Les marchés

Une rentrée dangereuse !

La semaine commence dans la prudence. Le CAC 40 recule de 0,37% à 8 453 points, après avoir interrompu vendredi une série de huit séances consécutives de baisse. Même ambiance à Wall Street, où le Nasdaq cède près de 0,5% tandis que le S&P 500 recule plus modestement. Il faut dire que les investisseurs ont plusieurs rendez-vous majeurs à digérer cette semaine : nouvelles sanctions américaines contre l'Iran, inflation US, Jackson Hole et, bien sûr, les très attendus résultats de Nvidia mercredi soir. Le premier rendez-vous arrive ce soir avec Scott Bessent.

Le Secrétaire américain au Trésor doit détailler ce que Washington présente comme une offensive financière sans précédent contre l'Iran. L'objectif est de frapper davantage les revenus de Téhéran et ses partenaires commerciaux pour tenter d'obtenir les concessions que six mois de conflit n'ont pas permis d'arracher. La pression est déjà visible sur l'économie iranienne : le rial a encore perdu 4,5% et évolue à un plus bas historique face au dollar. Reste à savoir si ces nouvelles sanctions seront réellement plus efficaces que les précédentes, alors que le régime iranien a développé au fil des années de nombreux moyens de les contourner.

Les valeurs

Stellantis

Nouvelle menace sur le secteur auto. Trump veut porter à 50%, dès le 1er janvier 2027, les droits de douane américains sur les voitures, camions, pièces automobiles et l'acier produits au Canada. Une annonce choc, après l'échec des négociations commerciales entre Washington et Ottawa, qui frappe un secteur déjà sous pression face à la concurrence chinoise et au ralentissement de plusieurs marchés. Le Canada est un pays important pour Stellantis, en termes de production.

Sanction immédiate, son action recule de 4,71% ce soir, à 4,43€, et signe la plus forte baisse du CAC 40. Mais l'incertitude reste forte : plusieurs dirigeants du secteur automobile interrogés par Reuters doutent que de tels droits soient réellement appliqués, notamment en raison des représailles canadiennes qu'ils pourraient provoquer. Pour Stellantis, déjà en grande difficulté en Bourse cette année, cette nouvelle menace commerciale tombe particulièrement mal. Le titre chute de 53% à la Bourse de Paris depuis le 1er janvier (-48% sur un an).

Renault

On reste dans le secteur auto avec Renault. Le Canada est pratiquement marginal pour le groupe au losange qui cède 1,12% au fixing, à 28,31€. L'action est prise en étau entre la prudence d'UBS et les inquiétudes de Volkswagen. La banque suisse estime que le constructeur devrait atteindre ses objectifs en 2026 et souligne la solidité de son bilan, qui pourrait permettre un dividende supérieur à 2,20€ par action, soit près de 8% de rendement.

Mais UBS se montre beaucoup plus sombre pour 2027. Elle anticipe une marge opérationnelle inférieure à 4%, contre environ 5,2% attendus en 2026, sous l'effet d'une moindre contribution des nouveaux modèles, d'une concurrence accrue et de pressions sur les prix. La banque maintient donc sa recommandation à la vente et abaisse son objectif de cours de 28 ? à 26 ?.

Le secteur automobile est également secoué par les propos alarmistes du patron de Volkswagen, Oliver Blume, qui juge la situation « plus que critique » face au ralentissement économique et à la concurrence chinoise. Le groupe pourrait supprimer de nouveaux emplois et estime que plusieurs usines allemandes risquent de ne plus être rentables dans les années 2030. Sale temps pour le secteur automobile européen Depuis le début de l'année, Renault abandonne désormais 20% en Bourse.

Le coin des smalls

TME Pharma

+74,89% en une séance ! TME Pharma s'envole à 0,15€ ce lundi après une annonce qui ravive les espoirs autour de son principal traitement expérimental. La biotech spécialisée dans le cancer est entrée dans la dernière phase de négociations avec deux partenaires potentiels pour son candidat-médicament contre le glioblastome, une forme particulièrement agressive de cancer du cerveau. L'objectif est de signer un accord permettant à un laboratoire partenaire de financer et poursuivre son développement. Le traitement bénéficie déjà de procédures réglementaires facilitant son développement en Europe et aux États-Unis, tandis que TME Pharma estime que ses ventes pourraient atteindre, à terme, environ 1 milliard de dollars par an s'il obtient les autorisations nécessaires.

Pourquoi une telle envolée ? Parce qu'un accord changerait sensiblement la donne pour cette petite biotech, qui dispose actuellement d'une trésorerie suffisante jusqu'au deuxième trimestre 2027. Un partenaire permettrait de financer la prochaine étape des essais tout en réduisant la pression financière sur TME Pharma. Mais après +75% en une séance, la prudence reste indispensable : les négociations sont avancées, mais aucun accord définitif n'est encore signé, et le traitement doit toujours franchir plusieurs étapes avant une éventuelle commercialisation. Depuis le début de l'année, éligible au PEA-PME, le titre progresse de 139%.

Le monde d'après

La Chine dans le viseur

Nous vous en parlions lundi dernier, les États-Unis veulent encore accentuer la pression économique sur l'Iran. Scott Bessent, le Secrétaire américain au Trésor, doit annoncer de nouvelles sanctions, avec l'objectif d'isoler davantage Téhéran après six mois de conflit. L'Iran est déjà l'un des pays les plus sanctionnés au monde, mais Washington veut désormais aller plus loin en ciblant non seulement le régime iranien, mais aussi les pays, entreprises et banques qui continuent de commercer avec lui.

Le cœur du sujet, ce sont les sanctions dites secondaires. Concrètement, elles permettent aux États-Unis de pénaliser des acteurs étrangers qui aident l'Iran à vendre son pétrole, à financer ses activités ou à contourner les restrictions. La Chine est directement concernée, puisqu'elle achète plus de 80% du pétrole exporté par l'Iran. Les nouvelles mesures pourraient donc viser des raffineries indépendantes chinoises, mais aussi certaines banques soupçonnées de faciliter les transactions liées au brut iranien.

Pour les marchés, l'enjeu dépasse largement l'Iran. Si Washington s'attaque plus frontalement aux partenaires chinois de Téhéran, la trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine pourrait être durement fragilisée, à un mois de la visite de Xi Jinping à Washington. Pékin dispose de nombreux leviers de pression, notamment sur les terres rares, indispensables à de nombreuses industries technologiques. Cette séquence ajoute donc un nouveau risque géopolitique pour les investisseurs : tensions sur le pétrole, pression sur les échanges mondiaux et possible retour du bras de fer commercial entre les deux premières puissances économiques. Affaire à suivre de très près dans les prochains jours !

L'agenda

Nvidia, inflation et Fed

C'est déjà la rentrée pour les marchés, et elle s'annonce mouvementée. Nvidia, inflation américaine et Fed : trois rendez-vous peuvent faire basculer la semaine. Premier test mercredi. Les États-Unis publieront l'indice PCE de juillet, mesure d'inflation particulièrement suivie par la Fed, ainsi qu'une nouvelle estimation du PIB du deuxième trimestre. Le même soir, Nvidia dévoilera ses résultats trimestriels. Un rendez-vous majeur pour mesurer si la croissance de l'intelligence artificielle reste assez puissante pour justifier les valorisations très élevées du secteur technologique.

Puis les regards se tourneront vers Jackson Hole, le grand rendez-vous annuel des banquiers centraux, organisé de jeudi à samedi. Le discours vendredi du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, sera particulièrement scruté, alors que les taux obligataires restent sous tension et que l'inflation demeure élevée. Un ton favorable à de nouvelles hausses de taux pèserait sur les actions. Un discours plus rassurant pourrait au contraire leur redonner de l'air. En toile de fond, le pétrole, les tensions avec l'Iran et la guerre commerciale continueront d'alimenter la volatilité.

Demain à la une

Calme ? en apparence !

Ce mardi devrait servir de tour de chauffe avant les grands rendez-vous de mercredi, mais quelques indicateurs pourraient déjà faire bouger les marchés. En Europe, l'indice IFO du climat des affaires allemand donnera un nouveau signal sur la santé de la première économie de la zone euro, après son amélioration de juillet. Aux États-Unis, la confiance des consommateurs et les ventes de logements neufs permettront de mesurer la résistance des ménages et l'impact des taux élevés sur l'activité. Mais les investisseurs auront déjà les yeux tournés vers mercredi. La séance pourrait donc rester relativement calme en apparence, avec une nervosité bien présente en coulisses, à la veille du premier véritable test de la rentrée pour les taux et les valeurs technologiques.

Le lexique

Les ETF

Les ETF (ou Exchange-Traded Funds) sont des fonds d'investissement cotés en Bourse qui regroupent un ensemble d'actifs, comme des actions, des obligations ou des matières premières. Ils cherchent généralement à reproduire la performance d'un indice de référence comme le S&P 500 ou le CAC 40. Cette approche dite « passive » nécessite très peu de recherche, d'analyses et d'arbitrages quotidiens, ce qui réduit fortement les coûts de fonctionnement.

Les économies réalisées sur ces frais de gestion se répercutent directement sur la performance du produit. Par ailleurs, les ETF se négocient tout au long de la journée comme une action ordinaire, ce qui permet de les acheter ou de les vendre facilement, souvent avec des coûts inférieurs à ceux des fonds traditionnels. Grâce à leur structure diversifiée et transparente, ils offrent aux investisseurs un moyen simple d'accéder à différents marchés ou thématiques d'investissement.