambitieuse quune simple révision des valeurs locatives en 2026 et ce rapidement après les prochaines élections ?
L.S-M. : « Je pense que cest nécessaire, oui. »
A limage de la retraite, pensez-vous que la question de lhéritage pourrait être lun des grands sujets « argent » de la prochaine campagne présidentielle ?
L.S-M. : « Certains commencent à faire des propositions sur ce point. Je prône la stabilité fiscale. »
Il nempêche : en 2017, du côté de la majorité présidentielle, Christophe Castaner et Emmanuel Macron avaient lancé lidée dune refonte de la fiscalité de la succession avec la volonté de lutter contre les inégalités qui en découlent.
L.S-M. : « Je nai jamais caché que jétais favorable à cette philosophie, cest-à-dire mieux favoriser les donations que les successions. Mais aujourdhui, est-ce un chantier prioritaire au lendemain de la crise ? Je nen suis pas convaincu. Ce sera dans le débat [lors de la campagne présidentielle], probablement, ne serait-ce que parce quun candidat pourrait avancer des idées sur ce point. Mais la stabilité a du bon. Nous avons cette maladie française de vouloir faire bouger, chaque année, la fiscalité ! Dans certains pays, la fiscalité ne bouge pas Les prélèvements obligatoires ont baissé, et ce serait bien den rester là pour un bon moment. »
En cas de second quinquennat dEmmanuel Macron, il ne faut donc pas attendre de grande réforme fiscale à limage de ce qui a été fait avec la flat tax en 2017 ? Excepté sur les impôts locaux
L.S-M. : « Voilà. Si la question porte sur la fiscalité de la compétitivité des entreprises et de la consommation des ménages, la réponse est non. En revanche, sur la question des collectivités, oui. »



















