Le soutien public aux installations photovoltaïques, déjà en baisse depuis plusieurs années, pourrait bien être presque supprimé d'après deux projets de texte. Pour rappel, les aides prennent principalement la forme d'une prime à l'investissement et d'un rachat du surplus d'électricité fixé pour 20 ans, à condition de signer un contrat avec EDF OA.

Pour les installations dont la puissance est inférieure à 9 kWc, les textes prévoient une chute du tarif de rachat du surplus d'électricité à 1,1 centime par kWh, contre 4 centimes jusqu'à présent. Par ailleurs, cette énergie ne serait plus rachetée lors des périodes de prix négatifs. La prime à l'investissement, aujourd'hui fixée à 80 euros par kWc, pourrait quant à elle être supprimée.

A noter, ce sont les installations dont la date complète de raccordement (DCR) interviendra après la parution de l'arrêté qui seront concernées par ces (probables) nouveaux montants. Les particuliers ayant déjà signé conserveront leur tarif.

EDF OA : vers une nouvelle chute des aides pour les installations photovoltaïques

Changement de paradigme

Joël Mercy, président du GPPEP (Groupement des particuliers producteurs d'électricité photovoltaïque), considère que la tendance était connue mais déplore la brutalité de l'annonce : « Personne ne l'avait anticipé, pour les installateurs, difficile d'imaginer ce qu'ils vont faire si les aides sont arrêtées du jour au lendemain. »

Et pour les particuliers, sera-t-il encore intéressant d'installer des panneaux photovoltaïques avec cette nouvelle donne ? Selon Audrey Zermati, directrice stratégie d'Effy, « ce n'est pas tant la rentabilité que la stabilité du coût de l'électricité qui intéresse. Les panneaux photovoltaïques permettent surtout de se prémunir contre les hausses de prix. C'est une façon de considérer son installation comme un bouclier tarifaire ».

Ondine Suavet, fondatrice de Mylight150, qui se présente comme un fournisseur d'énergie nouvelle génération, met aussi en avant « la résilience plus importante » des détenteurs de panneaux photovoltaïques, « face à la flambée du prix des énergies fossiles comme on peut le voir en ce moment ».

D'après Guillaume Bodson, directeur général délégué d'Octopus Energy France, les installations sont toujours pertinentes, surtout pour les particuliers vivant en maison individuelle, « dès lors qu'il y a de la consommation électrique, surtout si une grande partie est réalisée en été ».

Mathieu Rochard, directeur général de Symphonics, une entreprise spécialisée dans le pilotage des équipements de production, de fourniture, de stockage et de consommation d'électricité, estime quant à lui que « ce qui se joue, c'est l'intérêt du stockage et de la flexibilité des consommations ».

Maximiser l'autoconsommation

Car, avec la baisse du rachat du surplus, il faut plus que jamais optimiser l'autoconsommation. Pour cela, le bon dimensionnement de l'installation est crucial afin de consommer une grande part de la production. Sans pour autant choisir une installation trop puissante, plus chère à l'achat et qui produirait trop d'électricité (dont une grande partie serait alors non utilisée et peu valorisable).

« Le choix se porte sur une installation ayant une puissance de 3, 6 ou 9 kWc, en fonction de la consommation du particulier et des usages. S'il y a du chauffage électrique, un ballon d'eau chaude, un véhicule électrique, alors ce sera 6 ou 9 kWc. Dans le cas d'un chauffage au gaz, plutôt 3 kWc », détaille Sylain Le Falher, cofondateur d'Hello Watt, start-up spécialisée dans la transition énergétique des logements.

Il est possible d'acheter une batterie pour stocker une partie de la production et l'utiliser plus tard dans la journée. « En moyenne, on passe d'une autoconsommation de 40% à 80% avec une batterie, mais il y a un surcoût », indique Audrey Zermati (Effy).

Cet équipement est d'ailleurs de plus en plus présent chez les particuliers (même s'il reste encore marginal). « Le marché de la batterie en pleine effervescence. Elle permet à des opérateurs comme Symphonics de piloter la batterie pour la charger pendant les heures creuses et la décharger pendant les heures pleines. L'intérêt est double : aller plus loin dans l'autoconsommation et faire baisser la facture », précise Mathieux Rochard.

Payer son installation le juste prix

Quel est le montant moyen pour une installation photovoltaïque, avec ou sans batterie ? Hello Watt évoque des tarifs de 6 000 euros pour une installation de 3 kWc, 10 000 euros pour 6 kWc (13 600 euros avec batterie 7 kWh).

Pour éviter les arnaques, il est conseillé de réaliser plusieurs devis avant de se décider. De la même manière, il ne faut jamais signer immédiatement et encore moins lors d'une foire ou d'un salon, puisqu'il n'existe alors aucun délai de rétractation.

« Il faut mettre les professionnels en concurrence, sans forcément aller au moins cher. Une entreprise qui a un service après-vente plus réactif pourra être plus chère alors qu'un artisan dont le devis est moins élevé peut parfois être moins facilement joignable par téléphone », recommande Ondine Suavet.

Quid de la TVA à 5,5% ?

Depuis le 1ᵉʳ octobre, certains panneaux photovoltaïques peuvent bénéficier d'un taux réduit de TVA à 5,5%. Plusieurs conditions à respecter : un faible impact carbone des panneaux, une teneur en métaux lourds limitée et un système de pilotage. Les panneaux éligibles sont encore en nombre limité et plus chers.

Des offres alternatives à EDF OA

« Il faut trouver des offres qui permettent de valoriser le surplus. Aujourd'hui, ce n'est plus intéressant financièrement de signer un contrat sur 20 ans avec EDF OA, pour ce tarif de rachat bas. On ne sait pas combien vaudra l'électricité dans quelques années, son coût pourrait grimper », pointe Joël Mercy (GPPEP).

Il en existe plusieurs aujourd'hui, avec différente formes :

  • Le rachat du surplus d'électricité uniquement ou avec une batterie virtuelle (par exemple Urban Solar ou kWatts),
  • Le rachat du surplus et le pilotage des équipements avec parfois la présence d'une batterie virtuelle. Ces offres sont conditionnées à la souscription d'un contrat de fourniture d'électricité et parfois à la présence d'une batterie ou d'autres équipements (par exemple Symphonics, Octopus Energy, Mylight150).

Certaines de ces propositions ont l'avantage de prévoir un versement de la rémunération du surplus tous les mois, contre une fois par an avec EDF OA. Le prix du kWh et de l'abonnement équivaut souvent à celui du tarif réglementé, mais il est parfois moins élevé. Attention, des frais de plusieurs centaines d'euros sont parfois demandés, notamment en cas de batterie virtuelle.

Point de vigilance : avant de vous engager, renseignez-vous sur le sérieux de ces acteurs et faites vos calculs pour jauger de l'intérêt de ces offres pour votre situation. Prenez en compte tous les éléments : le montant de rachat du surplus, les frais, le coût de la fourniture, les services proposés...

De nouvelles stratégies de financement

« Nous travaillons sur des solutions palliatives en sachant qu'il n'y aura plus de subventions. Par exemple, pour faire baisser le prix des installations, il est possible de récupérer la TVA en créant une société et d'utiliser l'argent gagné pour s'équiper d'une batterie. Il faut aussi trouver des banques qui proposent des crédits avec de bons taux », détaille Joël Mercy (GPPEP).

Le coût de l'installation étant conséquent, les particuliers optent d'ailleurs de plus en plus pour le crédit afin de la financer. Avec à la clef parfois « des gains issus de l'installation supérieurs aux mensualités », selon Sylvain Le Falher (Hello Watt). Attention, « souvent, seule la mensualité est présentée, il faut surtout connaître le coût total du crédit », préconise Ondine Suavet (Mylight150).

Joël Mercy espère surtout que les panneaux photovoltaïques « deviendront une solution pour tous les citoyens. Il ne faut pas que cela soit cantonné à une petite frange de gens aisés. L'intérêt, c'est de maitriser et de faire baisser les factures en produisant de l'électricité à un tarif largement en dessous du prix des fournisseurs ».

Dans cet objectif, le GPPEP travaille sur des solutions d'autoconsommation collective solidaires. Plutôt que d'être racheté quelques centimes à des fournisseurs, le surplus produit peut en effet être vendu ou même cédé gratuitement à des personnes en situation de précarité énergétique.

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