Les marchés : paralysé !
Le CAC 40 clôture à l'équilibre ce soir, comme paralysé par le contexte général : +0,02% à 8 340 points. Les nouvelles attaques américaines et iraniennes, qui touchent désormais des infrastructures essentielles dans le Golfe, entretiennent la prudence des investisseurs. Le pétrole, après avoir dépassé les 90$ le baril de Brent, s'est toutefois stabilisé autour des 88$ cet après-midi. Wall Street évolue en hausse dans les premières heures d'échanges (+0,6% sur le Nasdaq, +0,3% sur le S&P 500), soutenu par le rebond des fabricants de semi-conducteurs après leur recul de la semaine dernière.
Les investisseurs restent néanmoins exigeants avant une série de résultats d'entreprises, alors que les valorisations technologiques ont fortement progressé avec les investissements dans l'intelligence artificielle. Clairement, les publications trimestrielles d'Alphabet, d'Intel et dans une moindre mesure, de Tesla seront déterminantes cette semaine.
Enfin, l'espoir d'un cessez-le-feu de dix jours avec l'Iran apaise quelque peu les marchés, mais l'annonce d'un blocus naval des Houthis contre l'Arabie saoudite maintient un climat de forte incertitude. Nous vous en parlions vendredi dans une rubrique détaillée, c'est probablement l'un des risques les plus sous-estimés actuellement par les investisseurs...
Les valeurs
Air Liquide
Morgan Stanley recommande désormais d'acheter Air Liquide, estimant que le marché sous-évalue son potentiel dans les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle. La banque relève son objectif de cours de 152,73 euros à 206 euros, soit un potentiel de hausse de 16% par rapport au cours actuel. Déjà très appréciée des particuliers, avec 900 000 actionnaires individuels représentant un tiers de son capital, l'action gagne 22% depuis le début de l'année, contre seulement 2,3% pour le CAC 40. Le principal moteur identifié est la division électronique, qui fournit les gaz ultra-purs indispensables à la fabrication des puces.
Cette activité ne représente encore que 10% des revenus, mais elle bénéficie de l'envolée des investissements dans les semi-conducteurs, attendus à 370 milliards de dollars en 2030 contre 190 milliards en 2025. À fin mars, Air Liquide disposait d'un carnet de commandes de 5,5 milliards d'euros, composé de 75 projets, dont 40% en Asie. Morgan Stanley prévoit une croissance annuelle moyenne de 9% pour cette division entre 2026 et 2028, contre 7% anticipés par le marché, ainsi qu'une progression moyenne de 11% du bénéfice par action au cours des trois prochaines années. Ce soir, l'action Air Liquide gagne 0,70% à 177,70 euros. Retrouvez ici notre objectif de long terme, et l'intégralité de notre portefeuille défensif.
Saint-Gobain
La Commission européenne soupçonne plusieurs fabricants de matériaux de construction de s'être entendus sur les prix des additifs chimiques pour le ciment et le béton en France, en Allemagne et en Espagne entre 2021 et 2022. Parmi les groupes visés figurent Cemex, Sika et Chryso, société rachetée par Saint-Gobain en 2021. Les entreprises auraient coordonné des communiqués publiés par des associations professionnelles afin de justifier des hausses de prix liées à l'augmentation des coûts des matières premières.
Ces conclusions restent préliminaires et les sociétés peuvent encore présenter leurs arguments. Une infraction pourrait entraîner une amende allant jusqu'à 10% du chiffre d'affaires mondial, mais Saint-Gobain affirme respecter les règles de concurrence, coopérer avec Bruxelles et ne prévoir aucun impact financier. Son action cède 1,82% ce soir, à 74,60 euros (-14% depuis le début de l'année).
Le coin des smalls : Quadient
Connaissez-vous Quadient ? L'ex-Neopost aide les entreprises à gérer leurs courriers, leurs communications numériques et la livraison de leurs colis grâce à ses logiciels. Aujourd'hui, son action éligible au PEA-PME progresse de 6% à 12,72 euros (-12% en 2026). Le spécialiste français envisage de céder tout ou partie de son activité de consignes automatiques pour colis, Lockers. Cette division, présente notamment aux États-Unis, au Japon et au Royaume-Uni, compte plus de 28 000 consignes dans le monde, contre environ 2 000 en 2018.
Elle a généré 114 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, soit 11% des revenus du groupe, avec une part croissante d'abonnements récurrents. Devenue rentable en 2024, l'activité affichait une marge de 5% en 2025, attendue au-dessus de 10% en 2026. Quadient étudie plusieurs scénarios : poursuivre seul les investissements, accueillir des partenaires, vendre certaines zones géographiques ou céder totalement la division. Cette réflexion pourrait modifier son plan visant 40 000 consignes et plus de 200 millions d'euros de chiffre d'affaires d'ici 2030. Le groupe communiquera sur l'avancement du dossier lors de ses résultats semestriels, le 23 septembre 2026.
La pépite de la semaine
Fondé en 2004 par Antoine Flamarion et Mathieu Chabran, Tikehau Capital est un groupe mondial de gestion d'actifs alternatifs, présent dans le crédit privé, les actifs réels, le private equity et les marchés de capitaux. Depuis son introduction en Bourse en 2017, le groupe a changé de dimension : ses actifs sous gestion sont passés de moins de 10 Mds d'euros à 53,0 milliards d'euros au 31 mars 2026, en hausse de +7% sur un an.
La recommandation du jour : le grand gagnant du mondial
Adidas sort renforcé de la Coupe du monde. Le groupe allemand estime que la compétition lui rapportera environ 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires, contre une précédente prévision légèrement supérieure à 1 milliard. La marque aux trois bandes, qui équipait les deux équipes finalistes, l'Espagne et l'Argentine, a vendu quatre fois plus de maillots et deux fois plus de ballons que lors de l'édition 2022. Cette performance pourrait ajouter environ 2% aux ventes annuelles attendues par la banque américaine Citi. Les résultats du deuxième trimestre, publiés le 30 juillet, permettront de mesurer plus précisément cet effet.
Adidas semble également avoir pris l'avantage sur son grand rival Nike, qui équipait la France et l'Angleterre. Les revenus du géant américain générés par le tournoi sont estimés entre 1 et 1,4 milliard d'euros. L'écart est encore plus marqué en Bourse : depuis le début de l'année, Adidas gagne 7,2%, tandis que Nike chute de 33%. Le groupe allemand profite d'une marque dynamique, de produits appréciés dans le sport comme dans la mode et d'une croissance qui devrait atteindre 15% au deuxième trimestre. À l'inverse, Nike souffre du recul de ses ventes en Chine, d'une offre moins attractive et d'un plan de relance plus lent que prévu, dont les principaux nouveaux produits ne sont pas attendus avant 2027.
Le monde d'après : la chute du Kospi
La chute est spectaculaire. Ce lundi, l'indice sud-coréen a encore perdu 4,46%, à 6 516 points. Le Kospi abandonne désormais près de 31% depuis son sommet historique du 19 juin, à 9 385 points. En seulement un mois, l'une des Bourses les plus performantes au monde est donc entrée dans une correction brutale. Le Kospi se trouve au croisement des deux sujets les plus explosifs du moment sur les marchés.
Le premier est la crainte d'une bulle autour de l'intelligence artificielle dont nous vous parlons souvent. Samsung et SK Hynix représentent ensemble environ la moitié de l'indice ! Leur envolée, alimentée par la demande de puces mémoire pour les centres de données, avait propulsé toute la Bourse coréenne. Mais cette concentration fonctionne aussi dans l'autre sens. Dès que les investisseurs s'interrogent sur le niveau des investissements dans l'IA, sur les valorisations ou sur un futur excès de capacités de production, c'est l'ensemble du Kospi qui vacille. Les produits financiers à effet de levier (voir lexique) lancés sur ces deux valeurs ont encore amplifié les mouvements.
Le second risque vient du détroit d'Ormuz. La Corée du Sud ne dispose pratiquement pas de ressources fossiles domestiques et importe près de 98% du pétrole, du gaz et du charbon qu'elle consomme. Environ 70% de ses importations de pétrole brut transitent par Ormuz. Le blocage du détroit menace donc directement son approvisionnement, mais aussi les marges de ses industriels, sa monnaie et son économie très exportatrice. Une hausse durable du pétrole et du gaz renchérit la production de semi-conducteurs, de voitures, d'acier et de produits pétrochimiques.
Il faut néanmoins mettre ces chiffres en perspective. Malgré sa chute récente, le Kospi gagne encore près de 55% depuis le début de 2026, après avoir déjà bondi de 75,6% en 2025. La correction efface donc une partie d'une hausse exceptionnelle, mais elle rappelle surtout qu'un indice très concentré sur les semi-conducteurs et dépendant des importations énergétiques peut devenir extrêmement volatil lorsque les risques technologiques et géopolitiques se déclenchent en même temps... À suivre de près !
L'agenda : BCE, Tech et pétrole
Au programme de la semaine : la Banque centrale européenne, les résultats des géants technologiques américains et les tensions sur le pétrole. Jeudi, la BCE devrait laisser ses taux inchangés, mais le discours de Lagarde sera suivi de près : la hausse du pétrole ravive les craintes d'inflation et pourrait renforcer les anticipations d'un nouveau relèvement des taux à l'automne. Les chiffres de l'inflation britannique, attendus mercredi, puis les premiers indicateurs d'activité de juillet en Europe et aux États-Unis, publiés vendredi, permettront aussi de mesurer la résistance de l'économie face au renchérissement de l'énergie.
Les entreprises prendront également une place centrale, avec les publications d'Alphabet (Google) et Tesla mercredi, puis d'Intel jeudi, très surveillées pour jauger la solidité des dépenses liées à l'intelligence artificielle, aux semi-conducteurs et à l'automobile. En Europe, les résultats de SAP, UniCredit et Volkswagen sont attendus par les investisseurs. Enfin, l'évolution du conflit entre les États-Unis et l'Iran restera sous les projecteurs. Toute nouvelle hausse du baril pourrait peser sur les actions et faire monter encore un peu plus les taux.
Demain à la une : la bulle et la guerre
Le calendrier de demain est plutôt léger. En Europe, le baromètre ZEW mesurera la confiance des investisseurs allemands. À Wall Street, General Motors, 3M et Halliburton publieront leurs résultats trimestriels. Leurs performances donneront des indications intéressantes sur la consommation automobile, l'activité industrielle et les investissements dans l'énergie. La bulle de l'IA et la guerre au Moyen-Orient seront donc particulièrement déterminantes, faute d'actualités économiques fortes, ou de résultats d'entreprises de premier plan.
Le lexique : les produits à effet de levier
Les produits à effet de levier sont des instruments financiers conçus pour amplifier les variations d'un actif sous-jacent, comme une action, un indice, une devise ou une matière première. Avec une mise initiale limitée, l'investisseur s'expose à une variation plus importante que celle du marché : un levier de 5 signifie qu'une hausse de 1% du sous-jacent peut entraîner une hausse d'environ 5% du produit, mais aussi une baisse équivalente en cas de mouvement défavorable.
L'intérêt de ces produits réside dans la possibilité de rechercher une performance accrue ou de couvrir temporairement un portefeuille. En contrepartie, le risque de perte est élevé, parfois très rapide, et peut aller jusqu'à la perte totale du capital investi. Leur valeur peut aussi être affectée par la volatilité, le temps, les frais, la liquidité ou la méthode de calcul du produit. Ces instruments sont donc complexes et doivent être distingués d'un placement classique détenu sur le long terme.



















