Un logement mieux classé sur le Diagnostic de performance énergétique (DPE) sans réaliser de travaux ? C'est ce qui pourrait attendre des milliers de propriétaires de biens chauffés à l'électricité dans les mois à venir. Noyée dans le plan d'électrification des usages du gouvernement se trouve en effet une mesure repérée par Médiapart qui promet du changement dans le calcul de ce diagnostic.
Le point « étudier un rééquilibrage du diagnostic de performance énergétique pour les logements chauffés à l'électricité », évoque une nouvelle diminution du facteur de conversion de l'électricité, à l'image de celle actée depuis janvier 2026.
Ce facteur, appelé coefficient d'énergie primaire (CEP), était auparavant fixé à 2,3 pour l'électricité et a été abaissé à 1,9 depuis cette année. Pour le gaz, il est fixé à 1. « Cela signifie que dans le DPE, chaque kWh d'électricité consommé compte pour 1,9 kWh, ce qui dégrade la performance du logement », argumente le gouvernement. En d'autres termes, les logements électrifiés sont désavantagés en comparaison avec ceux chauffés au gaz, alors que la première est une énergie décarbonée.
« Le cadre européen permet d'abaisser ce facteur de conversion jusqu'à environ 1,7. Une telle évolution améliorerait l'étiquette DPE de millions de logements chauffés à l'électrique », selon le gouvernement. Ce dernier souhaite même proposer des évolutions de la réglementation à la Commission européenne, « afin d'aligner les énergies fossiles et l'électricité dans le DPE ». Autrement dit, le coefficient de l'électricité pourrait alors être abaissé à 1.
Selon une étude de Krno, start-up qui propose une plateforme d'intelligence artificielle « dédiée à l'analyse et à la fiabilisation des DPE », le passage du CEP de 1,9 à 1,7 permettrait de faire disparaître 380 000 passoires thermiques (logements classés F ou G), en améliorant leur classement.
DPE : pourquoi des milliers de logements vont changer de classe en 2026
Des gagnants... Et des perdants
Certains bailleurs n'auraient alors plus besoin de faire des travaux pour continuer à louer un logement classé F ou G. C'est notamment pour cette raison que la première réduction de ce coefficient avait été critiquée, notamment par les associations de défense des consommateurs. « Cette réforme en trompe-l'il du coefficient du DPE ne changera en effet ni les consommations réelles, ni les factures correspondantes », déploraient fin 2025 une dizaine d'entre elles, dont l'UFC Que Choisir ou la CLCV dans une lettre adressée au ministère.
« La modification artificielle de l'ensemble des étiquettes des logements chauffés à l'électricité aurait pour conséquence de brouiller la lisibilité du DPE. Les acheteurs comme les locataires seraient induits en erreur par des étiquettes très flatteuses, mais masquant des factures de chauffage anormalement élevées », ajoutaient-elles.
D'autres rappellent que ce coefficient se base sur une réalité physique. « Quand 1 kWh d'électricité arrive à votre prise, EDF a, en amont, prélevé 2,55 kWh d'énergie primaire. La différence ? Les pertes de la chaîne : dissipation thermique, lignes RTE, transformateurs Enedis. Le CEP c'est le rapport entre les deux », indique Krno dans son étude. Selon la start-up, « le mix électrique français 2024 donne un CEP physique de 2,55. Le coefficient réglementaire du 1er janvier résulte, lui, de choix méthodologiques (...) Ces choix sont défendables mais ils sont politiques ».

















