Les marchés

L'heure de vérité pour l'IA

La Bourse de Paris tente de reprendre de l'élan après trois séances consécutives de repli. Le CAC 40 progresse de 0,54% à 8 385 points, soutenu notamment par deux poids lourds de la cote, L'Oréal (+2,8%) et LVMH (+1,9%). Paris résiste mieux que Wall Street aux prises de bénéfices sur l'intelligence artificielle, après la baisse de 2,2% du Nasdaq la veille. Mais le vrai test viendra ce soir avec les résultats de Micron, fabricant américain de puces mémoire, dont la publication permettra de mesurer la solidité réelle de la demande en infrastructures d'IA. Le titre a chuté de 13% hier, tout en conservant une hausse spectaculaire de plus de 260% depuis le début de l'année.

À Wall Street, les indices tentent également de tourner la page après deux séances dans le rouge. Le S&P 500 progresse de 0,6% et le Nasdaq de 0,8%, dans l'attente de Micron. Le marché reste toutefois nerveux sur les semi-conducteurs, tant les valorisations se sont envolées ces derniers mois. Le moindre signe de ralentissement de la demande pourrait provoquer de nouvelles prises de bénéfices, tandis qu'une publication solide relancerait immédiatement le scénario d'un cycle IA encore très porteur.

Le vrai changement de la journée vient aussi du pétrole. Le Brent recule de plus de 4%, sous les 74$ le baril, au plus bas depuis fin février, alors que Washington et Téhéran font état de premiers progrès dans leurs discussions. Le dossier reste complexe, notamment sur le détroit d'Ormuz, le nucléaire iranien et le dégel des avoirs de Téhéran, mais les marchés saluent l'apaisement sur l'énergie.

Les valeurs

L'Oréal

L'Oréal reprend de la hauteur en Bourse, en hausse de 2,83% à 386,65€. À un mois de ses résultats semestriels, Jefferies estime que le leader mondial de la beauté devrait encore faire mieux que ses concurrents au deuxième trimestre. Les tendances observées en Europe, en Amérique du Nord et en Chine restent bien orientées, ce qui permet à la banque d'attendre une croissance de 5,1%, légèrement supérieure aux prévisions du marché.

La lecture reste toutefois nuancée. Jefferies relève son objectif de cours de 323 à 328€, mais conserve un avis négatif sur le titre. Pour la banque, L'Oréal reste une entreprise de grande qualité, capable de défendre sa croissance dans un marché mondial de la beauté encore porteur. Mais son cours de Bourse intègre déjà beaucoup de bonnes nouvelles. En clair, le groupe rassure sur son activité, mais sa valorisation reste jugée exigeante avant la publication du 29 juillet. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 6%.

Rheinmetall

Le géant allemand de la défense Rheinmetall chute lourdement de 18,65% à 949€ après une décision surprise de Berlin. Le titre accuse désormais un recul de 40% depuis le début de l'année. Berlin a abandonné son projet de six frégates de nouvelle génération, un contrat pouvant atteindre plus de 15 milliards d'euros, en invoquant des retards importants et une forte dérive des coûts. À la place, l'Allemagne a choisi un autre constructeur naval pour un programme jugé moins coûteux. Pour Rheinmetall, il s'agit d'un revers majeur, alors que ce contrat devait fortement soutenir son carnet de commandes.

Cette décision remet aussi en question certains objectifs de croissance du groupe. Les analystes estiment que ce contrat aurait représenté entre 10 et 12 milliards d'euros de commandes, une part importante de l'objectif fixé pour 2026. Malgré cette forte correction, le parcours boursier reste exceptionnel. L'action gagne encore plus de 300% sur trois ans et près de 1 700% sur dix ans, portée par le réarmement de l'Europe depuis le début de la guerre en Ukraine. Cette baisse rappelle qu'après une telle envolée, la moindre mauvaise nouvelle peut entraîner des prises de bénéfices très marquées.

Le monde d'après

Le géant coréen lève 29 milliards

SK Hynix veut profiter de l'engouement mondial pour l'intelligence artificielle pour franchir une nouvelle étape à Wall Street. Le géant sud-coréen des puces mémoire prévoit de lever 29 milliards de dollars dès le 10 juillet grâce à une cotation sur le Nasdaq américain. Déjà coté à Séoul, le groupe a vu son action bondir de 300% depuis le début de l'année et de plus de 800% sur un an, porté par la forte demande pour les puces utilisées dans les serveurs d'intelligence artificielle.

SK Hynix est devenu l'un des fournisseurs les plus importants de Nvidia et a récemment dépassé Samsung Electronics pour devenir la première capitalisation boursière de Corée du Sud, avec une valorisation de plus de 1 000 milliards de dollars. Le groupe prévoit d'émettre près de 17,8 millions de nouveaux titres accessibles aux investisseurs américains. Cette opération doit élargir sa base d'actionnaires et renforcer sa présence sur le marché américain, devenu le centre de gravité de la course mondiale à l'intelligence artificielle.

Les fonds levés serviront surtout à financer de nouvelles capacités de production. SK Hynix veut construire une première usine dans le grand pôle des semi-conducteurs de Yongin, développer une unité de conditionnement avancé à Cheongju en Corée du Sud et acheter de nouveaux équipements. L'enjeu est de taille : la pénurie de puces mémoire reste l'un des principaux freins à l'essor de l'intelligence artificielle, et les fabricants capables d'augmenter rapidement leur production sont aujourd'hui parmi les grands gagnants de cette révolution technologique.

L'agenda

L'euro décroche

Après avoir dominé le dollar l'an dernier, l'euro subit un net retour de bâton. La monnaie unique perd déjà 3,5% face au billet vert depuis le début de 2026 et évolue autour de 1,13 dollar, son plus bas niveau depuis la fin mai. Sur la seule dernière semaine, elle a reculé de 1,4%. La montée des tensions au Moyen-Orient a d'abord renforcé le statut de valeur refuge du dollar, les États-Unis étant mieux protégés que l'Europe contre une envolée durable des prix de l'énergie grâce à leur importante production de pétrole.

Mais le mouvement s'est accéléré après la dernière réunion de la Réserve fédérale américaine. Les marchés anticipent désormais davantage de hausses de taux aux États-Unis, ce qui rend les placements libellés en dollars plus attractifs. À l'inverse, le regain d'inflation en Europe apparaît plus temporaire, alors que l'inflation hors énergie et alimentation reste proche de l'objectif de 2% de la Banque centrale européenne. L'écart entre les politiques monétaires américaine et européenne pourrait donc redevenir favorable au dollar.

Pour les marchés, cette faiblesse de l'euro a des effets contrastés. Elle soutient les exportateurs européens, dont les produits deviennent plus compétitifs à l'étranger, mais elle renchérit aussi les importations de matières premières et d'énergie facturées en dollars. La suite dépendra largement de l'évolution des taux américains, du pétrole et des tensions géopolitiques. UBS estime toutefois que les élections américaines de mi-mandat, prévues en novembre, pourraient finir par peser sur le dollar en fin d'année.

Demain à la une

Inflation US sous surveillance

Les marchés auront les yeux tournés vers les États-Unis, où deux indicateurs majeurs seront publiés. Le premier est l'indice PCE, la mesure de l'inflation privilégiée par la Réserve fédérale pour guider sa politique monétaire. Les investisseurs s'attendent à une légère accélération de l'inflation en mai, un chiffre qui sera déterminant pour savoir si la banque centrale américaine peut envisager de maintenir ses taux ou si elle devra rester plus prudente.

Autre rendez-vous important, la nouvelle estimation du PIB américain du premier trimestre permettra de prendre le pouls de la première économie mondiale. Même si un pic d'inflation semble proche, notamment grâce au repli des prix de l'énergie, ces publications pourraient influencer les anticipations des marchés sur les prochaines décisions de la Fed. Une journée clé pour mesurer la santé de l'économie américaine !

Le lexique

L'indice PCE

Personal Consumption Expenditures est un indicateur d'inflation américain qui mesure l'évolution des prix des biens et services consommés par les ménages. Il sert à savoir si le coût de la vie augmente, et à quel rythme, aux États-Unis. Il est publié chaque mois et suivi de très près par la Réserve fédérale américaine, la Fed, car il fait partie de ses repères favoris pour décider si elle doit relever, baisser ou maintenir ses taux d'intérêt. Contrairement à d'autres mesures de l'inflation, le PCE tient mieux compte des changements de comportement des consommateurs, par exemple lorsqu'ils remplacent un produit devenu trop cher par une alternative moins coûteuse. On distingue l'indice global, qui inclut l'énergie et l'alimentation, et l'indice core, ou sous-jacent, qui les exclut pour mieux faire ressortir la tendance de fond. Quand le PCE reste élevé, cela peut pousser la Fed à rester prudente, voire à durcir sa politique monétaire, ce qui influence directement les marchés.