En France, le fioul et le gaz sont encore massivement utilisés pour le chauffage, qui représente en moyenne deux tiers des dépenses énergétiques des ménages selon l'Ademe. La dernière enquête du service des données et études statistiques (SDES) montrait que 9,6% des résidences principales étaient chauffées au fioul et 35,8% grâce au gaz de réseau.
Or, les prix du fioul et du gaz flambent depuis le début de la guerre en Iran. « Pour le gaz, les gens ne mesurent pas encore l'impact. Cela s'explique par le fait que nous sortons juste de la période de chauffe, et que la hausse des prix de marché ne sera répercutée qu'en mai. Pour le fioul, c'est différent, l'effet est immédiat, nous avons beaucoup de questions », constate Audrey Zermati, directrice stratégie d'Effy et spécialisée en rénovation énergétique.
Que faire pour se protéger de la hausse des prix ? S'il est encore possible d'opter pour une offre à prix fixe côté gaz, ou de temporiser pour remplir sa cuve de fioul en espérant une future baisse de tarif, se pose aussi la question du changement de mode de chauffage.
Les avantages de la pompe à chaleur
« Aujourd'hui, avec la hausse, c'est l'occasion de passer à l'électrification des logements. La solution la plus simple pour changer une chaudière qui fonctionne à l'énergie fossile, c'est une pompe à chaleur air / eau, puisque toute l'installation secondaire est conservée. Seule la chaudière est remplacée, avec l'ajout d'une unité extérieure. Les radiateurs et les réseaux restent les mêmes », explique Pierre-François Morin, directeur de la rénovation énergétique au sein d'Hello Watt, société qui propose aux particuliers des solutions de rénovation énergétique.
Autre avantage soulevé : « En plus de ne plus être dépendant d'une solution comme le gaz, la consommation énergétique peut être divisée par 3 avec une PAC grâce à l'utilisation des calories présentes dans l'air : 1 kWh permet d'en produire jusqu'à 3. Jusqu'en février, avec les prix du gaz et de l'électricité, en diminuant sa conso énergétique par trois, on divisait sa facture par deux. Si le prix du gaz augmente, la baisse sera encore plus importante. »
Point de vue partagé par Audrey Zermati, d'autant que l'installation d'une pompe à chaleur est particulièrement aidée en ce moment. « Pour les premiers déciles de revenus, les aides sont importantes avec MaPrimeRenov' et les CEE. Il est possible d'avoir entre 7 000 euros et 10 000 euros d'aides pour une PAC qui coûtera entre 12 000 euros et 15 000 euros. Les plus hauts revenus ne sont pas éligibles à MaPrimeRenov', mais le sont pour les CEE. Jusqu'à 2 500 euros peuvent être obtenus pour une PAC. Il existe aussi des aides locales parfois, comme une exonération de taxe foncière à Paris. »
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Pour quels profils ?
Il ne faut toutefois pas oublier que l'installation d'une pompe à chaleur est bien plus onéreuse que celle d'une chaudière gaz. Par ailleurs, même si cette différence de coût peut être compensée par l'efficacité de la pompe à chaleur, le prix du kWh de l'électricité est plus élevé que celui du gaz.
A titre de comparaison, le kWh du tarif réglementé de vente de l'électricité s'élève à 0,1940 euro ou 0,1927 euro, en option base, selon la puissance du compteur. Le montant moyen du kWh de gaz du prix repère a quant à lui été fixé à 0,104 euro pour un usage chauffage, en avril, par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), mais la hausse des prix du marché de gros ne sera répercutée qu'en mai.
Le prix de l'électricité a cependant l'avantage d'être moins sensible aux conflits. En début de semaine, Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE, assurait que la hausse du prix du gaz n'aurait pas d'effet sur le prix de l'électricité, comme cela avait été le cas en 2022. « On dépend du gaz pour l'électricité seulement si on n'en produit pas assez. En ce moment, on a beaucoup d'électricité nucléaire, les centrales nucléaires d'EDF tournent à plein, on a aussi beaucoup d'électricité renouvelable ».
Autre point à garder en tête : la pompe à chaleur ne convient pas non plus à toutes les situations. Elle est plus adaptée aux maisons individuelles. Elle peut également être moins efficace dans les zones confrontées à des températures très froides.
La majorité des particuliers en maison individuelle ont-ils intérêt à opter pour cette solution ? « Pour ceux qui sont chauffés au fioul, je n'hésiterai pas. Concernant le gaz, cela dépend de la hausse à venir et de l'efficacité de la chaudière actuelle », répond Audrey Zermati.
Selon Pierre-François Morin « pour le gaz, si la chaudière a quelques années, cela a un intérêt. Sur la base des prix de février, la PAC serait rentabilisée en 7 ans en moyenne et cela donne de la valeur à la maison, avec le gain d'une à deux lettres sur le DPE ».
Ceux qui souhaitent sauter le pas devront veiller à bien étudier le projet. « Les pompes à chaleur air / eau tiennent aujourd'hui une promesse forte : réduire significativement nos émissions de CO₂ tout en divisant la facture de chauffage. Mais, derrière cette performance moyenne flatteuse, l'Ademe (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie) révèle une réalité plus contrastée : près d'un tiers des installations ne donnent pas les résultats attendus, souvent en raison de réglages ou de dimensionnements imparfaits », prévenait l'institution dans une étude publiée en octobre 2025.
Quel retour d'investissement pour le passage d'une chaudière fioul à la PAC ?
Selon les calculs d'Effy, si le prix du fioul devait se maintenir à ce niveau, l'amortissement d'une PAC après une chaudière fioul serait presque deux fois plus rapide qu'avant le début de la crise.
Pour un ménage aux revenus très modestes, l'amortissement de la PAC aura lieu en 1,7 année, avec un gain de -70% chaque année sur la facture de chauffage. Pour un ménage aux revenus modestes, l'amortissement se ferait en 2,5 années, pour ceux qui ont des revenus intermédiaires et pour un ménage aux revenus supérieurs en 4 ans.
Cette estimation est faite en considérant le prix de l'électricité à hauteur de 19,4cts euros le kWh (TRVE option base au 01/02/26), avec les montants d'aides applicables pour une résidence principale en zone H1 ainsi que le prix du fioul constaté sur FioulMarket au niveau national au 23 mars 2026 (1,816 euros par litre).
Des résultats à nuancer : « La simulation considère un prix du fioul au 23 mars 2026 alors que nous sommes au plus haut et que personne ne remplit sa cuve à fioul précisément ce jour, détaille Audrey Zermati. Elle montre les économies que réaliserait un ménage en passant à la PAC, si le prix du fioul se maintenait à ce niveau. »
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