A moins d'un an de l'élection présidentielle et en pleine préparation du budget 2027, la Cour des comptes a adressé un avertissement sévère concernant la situation des finances publiques françaises et a demandé des « mesures fortes ».

« On peut dire que tous les signaux sont au rouge », a lancé d'entrée la présidente de la première chambre de l'institution, Carine Camby, à l'occasion de la présentation du rapport à la presse.

Si 2025 avait réservé une « bonne surprise » avec une réduction du déficit public un peu plus importante que prévue (5,1% du PIB, contre 5,4% escomptés), la Cour relève que « ce résultat est dû exclusivement à des hausses d'impôts et de cotisations sociales » tandis que « les économies sur les dépenses ont été une nouvelle fois repoussées ».

Or les dépenses « ont augmenté plus rapidement que la richesse nationale en 2025 », a détaillé Carine Camby. Et « si nous ne parvenons pas à tenir l'objectif de déficit à 5% a minima, cela signifierait que la France est incapable de soutenir un effort dans la durée », a-t-elle poursuivi.

La cible « modeste » de réduction du déficit retenue par le gouvernement à 5% du PIB 2026 est « loin d'être acquise », selon les auteurs du rapport.

Les conclusions de ce rapport risquent de peser dans un contexte d'inquiétudes économiques liées à la guerre au Moyen-Orient et avant la réunion prochaine du comité d'alerte des finances publiques.

- « En dessous des enjeux » -

La Cour redoute une année 2026 « à risques », notamment en raison de « textes financiers en dessous des enjeux, et dont les objectifs déjà modestes sont compromis ».

La dégradation de la conjoncture économique, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, menace les « objectifs modestes » que le gouvernement s'était fixés.

Selon ses dernières prévisions en avril, il anticipe toujours une croissance à 0,9% en 2026, et une inflation à 1,9%, tandis que le consensus des économistes table plutôt sur une croissance à 0,6% et une inflation à 2,1%, d'après le rapport de la Cour.

L'objectif de croissance ne sera « vraisemblablement pas atteint », a estimé Mme Camby, et les effets de l'inflation devraient surtout se faire sentir en 2027, avec la revalorisation de certaines prestations sociales pour tenir compte de la hausse des prix.

- « Inquiétante dynamique de la dette » -

Quand bien même les prévisions du gouvernement se réalisaient, la dette publique continuerait de s'envoler pour dépasser 3.620 milliards d'euros, s'établissant à 118,5% du PIB en 2026, prévoit la Cour des comptes. Cela représentera 160 milliards d'euros de dette supplémentaire pour la seule année 2026.

Cela signifie que la France ne parvient pas à ralentir « l'inquiétante dynamique de la dette engagée en 2024 et poursuivie en 2025 », selon Carine Camby.

Surtout, les Sages de la rue Cambon s'inquiètent d'une « augmentation massive » de la charge de la dette, c'est-à-dire du coût de l'endettement, qui devrait croître de 12 milliards d'euros en 2026 pour atteindre 77,4 milliards d'euros. Le choc d'inflation en raison de la guerre au Moyen-Orient contribue à cette hausse à hauteur de quelque 4 milliards d'euros.

D'après les prévisions de la Cour, la charge d'intérêt de la dette pourrait atteindre 100 milliards d'euros en 2029, soit 3% du PIB.

Cette charge croissante risque de consommer « toutes nos marges de manœuvres », ce qui pourrait compromettre la capacité de l'Etat à affronter de futures crises ou à réaliser certains investissements dans l'Education, la Santé, la transition écologique, a souligné Carine Camby.