Depuis le début de l’année, les bourses européennes et américaines impressionnent par l’envolée des cours de leurs indices principaux. Le français CAC 40 frôle même son record historique de l’an 2000. Dans ce contexte, faut-il prendre ses bénéfices ou miser sur des lendemains encore plus beaux ?

La France a la cote ! Alors que d’accoutumée, les bourses américaines croissent plus vite, l’Hexagone au travers de son indice boursier phare, le CAC 40, composé des 40 sociétés françaises les plus valorisées, connaît une progression plus importante ces dernières semaines. Depuis le début de l’année, le CAC 40 a bondi de 23%. Depuis le 6 août dernier, il s’est même hissé au-delà des 6 800 points. Inédit depuis septembre 2000, mois durant lequel son record à 6 922 points avait été atteint, juste avant l’explosion de la bulle internet. « On assiste à un effet de rattrapage sur le CAC 40 qui est encore en-deçà de son plus haut historique, alors que les autres indices majeurs l’ont déjà dépassé », explique Vincent Boy, analyste marché chez IG France. « Le CAC 40 profite aussi du retour des valeurs cycliques dont il est bien pourvu et de sa moindre exposition aux valeurs technologiques », poursuit l’analyste.

Un retour épidémique positif pour les investisseurs

L’euphorie n’est pas que française. Les principaux indices européens et américains sont également sur une pente ascendante. Les états-uniens S&P 500 et Nasdaq ont ainsi respectivement bondi de 19% et 15% depuis janvier. Le DAX allemand ressort également à +15%. Au niveau de la zone euro, l’Eurostoxx 50, dont des copies se retrouvent régulièrement dans les gestions pilotées des assurances vie, est en hausse de 18%. Manifestement, donc, si la pandémie et son désormais redouté variant Delta continue de mettre les systèmes hospitaliers sous pression, les investisseurs s’en inquiètent peu et préfèrent se fixer sur les bonnes nouvelles, comme les liquidités qui vont continuer d’inonder les marchés.

« Le retour de l’épidémie est plutôt vu positivement par les marchés car cela peut justifier du maintien de la politique monétaire accommodante », souligne l’analyste d’IG France interrogé par MoneyVox. D’autant plus que le soutien à l’investissement n’émane pas que des banques centrales, mais est aussi budgétaire. Ainsi, le 10 août, le feu vert des sénateurs américains pour le programme de 1 200 milliards de dollars du président Biden a été adoubé par les marchés occidentaux.

Même la poussée inflationniste qualifiée de transitoire par la Réserve fédérale américaine (Fed) ne ternit pas véritablement les anticipations boursières. « Le marché s'attend à ce que les pressions inflationnistes mensuelles s'atténuent, tant pour l'inflation de base que pour l'inflation globale », ont déclaré les analystes de la banque danoise Danske Bank cités par Reuters le 11 août. C’était bien vu. L'inflation a effectivement ralenti aux États-Unis en juillet. Les prix ont augmenté de 0,5% par rapport à juin, contre +0,9% en juin par rapport à mai. Cette pause éloigne donc a priori la perspective d’un tour de vis monétaire outre-Atlantique, à un moment évoqué par la Fed lors de sa réunion de politique monétaire de septembre.

Une reprise économique visible dans les résultats financiers

La reprise économique est aussi de nature à rassurer les investisseurs. En Europe, la Commission européenne table désormais sur une croissance de 4,8% en 2021 et de 4,5% en 2022. « Grâce au fait que l'activité économique a été moins durement touchée que prévu par les restrictions des premiers mois de l'année, nous révisons notre prévision de croissance pour 2021 à la hausse de 0,6 point de pourcentage. Il s'agit de la révision à la hausse la plus forte que nous ayons faite en plus de dix ans », explique par communiqué le commissaire à l’économie Paolo Gentiloni. « Pour maintenir la reprise sur les rails, il est essentiel de conserver les politiques de soutien aussi longtemps que nécessaire », poursuit-il.

En France, la reprise s’observe dans les résultats trimestriels des groupes du CAC 40, meilleurs qu’avant la crise, tandis que les faillites d’entreprises restent historiquement basses (moins de 28 000 sur un an à juillet 2021, en repli de 28% par rapport à juillet 2020). Pour le premier semestre 2021, les deux tiers des entreprises du CAC 40 ont publié un chiffre d’affaires ou un résultat net en croissance par rapport à 2019, selon les analyses du cabinet de conseil PwC France et Maghreb. 32 des 37 sociétés prises en compte affichent des bénéfices semestriels en hausse par rapport au premier semestre de 2020 : « Total (+11,5 milliards d’euros vs S1 2020), Renault (+7,6 milliards d’euros vs S1 2020) et Arcelormittal (+6,6 milliards d’euros vs S1 2020), tandis que quatre ont déclaré une baisse de leur résultat net : Sanofi (-6,5 milliards d’euros vs S1 2020 qui incluait les effets de la cession de Regeneron), Orange (-3,7 milliards d’euros vs S1 2020), Atos (-0,5 milliard d’euros vs S1 2020) », compile PwC France et Maghreb.

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Un CAC 40 au-delà de 7 000 points à la rentrée ?

Ce contexte peut-il conduire la bourse de Paris à battre son record vieux de plus de 20 ans ? « Cette atteinte est envisageable voire très probable dans les prochaines séances, anticipe Vincent Boy. Depuis le 20 juillet, le CAC 40 a déjà progressé de 9%. Mais le test de ce seuil pourrait aboutir à une prise de bénéfices, logique dans un marché haussier. Il y a toutefois peu de chances que cette correction ne sape la confiance des investisseurs. Après ce léger repli, le CAC 40 pourrait donc dépasser son plus haut historique ».

En pratique, l’analyste conseille de rester sur des valeurs de croissance - c’est-à-dire des entreprises dont l’activité croît de manière régulière, une caractéristique propre aux sociétés du luxe notamment – tout en augmentant la part des valeurs cycliques (corrélées à la croissance économique) n’ayant pas encore profité de la hausse des marchés. « Certains secteurs peuvent se retrouver sous pression du fait du retour de la pandémie, comme le tourisme et l’hôtellerie », avertit toutefois Vincent Boy. Autre warning : les valeurs technologiques. « En cas d’inflexion de la politique monétaire, elles seraient les premières impactées, surtout celles qui ne font pas de bénéfices », souligne l’analyste d’IG France.

Historique du CAC 40
Euronext, 12 août 2021

Prudence sur les stars chinoises

Cette position d’attente résonne fortement avec l’actualité chinoise. La pression réglementaire sur les entreprises technologiques de Chine et la progression du variant font en effet planer un doute sur les perspectives économiques du pays et les performances d’entreprises emblématiques. L’exemple donné ces derniers mois est celui d’Alibaba, le concurrent chinois d’Amazon, particulièrement chahuté en bourse. Depuis février, l’action du géant du e-commerce a perdu plus de 25% de sa valeur, éclipsant ainsi tous les gains engrangés suite à l’euphorie boursière, particulièrement vive sur les valeurs technologiques, à partir de mars 2020.

« Cela offre une opportunité d’investissement car les valorisations commencent à être attractives, mais dans un univers de marché qui ne l’est pas, car on ignore jusqu’où le parti chinois est prêt à aller pour soumettre les plateformes à une surveillance croissante », souligne Vincent Boy, qui estime donc qu’il faut attendre avant d’être à l’achat. Globalement, depuis le début de l’année, les places asiatiques ont du plomb dans l’aile, à l’image du Shanghai Composite (+3% depuis janvier), du CSI 300 (-2%) ou, au Japon, du Nikkei tout juste dans le vert avec +2%.

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