Les marchés : pas le droit à l'erreur !

Le CAC 40 préserve les 8 400 points. Dans un marché mondial prudent, l'indice français clôture ce soir à 8 480 points, en recul de 0,33%. Les investisseurs arbitrent entre plusieurs forces opposées : la baisse progressive du risque géopolitique au Moyen-Orient, le recul des prix du pétrole après la hausse des quotas de production du cartel pétrolier de l'OPEP+, et des anticipations de taux un peu moins tendues aux États-Unis.

Kevin Warsh, le nouveau président de la Fed, a récemment reconnu que les inquiétudes sur l'inflation avaient diminué, même si les prix restent encore trop élevés pour baisser les taux. Pour les marchés, le scénario idéal est le suivant : une paix effective, une inflation qui ralentit et des entreprises technologiques capables de continuer à dépasser les attentes.

Et c'est justement sur le secteur technologique que le marché devient plus sélectif. Après le rebond de la semaine dernière, les investisseurs ne tournent pas le dos à l'intelligence artificielle, mais ils deviennent plus exigeants. Les valorisations sont extrêmement élevées, les attentes aussi. À Wall Street, le Nasdaq reste bien orienté aujourd'hui (+1,2%), porté par les semi-conducteurs et par plusieurs dossiers comme Broadcom, qui progresse de 4% après l'extension de son partenariat avec Apple jusqu'en 2031. Mais gare aux séances à venir.

Sur le front macroéconomique, les dernières statistiques américaines soutiennent également le marché. La croissance du premier trimestre a été révisée à 2,1% sur un an, mieux que prévu, tandis que l'inflation (hors alimentation et énergie) ressort conforme aux attentes à 3,4%. Autrement dit, l'économie américaine tient, l'inflation ne surprend pas, et la Fed peut encore temporiser. En somme, l'optimisme reste d'actualité, à condition que la saison des résultats qui débute dans les prochains jours confirme les fortes attentes placées dans les valeurs technologiques. Elles n'auront pas le droit à l'erreur, ce sera le grand sujet à suivre !

Les valeurs : Thales et Stellantis progressent

Thales va racheter Exail Technologies pour 134 euros par action, soit un coût total de 3,9 milliards d'euros dette comprise. L'opération, prévue pour être finalisée début 2028, marque la plus grosse acquisition du groupe depuis Gemalto en 2019. Le prix est jugé élevé par plusieurs bureaux d'études, puisqu'il représente 41 fois le résultat opérationnel attendu en 2026 et 28 fois celui de 2027.

L'intérêt stratégique est clair. Exail est le spécialiste français incontournable de la robotique autonome, des drones sous-marins, de la lutte contre les mines et des systèmes de navigation capables de fonctionner même lorsque le signal GPS est perturbé. Ces activités complètent fortement les positions de Thales dans les sonars, les radars, les systèmes de combat naval et la surveillance maritime. Thales vise aussi 60 millions d'euros de synergies de coûts d'ici 2032 et 500 millions d'euros de chiffre d'affaires additionnel sur dix ans, même si une partie importante de ces gains devrait surtout se matérialiser après 2032.

Le rachat renforce Thales sur des marchés de défense en forte croissance, notamment la lutte anti-mines sous-marine par drones, qui pourrait être multipliée par plus de huit entre 2025 et 2030 selon sa direction. L'opération est donc chère, mais elle permet au géant français de sécuriser un actif très stratégique, en forte croissance, parfaitement aligné avec son c ?ur de métier et capable d'élargir son offre dans la guerre sous-marine et la protection des infrastructures critiques. Le marché salue l'opération : l'action Thales progresse ce soir de 1,22% à la Bourse de Paris, à 241,10 euros (+5% depuis le début de l'année). +2,12% pour Exail Technologies à 125,10 euros (+54% en 2026).

Stellantis. Plus forte hausse journalière du CAC 40, Stellantis rebondit de 1,97%, à 5,03 euros, mais cette hausse est avant tout un rattrapage technique après une chute de plus de 27% en juin. Le marché semble toutefois accueillir quelques signaux encourageants venus d'Italie, où le constructeur automobile a annoncé une croissance supérieure au marché en juin. Le groupe a immatriculé 40 061 véhicules, soit une hausse de 23% sur un an. Au premier semestre, ses immatriculations progressent de 16%, contre 9,6% pour le marché italien. Sa production nationale a aussi augmenté de 13,7% sur six mois, portée notamment par la Jeep Compass et les modèles hybrides de la Fiat 500.

Ce petit rebond ne suffit toutefois pas à effacer les doutes ! Stellantis reste en effet engagé dans un redressement très difficile après la lourde dépréciation de 22,2 milliards d'euros annoncée en février, liée au changement radical de sa stratégie dans l'électrique. Le groupe doit encore prouver qu'il peut restaurer ses marges, relancer ses ventes aux États-Unis et stabiliser sa stratégie industrielle. Pour le marché, la hausse du jour est donc une petite respiration, mais ce n'est pas encore une confirmation de retournement durable. L'action cède désormais 46% cette année et près de 70% sur trois ans !

Le coin des smalls : Carvolix

Vous connaissez peut-être l'ancien nom de cette pépite française : Affluent Medical. Le petit spécialiste des technologies médicales bondit de 10% ce lundi, à 4,40 euros, après avoir gagné près de 24% en début de séance. La biotech profite de nouvelles données encourageantes sur son robot-chirurgien, guidé par IA, et qui remplace des valves cardiaques. Dans une première étude menée sur 30 patients, le taux de réussite a atteint 100%, sans incident lié au dispositif. Les procédures ont été plus rapides, avec de meilleures performances en matière d'imagerie médicale et une utilisation de produits de soin en baisse de 26%.

Carvolix vise toujours une autorisation américaine de mise sur le marché dans les prochains mois, avant un lancement commercial officiellement prévu en 2027. Le marché apprécie ces avancées, ce qui porte la hausse du titre éligible au PEA-PME à plus de 150% depuis le début de l'année ! Le dossier reste toutefois particulièrement risqué : la société dispose d'une trésorerie suffisante seulement jusqu'à fin septembre 2026 et cherche à sécuriser environ 25 millions d'euros de financement supplémentaire pour prolonger sa visibilité financière d'au moins 12 mois !

Le monde d'après : un nouveau géant à 3 500 milliards ?

SpaceX et Tesla finiront-ils par ne faire qu'un ? Depuis l'entrée en Bourse de SpaceX, cette hypothèse circule de plus en plus à Wall Street. Selon plusieurs bureaux d'études, la probabilité d'une fusion dépasserait 80% d'ici 2027. Réunies, les deux entreprises d'Elon Musk pèseraient plus de 3 500 milliards de dollars en Bourse, ce qui en ferait l'un des plus grands groupes cotés au monde.

Les liens entre les deux sociétés sont déjà nombreux. Tesla détient une participation dans SpaceX, vend des batteries et des véhicules au groupe spatial, tandis que les deux entreprises développent des projets communs autour de l'intelligence artificielle, des puces informatiques, des robots, des véhicules autonomes et de la connectivité Starlink. Une fusion permettrait ainsi à Elon Musk de regrouper sous un même toit ses activités liées à l'automobile, à l'espace, aux satellites, aux robots et à l'IA. Mais l'opération serait loin d'être simple.

Les valorisations des deux groupes ont fortement évolué, SpaceX ayant récemment dépassé les 2 000 milliards de dollars de capitalisation, tandis que Tesla vaut environ 1 500 milliards. Par ailleurs, les actionnaires de Tesla pourraient hésiter à se rapprocher d'une entreprise qui investit massivement et consomme encore beaucoup de trésorerie. Les autorités américaines pourraient aussi examiner de près un rapprochement entre un fournisseur du gouvernement et de l'armée américaine, SpaceX, et Tesla, très présent en Chine. Pour Tesla, l'enjeu serait toutefois majeur : une partie de sa valorisation semble désormais reposer sur l'idée qu'elle pourrait profiter un jour de la puissance de SpaceX.

L'agenda du lundi : Taux, technos et pétrole

Cette semaine devrait rester dominée par les taux américains, la technologie et le pétrole, dans un marché globalement bien orienté mais plus attentif aux valorisations très élevées des actions technologiques. Le principal rendez-vous sera la publication, mercredi soir, du compte rendu de la dernière réunion de la Fed. Les investisseurs y chercheront des indices sur la trajectoire des taux d'intérêt, après le rapport sur l'emploi publié jeudi dernier et jugé favorable à de futures baisses de taux.

Les chiffres américains de l'activité des services et du commerce extérieur permettront aussi de tester la solidité de l'économie, tandis qu'en Europe, les ventes au détail, les prix à la production et le compte rendu de la Banque centrale européenne donneront quelques repères sur la croissance et l'inflation. La cote américaine sera également animée demain par l'entrée de SpaceX dans le Nasdaq 100, un événement susceptible de provoquer des achats automatiques de la part des fonds indiciels (ETF).

Wall Street surveillera aussi les premières publications de résultats avec PepsiCo et Delta Air Lines, respectivement jeudi et vendredi soirs, avant que les banques n'ouvrent officiellement le bal la semaine prochaine. Cette nouvelle saison de résultats est très attendue pour savoir si les bénéfices justifient encore la forte progression des grands indices boursiers. Le pétrole restera enfin un autre baromètre important, après la décision de l'OPEP+ d'augmenter sa production et le reflux des cours autour de 72$ le baril de Brent, un mouvement qui peut soulager les craintes d'inflation mais peser sur les valeurs énergétiques.

Demain à la une : SpaceX et Samsung

On s'attend à une petite séance demain, dans un marché où les investisseurs resteront partagés entre enthousiasme pour l'intelligence artificielle et prudence sur les valorisations. Nous vous en parlions ci-dessus, l'événement le plus symbolique sera l'entrée de SpaceX dans le Nasdaq avant l'ouverture de Wall Street. Ce mouvement peut soutenir le compartiment technologique à court terme, mais il devrait aussi raviver les craintes sur le prix des grandes valeurs de croissance.

L'autre rendez-vous important viendra d'Asie, avec une première estimation des résultats trimestriels de Samsung, très attendus pour mesurer la vigueur de la demande en puces mémoire liée à l'intelligence artificielle. Reuters indique que le marché anticipe une forte envolée du bénéfice opérationnel, ce qui pourrait influencer tout le secteur des semi-conducteurs, de SK Hynix à Micron. Les résultats trimestriels du mastodonte coréen seront dévoilés le 23 juillet.

Le lexique : le résultat opérationnel

Le résultat opérationnel correspond aux profits réalisés par une entreprise grâce à son activité principale, avant prise en compte des charges financières, des impôts et des éléments exceptionnels. Il permet de mesurer la performance économique du cœur de métier, indépendamment de la manière dont l'entreprise se finance ou de sa fiscalité. Par exemple, pour un groupe industriel, il indique ce que rapportent réellement la production, les ventes et la maîtrise des coûts.

Pour un investisseur, c'est un indicateur clé, car il montre si l'entreprise gagne de l'argent avec son activité courante, et pas seulement grâce à des effets ponctuels. Un résultat opérationnel en hausse traduit souvent une meilleure rentabilité, une bonne dynamique commerciale ou une discipline sur les dépenses. À l'inverse, une baisse peut signaler des marges sous pression, des coûts trop élevés ou un ralentissement de l'activité. Il ne faut toutefois pas le confondre avec le résultat net, qui intègre aussi les intérêts, les impôts et certains éléments non récurrents.