Bulle ou pas bulle ?
Les investissements massifs des géants technologiques dans l'IA figurent parmi les principaux moteurs des Bourses mondiales. Mais les opérateurs s'inquiètent de plus en plus des valorisations stratosphériques et des incertitudes entourant la rentabilité future de ces dépenses.
« De nombreux éléments indiquent que nous sommes dans une bulle », dont le fait que certains titres sont « surévalués », a estimé auprès de l'AFP Itay Goldstein, professeur de finance à l'école de commerce Wharton (université de Pennsylvanie, est des Etats-Unis). Les cinq plus grandes capitalisations mondiales, toutes des entreprises du secteur technologique cotées à Wall Street, représentent aujourd'hui un peu plus de 18 000 milliards de dollars, soit environ cinq fois le produit intérieur brut (PIB) de la France.
Autre élément scruté par les investisseurs : la montée en puissance de l'endettement des géants de la tech. « C'est un virage récent pour ces groupes », remarque Brent Fredberg, directeur des investissements chez Brandes Investment Partners. Jusqu'ici, rappelle-t-il, leurs poches étaient tellement pleines qu'ils étaient plutôt enclins à consacrer une partie de leur trésorerie à des rachats de leurs propres actions.
Ces emprunts ont évidemment un coût, qui risque d'augmenter, car la banque centrale américaine (Fed) a récemment signalé qu'un relèvement des taux d'intérêt pourrait intervenir avant la fin de l'année. Tout juste entré en Bourse à l'issue d'une opération historique, le géant de l'aérospatial SpaceX a annoncé en début de semaine son intention d'emprunter 25 milliards de dollars sur les marchés, ravivant les doutes sur la trajectoire financière du groupe.
Les analystes pointent également le risque des financements circulaires : les grands noms de la tech et les fabricants de puces investissent dans des start-up d'IA, qui utilisent ensuite ces fonds pour acheter leurs produits et services. Un écosystème fragile en cas de retournement de marché.
Les prémices d'un éclatement ?
« Compte tenu des centaines de milliards investis dans un contexte de rentabilité incertaine, et au vu des niveaux de valorisation actuels, le marché est extrêmement nerveux », résume Brent Fredberg.
Pour certains observateurs, les récents replis de la tech à Wall Street relèvent davantage d'une pause, après des périodes de fortes hausses, plutôt que du début d'un véritable décrochage. « Les semi-conducteurs demeurent l'épine dorsale du cycle technologique tiré par l'IA, soutenus par une demande structurelle solide », avance dans une note Christian Stocker, économiste chez UniCredit. Il juge la correction récente « temporaire dans une tendance de croissance de long terme toujours intacte ». « Le moment où une bulle éclate est toujours très difficile à anticiper. (...) Les marchés ne se comportent pas de manière prévisible », pointe Itay Goldstein.
Une crise inédite
« Si les plus grandes entreprises cotées au monde subissent un choc, l'impact se fera sentir partout », poursuit Itay Goldstein. Selon lui, l'ampleur d'une crise de l'IA pourrait dépasser celle de la bulle internet qui avait éclaté au début de l'année 2000, car à l'époque « beaucoup d'entreprises impliquées n'étaient pas les acteurs majeurs du marché ».
Pour Brent Fredberg, le marché actuel reste toutefois loin de la frénésie spéculative de la fin des années 1990, ce qui pourrait permettre d'éviter un scénario trop brutal.
Dans le pire des scénarios, une correction sévère du secteur technologique se répercuterait sur l'ensemble de l'économie. Aux Etats-Unis, les performances de Wall Street influencent directement le patrimoine - et donc le pouvoir d'achat - de nombreux Américains. Une large part de la population détient des actifs boursiers, directement ou via des fonds indiciels (ETF) et les plans de retraite 401(k) abondés par les employeurs.
















