La guerre au Moyen-Orient va entraîner une hausse des factures de l'énergie en France dont l'ampleur dépendra de plusieurs facteurs : « Quelle va être la durée de la guerre et les infrastructures énergétiques vont-elles être touchées ? », explique Jacques Percebois, professeur émérite à l'université de Montpellier et spécialiste de l'économie de l'énergie.

Les répercussions sur le prix à la pompe

Depuis lundi, la circulation est gelée sur le détroit d'Ormuz. Or, 20% de la production mondiale de pétrole y transite. « Plus il restera fermé longtemps, plus les prix augmenteront. Il risque d'y avoir une vraie crise au bout de 3 semaines, moment où il n'y aura plus de livraison puisque cela coïncide avec le temps de transit Le prix du pétrole pourrait alors dépasser les 100 dollars le baril », indique Edouard Lotz, analyste chez Omnegy, un cabinet de conseil en énergie pour les entreprises.

Dans ce cas, « le litre de diesel devrait coûter 1,75 euro et le litre de sans-plomb 95 1,85 euro (1) », évalue-t-il, ajoutant que les hausses à la pompe apparaissent en général 2 ou 3 semaines après celles constatées sur les marchés. Ce mercredi matin, la ministre déléguée à l'Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon a déclaré qu'« à court terme, on peut s'attendre à une hausse de quelques centimes, contenue et limitée ».

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Le prix du gaz s'envole

Les conséquences sont encore plus importantes pour le prix du gaz. Mardi, QatarEnergy a arrêté sa production de Gaz naturel liquéfié (GNL) et « le Qatar est le deuxième exportateur de gaz mondial. Suite à cette annonce, les prix du gaz ont flambé sur les marchés, il y a eu entre 50 et 55% de hausse sur le prix du gaz en Europe », détaillait mercredi Edouard Lotz.

En France, la facture des particuliers risque donc de grimper dans les prochains mois. « Si la hausse actuelle du prix du gaz se maintenait pendant plusieurs mois autour de +50%, cela devrait se traduire par une augmentation d'environ 30% », estime Sylvain Le Falher, cofondateur d'Hello Watt, société qui accompagne les particuliers dans leurs travaux de rénovation énergétique.

« L'Europe est moins impactée que l'Asie puisqu'il y a beaucoup moins d'approvisionnements en gaz provenant du Proche-Orient. Le Qatar, c'est 15% des importations de gaz de l'UE. Notre principal fournisseur, c'est les Etas Unis. Mais vont-ils continuer à exporter autant ? Par ailleurs, une partie de celui des Etats-Unis ira vers l'Asie si elle a besoin de davantage de gaz et le prix augmentera en Europe », observe Jacques Percebois.

L'électricité aussi concernée ?

L'électricité sera concernée par les hausses, mais dans une moindre mesure. « La typologie de la production française est extrêmement décarbonée, il y a peu d'usage du gaz pour produire de l'électricité », note Edouard Lotz.

Son prix reste toutefois corrélé à celui du gaz. « Même si nous n'avons pas besoin de beaucoup de centrales à gaz pour produire de l'électricité, nous sommes obligés de payer un prix élevé, car ceux qui possèdent les centrales ne les font pas fonctionner à perte », explique Jacques Percebois.

Alors que des prix de marché bas étaient anticipés pour 2026, la situation pourrait-elle s'inverser ? « Si la crise dure et que le prix de l'électricité augmente beaucoup, le Versement nucléaire universel (VNU) pourrait être appliqué. Nous n'en sommes pas là mais la question mérite d'être posée », pointe Jacques Percebois.

Pour rappel, le VNU est le système qui sera mis en place si le revenu que tire EDF de l'électricité vendue dépasse certains seuils : à partir de 78 euros par MWh, l'Etat en taxera 50% et à partir de 110 euros du MWh, les revenus seront taxés à 90%. Le produit de cette taxe est reversé aux consommateurs pour les protéger en cas d'envolée des prix sur les marchés, mais le mécanisme est critiqué.

Qui verra sa facture grimper ?

Que ce soit pour le gaz ou l'électricité, les ménages ayant opté pour un contrat à prix fixe avant le début de la crise seront protégés le temps de leur contrat. Pour les consommateurs qui ont opté pour une offre de gaz ou d'électricité qui suit les prix du marché de gros ou qui est indexée sur le prix repère du gaz, les tarifs seront revus à la hausse (2).

« Pour le prix repère du gaz, il y a un décalage dans le temps, la hausse est à prévoir sur les factures de gaz cet été », précise Edouard Lotz. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) prend en effet en compte les variations des prix sur le marché de gros avec des échéances mensuelle et trimestrielle.

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Il existe un moyen de se protéger : regarder du côté des offres fixes proposées actuellement. « La meilleure formule : prendre un contrat fixe sur 3 ans. La crise au Moyen-Orient n'est pas perçue comme allant durer dans le temps et elle ne se répercute donc pas sur cette temporalité-là », explique Edouard Lotz. Il est possible de comparer les offres sur l'outil du médiateur de l'énergie.

(1) En prenant en compte uniquement la hausse théorique du brut.

(2) Concernant le Tarif réglementé de l'électricité (TRVE), il y aura un impact mais il sera progressif : lors de l'évolution de février, la moyenne des prix de l'électricité sur les marchés de gros des 24 derniers mois est prise en compte.