Les marchés
Wall Street ne voulait pas ça
Le CAC 40 termine la semaine dans le rouge, -0,32% ce soir à 8 218 points, après avoir évolué en territoire positif une bonne partie de la séance. Sur la semaine : +0,43%. Le coup de froid est venu des États-Unis, où le rapport mensuel sur l'emploi a largement dépassé les attentes. L'économie américaine a créé 172 000 emplois en mai, contre seulement 88 000 attendus, tandis que les chiffres des deux mois précédents ont été révisés à la hausse. Une bonne nouvelle pour l'économie, mais une moins bonne pour les marchés, drogués aux taux bas.
Un marché du travail plus solide signifie en effet que la Réserve fédérale dispose de davantage de marge de manuvre pour maintenir ses taux élevés, voire les relever si les pressions inflationnistes persistent. La réaction a été immédiate à Wall Street. Les rendements obligataires sont repartis à la hausse et les investisseurs ont revu leurs anticipations de politique monétaire. Les marchés estiment désormais à près de 98% la probabilité d'une hausse de taux avant la fin de l'année, contre environ 60% avant la publication du rapport.
Résultat, le S&P 500 recule de 1% et le Nasdaq abandonne 2%, pénalisés à la fois par cette remontée des taux et par un mouvement de prises de bénéfices sur les valeurs liées à l'intelligence artificielle. Cette petite rotation sectorielle touche également l'Europe. Après leur envolée spectaculaire ces derniers mois, les fabricants de semi-conducteurs marquent une pause. STMicroelectronics chute de 5,8% à Paris, tandis qu'Infineon abandonne près de 9% à Francfort. À l'inverse, les investisseurs se repositionnent sur des valeurs plus défensives et moins dépendantes du cycle technologique, comme Hermès (+2,3%), Carrefour (+2%), Sanofi (+2%) ou Pernod Ricard (+1,6%), qui figurent parmi les meilleures performances du CAC 40 ce soir.
Les valeurs
Airbus
Airbus rassure, après un début d'année difficile. En mai, le groupe a livré 81 avions, soit 60% de plus qu'il y a un an, après 67 livraisons en avril. Cette amélioration rend plus crédible son objectif de livrer environ 870 avions en 2026, contre 793 l'an dernier. Le retard du premier trimestre reste toutefois important : Airbus n'avait livré que 114 avions sur les trois premiers mois de l'année, en baisse de 16% sur un an. Cette hausse des livraisons est stratégique, car Airbus reçoit une grande partie du paiement d'un avion au moment où il est remis au client. Plus les livraisons progressent, plus le groupe peut faire entrer de l'argent pour investir, verser des dividendes ou racheter ses propres actions.
Sur les cinq premiers mois de 2026, Airbus repasse ainsi en croissance, avec des livraisons en hausse de 8%. Les spécialistes restent cependant prudents : l'objectif annuel paraît plus atteignable, mais il faudra maintenir un rythme élevé dans les prochains mois. Le marché attend par ailleurs des précisions sur les ambitions de rentabilité du groupe, avec une cible possible de 10 milliards d'euros cette année, contre 5,4 milliards en 2025. À la Bourse de Paris, l'action Airbus gagne 1,11% ce vendredi, à 178,96 (-10% en 2026, après +28% en 2025).
Les valeurs du luxe
Ça fait un petit moment que nous n'avons pas parlé des valeurs du luxe. En Bourse, elles tentent de rebondir ces derniers jours, après plusieurs années très difficiles. Le conflit en Iran n'a pas arrangé les choses, mais les espoirs d'une solution diplomatique alimentent les quelques tentatives de rebond. Parmi les petites actus sectorielles du jour, Hermès va construire une nouvelle manufacture pour sa maison John Lobb à Northampton, en Angleterre. Le fabricant de chaussures de luxe quittera ses ateliers historiques pour s'installer, d'ici 2029, dans un nouveau site situé sur une ancienne zone industrielle du centre-ville.
Ce projet confirme l'attachement de John Lobb à Northampton, une ville connue pour son savoir-faire dans la chaussure. La nouvelle manufacture devra aussi répondre à des objectifs plus modernes, avec une meilleure efficacité énergétique, un environnement de travail de qualité et une approche plus responsable. À travers cette construction, John Lobb souhaite préserver un héritage artisanal de plus de 150 ans tout en l'adaptant aux exigences actuelles.
Voici les performances du jour des quatre géants français du luxe : Hermès (+2,3%), LVMH (+1%), Kering (+0,2%) et L'Oréal (+1,2%). Et celles de 2026 : Hermès (-24%), LVMH (-26%), Kering (-18%) et L'Oréal (+2,4%).
Le coin des smalls
Theraclion
Ce nom ne vous dit probablement rien. Theraclion est une petite entreprise française spécialisée dans les technologies médicales et capitalisée environ 55 millions d'euros. Son action éligible au PEA-PME gagne 7,15% à 0,75 ce soir et affiche désormais une hausse de 24% depuis le début de l'année. En cause, le groupe poursuit son développement en Chine avec l'installation de son premier appareil « Sonovein » dans un hôpital de référence. Cette solution permet de traiter les varices sans opération. Les premiers patients devraient être pris en charge dans les prochaines semaines, une étape importante pour faire connaître la technologie du groupe sur ce marché.
L'enjeu est important car la Chine compte des millions de personnes souffrant de problèmes veineux. En parallèle, l'entreprise poursuit les démarches nécessaires pour obtenir une autorisation de commercialisation à grande échelle dans le pays. Pour les investisseurs, cette première installation représente donc bien plus qu'une simple vente. Elle pourrait ouvrir la porte à un marché immense et soutenir la croissance du groupe dans les années à venir. Affaire à suivre !
Le résultat du vendredi
Pas dans le S&P !
SpaceX ne devrait pas intégrer le S&P 500, le principal indice boursier américain, après son entrée en Bourse. Le gestionnaire de cet indice a confirmé qu'il ne changerait pas ses règles : une entreprise nouvellement cotée doit attendre au moins 12 mois avant de pouvoir y entrer. Même une très grosse valorisation ne suffit pas. SpaceX pourrait en effet valoir environ 1 750 à 2 000 milliards de dollars, très au-dessus du minimum requis de 18 milliards. Mais l'entreprise doit aussi prouver qu'elle est rentable et qu'une part suffisante de ses actions est disponible pour les investisseurs.
Or, les documents déposés auprès de l'autorité boursière américaine indiquent une perte opérationnelle de 2,6 milliards de dollars. Cette décision surprend certains spécialistes, car d'autres grands indices ont choisi d'assouplir leurs règles pour accueillir plus vite les très grandes introductions en Bourse. Le Nasdaq permet désormais à une grande entreprise d'être étudiée dès son septième jour de cotation et d'intégrer son indice après 15 jours si elle fait partie des 40 plus grosses valeurs concernées.
L'enjeu est important : une entrée rapide de SpaceX aurait pu entraîner environ 14 milliards de dollars d'achats automatiques par les fonds et les ETF qui suivent l'indice. Pour OpenAI, ce montant aurait dépassé 8 milliards de dollars, et il aurait atteint environ 4,6 milliards de dollars pour Anthropic. Malgré ces montants, le principal indice américain préfère conserver ses règles actuelles plutôt que d'offrir un traitement spécial aux futures très grandes introductions en Bourse. En tout cas, le feuilleton ne fait que commencer et 2026 devrait rester riche en actus boursières.
Le monde d'après
Quantique : une nouvelle pépite ?
Outre la robotique et le spatial, l'informatique quantique (voir lexique) pourrait être une autre thématique d'investissement majeure des années à venir. L'entreprise américaine Quantinuum est cotée depuis hier à Wall Street, dans un marché pourtant largement accaparé par l'attente autour de l'introduction en Bourse de SpaceX. Le spécialiste de l'informatique quantique a levé 1,68 milliard de dollars lors de son entrée sur le Nasdaq. Son action a ouvert à 68$, avant de monter jusqu'à 71,35$ en séance, puis de clôturer à 60$, soit le prix retenu pour l'introduction. Un prix déjà fixé au-dessus de la fourchette initialement prévue, preuve de l'appétit des investisseurs pour ce dossier.
Cette opération valorise Quantinuum à 15,7 milliards de dollars, un niveau élevé pour une technologie encore très jeune. Le groupe, né en 2021 de la fusion entre l'activité quantique de Honeywell et Cambridge Quantum, développe à la fois des ordinateurs quantiques et des logiciels associés. Ses clients et partenaires incluent notamment Chase, Amgen, Mitsui & Co. et Honeywell. L'objectif est de proposer une puissance de calcul capable, à terme, de transformer des secteurs comme la finance, la pharmacie, l'intelligence artificielle, la cybersécurité ou encore l'optimisation industrielle.
Reste que l'enthousiasme boursier contraste avec des comptes encore très fragiles. Au premier trimestre, le chiffre d'affaires de Quantinuum a chuté de 73%, à seulement 5,24 millions de dollars, tandis que la perte nette a atteint 136,5 millions de dollars. Comme souvent avec les grandes ruptures technologiques, les investisseurs achètent moins les résultats actuels qu'une promesse de marché. Le succès de cette IPO confirme donc une chose : après l'IA, le quantique s'impose progressivement comme l'un des grands paris technologiques de Wall Street.
Le lexique
L'informatique quantique
L'informatique quantique cherche à utiliser les lois étonnantes de la physique quantique pour effectuer des calculs autrement et bien plus rapidement qu'un ordinateur classique. Là où un ordinateur traditionnel manipule des 0 et des 1, un ordinateur quantique utilise des « qubits », capables de représenter plusieurs états à la fois. L'objectif n'est pas de remplacer nos ordinateurs du quotidien, mais de résoudre, à terme, des problèmes extrêmement complexes : découvrir de nouveaux médicaments, optimiser des chaînes logistiques, améliorer certains modèles financiers ou accélérer des calculs liés à l'intelligence artificielle. C'est cette promesse qui attire autant les investisseurs en Bourse.










