Les marchés : les risques attendront septembre
Les marchés traversent l'une des périodes les plus calmes de l'année, en pleine trêve estivale. Mais ils ne font que reporter à la rentrée les sujets explosifs. Pris entre des signaux économiques plutôt rassurants aux États-Unis et des tensions géopolitiques toujours aussi lourdes, le CAC 40 cède 0,16% ce soir, à 8 637 points, tandis que Wall Street cède environ 0,3% sur ses principaux indices dans les premières heures d'échanges. Sur la semaine, le CAC perd 0,9% et le S&P gagne 0,3% (+6% et +13,7% en 2026, hors dividendes).
Les investisseurs ont apprécié les chiffres de l'inflation américaine dont nous vous parlions mercredi soir. Ils éloignent le risque d'un relèvement des taux en septembre. D'ailleurs, cet après-midi, on a appris que les ventes au détail (voir lexique) ont reculé de 0,6% en juillet, bien davantage qu'attendu, renforçant les espoirs de statu quo de la Fed le mois prochain. Toutefois, le Moyen-Orient reste au centre du jeu. Washington menace désormais l'Iran d'un blocus économique total, on en reparle dans cette édition.
Dans ce climat attentiste, les mouvements les plus spectaculaires à Paris se concentrent sur quelques valeurs dont Dassault Systèmes, ArcelorMittal et Valneva. Ce soir, nous profitons aussi du calme des marchés pour revenir sur le rebond très intéressant que l'or a connu ces derniers jours. Bonne lecture !
Les valeurs
Les logiciels
Les valeurs technologiques européennes retrouvent les faveurs des investisseurs ce vendredi. SAP grimpe de 2,8% à Francfort, Dassault Systèmes de 3,6% à Paris et Sage de 4,1% à Londres. En cause, des rumeurs entourant l'américain Workday, qui s'est envolé de 17,8% hier, sur fond d'un possible rachat pour près de 43 milliards de dollars. Pour le bureau d'analyse AlphaValue, cette opération confirme l'intérêt toujours vif pour les grands éditeurs de logiciels.
Elle suggère aussi que les craintes d'un bouleversement généralisé du secteur par l'intelligence artificielle ont probablement été excessives. La banque américaine Citi estime également que les logiciels européens restent peu valorisés par rapport à leurs niveaux historiques. Elle fait même de SAP sa valeur préférée dans le secteur des logiciels, jugeant son activité relativement protégée face aux bouleversements liés à l'IA. SAP fait justement partie de notre portefeuille sportif. Retrouvez ici notre objectif boursier et l'ensemble de notre sélection.
ArcelorMittal
L'aciériste gagne déjà 63% depuis le début de l'année, deuxième meilleure performance du CAC 40, et affiche un spectaculaire +220% en deux ans. Le titre est-il allé trop vite ? Pas encore, selon Citi. La banque y voit surtout un rattrapage après des années de forte décote. ArcelorMittal profite aussi des mesures européennes protégeant les producteurs locaux contre les importations d'acier moins chères, singulièrement chinoises. Un soutien précieux pour les prix et la rentabilité du secteur.
ArcelorMittal peut également compter sur des résultats solides et une politique favorable aux actionnaires, avec une part importante de sa trésorerie consacrée aux rachats d'actions. Citi estime donc que le potentiel boursier n'est pas épuisé et compare désormais l'acier au ciment, largement soutenu ces dernières années par des protections similaires. Mais après une telle envolée, la prudence s'impose ! Aujourd'hui, le titre est stable à 63,72 euros (+0,09%).
Le coin des smalls : Valneva
Hier, Valneva publiait des résultats semestriels en demi-teinte. Nous soulignions alors que les prochaines décisions des autorités de santé, attendues dans les douze mois, pourraient changer la donne. Il n'aura fallu attendre qu'une journée ! Aujourd'hui, le titre s'envole de 22,20% à 3 euros.
À l'origine de ce bond impressionnant : une avancée majeure pour le candidat-vaccin contre la maladie de Lyme développé avec Pfizer. L'Agence européenne du médicament a accepté d'examiner la demande d'autorisation de mise sur le marché. Le vaccin n'est pas encore approuvé, mais il entre officiellement dans la dernière ligne droite réglementaire. L'enjeu est considérable : aucun vaccin contre la maladie de Lyme n'est actuellement autorisé et les derniers essais ont affiché une efficacité de 73,2%.
Après plusieurs déceptions sur ses autres vaccins, Valneva joue désormais une grande partie de son avenir sur ce projet, devenu son principal moteur potentiel de croissance. Le groupe estime que ses ventes annuelles pourraient dépasser 1 milliard de dollars à leur pic. Clairement, l'acceptation du dossier européen réduit fortement les incertitudes qui entouraient encore le vaccin. Les investisseurs se tournent désormais vers les États-Unis, où la décision des autorités est toujours attendue, tandis que l'examen européen devrait se poursuivre jusqu'en 2027. Avec cette envolée, l'action éligible au PEA-PME limite désormais son recul à 19% en 2026.
Le retour en force de l'or
Après plusieurs mois chahutés, l'or revient en force. L'once évolue actuellement autour de 4 400 dollars, en hausse de plus de 8% en août, après avoir frôlé 4 450 dollars hier, son plus haut niveau depuis deux mois. Après +27% en 2023 et +64% en 2025, l'or ne progresse toutefois que de 1,5% cette année.
Plusieurs facteurs alimentent le retour en grâce des derniers jours : un dollar plus faible, le recul des anticipations de hausse des taux américains, des tensions géopolitiques persistantes et, surtout, les achats massifs des banques centrales au niveau mondial. Parmi elles, 45% envisagent encore d'accroître leurs réserves d'or au cours des douze prochains mois.
Le résultat du vendredi : septembre sous haute tension
Washington durcit à nouveau le ton face à l'Iran. Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent menace Téhéran d'un « isolement économique comme le monde n'en a jamais vu », avec de nouvelles mesures financières et la poursuite du blocus du détroit d'Ormuz, passage stratégique pour les hydrocarbures. De nouvelles annonces sont attendues la semaine prochaine. L'objectif de l'administration américaine est double : maintenir des prix du pétrole et de l'essence bas pour les Américains, tout en empêchant l'Iran d'accéder à l'arme nucléaire. Mais pour le moment, c'est un échec partiel.
Aujourd'hui, c'est surtout le spectaculaire changement de ton qui frappe. Le 4 août, Scott Bessent évoquait encore la possibilité d'un accord imminent pour rouvrir Ormuz, faisant reculer le pétrole et progresser Wall Street. Dix jours plus tard, la diplomatie semble dans l'impasse. Washington mise désormais sur l'asphyxie économique, tandis que les États-Unis et l'Iran restent campés sur leurs positions. Les prochaines semaines seront cruciales, d'autant que les réserves stratégiques de pétrole sont très basses dans la plupart des pays développés. Sans déblocage de la situation, la rentrée de septembre pourrait donc être critique...
Le monde d'après : l'IA, nouvelle cyberarme
L'intelligence artificielle franchit un nouveau cap. Selon la société israélienne Dream, des pirates présumés liés à la Chine auraient utilisé des agents d'IA accessibles au grand public pour mener une cyberattaque autonome contre des sites gouvernementaux taïwanais. L'outil aurait repéré des failles, lancé plusieurs attaques simultanément et adapté sa stratégie face aux défenses rencontrées. Au moins 85 comptes gouvernementaux auraient été compromis et plus de 2 500 dossiers personnels dérobés.
L'offensive aurait ensuite visé l'agence taïwanaise de sûreté nucléaire et plusieurs entreprises du secteur énergétique. L'IA ne se contente donc plus d'assister les pirates : elle peut automatiser une partie de l'attaque, tester les défenses, frapper et ajuster seule ses méthodes. Le modèle utilisé reste inconnu, mais l'épisode montre que les garde-fous actuels peuvent être assez facilement contournés.
Pour les marchés, cette évolution renforce encore le caractère stratégique de la cybersécurité. États, entreprises et infrastructures critiques doivent investir davantage face à des attaques plus rapides, plus autonomes et plus difficiles à détecter. Dans la guerre technologique entre la Chine et les États-Unis, la bataille ne se joue plus seulement sur les puces, les logiciels ou les centres de données. L'IA devient aussi une arme de cyberguerre.
Demain à la une : la Fed face à ses divisions
La semaine prochaine remettra les banques centrales et la santé du consommateur américain au centre du jeu. Le rendez-vous clé tombera mercredi, avec la publication du compte rendu de la dernière réunion de la Réserve fédérale. Fin juillet, la Fed avait laissé ses taux inchangés, mais trois responsables avaient voté en faveur d'une hausse, révélant des divisions inhabituelles. Les investisseurs chercheront donc à mesurer l'ampleur du débat. Un ton plus ferme pourrait faire remonter les taux obligataires et jouer à la baisse sur les valeurs technologiques, particulièrement sensibles au coût de l'argent.
L'inflation restera également sous haute surveillance en Europe. Mercredi seront publiés les chiffres définitifs de juillet en zone euro, après une première estimation à +2,9% sur un an, ainsi qu'une nouvelle mesure de l'inflation britannique, susceptible de faire bouger la livre sterling et les anticipations de taux de la Banque d'Angleterre. À Wall Street, le consommateur américain donnera enfin le tempo. Home Depot publiera mardi, puis Walmart jeudi. Les résultats de ces deux poids lourds offriront un test grandeur nature des dépenses des ménages et pourraient donner la direction à l'ensemble du secteur de la distribution.
Le lexique : les ventes au détail
Les ventes au détail mesurent les achats réalisés par les consommateurs auprès des commerces : magasins, restaurants, stations-service ou encore vendeurs en ligne. Aux États-Unis, cette statistique est particulièrement suivie car la consommation des ménages représente près de 70% de l'activité économique nationale. Une solide hausse des ventes suggère donc une économie dynamique et qui peut soutenir les perspectives de bénéfices des entreprises.
À l'inverse, un ralentissement marqué peut signaler que les ménages réduisent leurs dépenses et annoncer un affaiblissement de la croissance. Pour la Bourse, l'interprétation est toutefois plus subtile : des ventes très fortes peuvent aussi raviver les craintes d'inflation et repousser d'éventuelles baisses de taux de la Réserve fédérale, ce qui peut peser à la baisse sur les actions. Les investisseurs ne regardent donc pas seulement si les ventes progressent ou reculent, mais surtout si elles sont supérieures ou inférieures aux attentes du marché.









