Les marchés : la chute s'accélère !
Cette introduction ne sera pas très différente de celle d'hier soir mais promis, on vous réserve pas mal de nouveautés dans cette édition. Nous revenons notamment sur un risque important que le marché, et les médias, semblent sous-estimer.
Ce soir, le CAC 40 recule de 0,47% à 8 339 points et ressort à l'équilibre sur la semaine (+2,3% depuis le début de l'année, hors dividendes). On prend les mêmes et on recommence ! Pourquoi cette baisse ? Toujours à cause des tensions au Moyen-Orient et de la chute des valeurs liées à l'intelligence artificielle. L'attaque d'un navire au large d'Oman et celle d'une centrale électrique au Koweït renforcent l'aversion au risque. Dans le même temps, Soitec plonge de 3,1% et STMicroelectronics de 3,9%, tandis que Legrand (-1,7%) et Schneider Electric (-0,7%) sont également sanctionnés en raison de leur exposition aux centres de données.
Le mouvement touche aussi Wall Street, où les semi-conducteurs entraînent les indices à la baisse (-0,8% sur le S&P 500 pour le moment, -1,4% sur le Nasdaq). Nvidia perd même sa place de première capitalisation mondiale au profit d'Apple, une première depuis 2025, on en reparle ci-dessous. Après leur forte progression, les investisseurs continuent donc de prendre quelques bénéfices sur les valeurs technologiques et se replient vers des titres jugés plus résistants, comme Orange (+2,3%), Carrefour (+1,5%) et Thales (+1,4%).
Verdict de notre sondage d'hier soir : 43% d'entre vous anticipent le début d'une correction durable, 40% considèrent que la baisse actuelle des valeurs technologiques n'est qu'une simple prise de bénéfices, tandis que 17% y voient une occasion de se renforcer. Merci à tous pour votre participation et bonne lecture !
Les valeurs : Nvidia et Apple
Nvidia vient de perdre sa place de première capitalisation boursière mondiale au profit d'Apple, sur fond de regain de défiance envers les valeurs liées à l'intelligence artificielle. En baisse de 2% à Wall Street, le fabricant de puces vaut désormais 4 835 milliards de dollars, contre 4 912 milliards pour Apple, pratiquement stable ce vendredi. Ce recul symbolique ne traduit pas un rejet de l'intelligence artificielle, mais des doutes croissants sur les valorisations très élevées du secteur et sur la rentabilité des investissements massifs engagés. Selon une enquête de Bank of America, 82% des gérants considéraient en juillet les semi-conducteurs comme le pari boursier le plus surjoué.
Apple résiste mieux car le groupe investit moins directement que Microsoft, Amazon, Alphabet ou Oracle dans de coûteux centres de données. Sa stratégie consiste surtout à intégrer l'intelligence artificielle dans ses produits et services, notamment Siri, l'iPhone et le Mac, afin de renforcer son écosystème et soutenir ses revenus. Le groupe reste toutefois confronté à la flambée des prix des puces mémoires, alimentée par la forte demande des centres de données. Apple a déjà relevé le prix de plusieurs produits et pourrait devoir augmenter dans les prochains mois celui de l'iPhone si cette pression persiste. Depuis janvier, Nvidia et Apple progressent respectivement de 10% et 23% à Wall Street.
Dassault Systèmes
Dassault Systèmes discuterait du rachat d'Arisglobal, spécialiste américain des logiciels pour les essais cliniques et la sécurité des médicaments, pour 2 milliards de dollars. L'opération renforcerait son offre dans les sciences de la vie et compléterait Medidata, acquis en 2019 pour 5,8 milliards de dollars. Mais elle risque d'être mal accueillie en Bourse. Medidata pèse effectivement sur la croissance du groupe, avec un chiffre d'affaires en baisse de 3% sur les deux derniers trimestres, dans un marché des études cliniques pour le moins difficile.
Les investisseurs pourraient toutefois préférer que Dassault Systèmes consacre ses liquidités aux dividendes ou au rachat de ses propres actions plutôt qu'à une nouvelle acquisition. Même si le groupe dispose d'une situation financière solide, avec 1,5 milliard d'euros de trésorerie nette fin 2025, son bilan récent dans la santé incite à la prudence. Le titre, déjà en baisse de 57% sur trois ans, recule encore de 2,08% ce vendredi, à 17,88 euros, suite à la publication de cette information (-25% en 2026). Prochain rendez-vous critique : Dassault Systèmes publiera ses performances trimestrielles le 23 juillet.
Le coin des smalls : Roctool
Clairement, cette toute petite action est pratiquement inconnue à la Bourse de Paris. Et pourtant, elle flambe de 26,36% ce vendredi, à 1,39 euros. Roctool conçoit des technologies qui permettent de fabriquer plus rapidement et avec une meilleure finition des pièces en plastique ou en matériaux composites. Derrière son envol boursier, la publication d'une activité semestrielle en forte hausse. Le chiffre d'affaires bondit en effet de près de 80% sur un an, à 4,3 millions d'euros, porté par l'exécution d'un contrat stratégique de 6 millions d'euros signé avec un grand acteur de l'aéronautique et de la défense dont le nom n'a pas été dévoilé.
Les livraisons, prévues jusqu'en 2027, offrent au spécialiste français une bonne visibilité pour la suite de l'exercice. L'entreprise bénéficie aussi de nouvelles commandes dans l'automobile, le sport, les loisirs et les biens de consommation. Malgré le recul temporaire de ses prestations de services, Roctool se montre confiant pour le second semestre, sans toutefois communiquer d'objectifs chiffrés. L'action, éligible au PEA-PME, s'envole désormais de 125% depuis le début de l'année.
Le résultat du vendredi : peut mieux faire !
Netflix plonge de plus de 10% à Wall Street après des résultats corrects, mais insuffisants pour rassurer un marché devenu très exigeant. Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires a progressé de 13,4%, à 12,56 milliards de dollars, et le bénéfice par action a légèrement dépassé les attentes. Les heures de visionnage ont aussi augmenté de 2% au premier semestre. Mais ces bons chiffres sont éclipsés par la faiblesse de l'Amérique du Nord, son marché clé, où les revenus ont atteint 5,43 milliards de dollars, contre 5,52 milliards espérés.
Surtout, les perspectives déçoivent. Netflix prévoit une croissance de 12% au troisième trimestre et maintient ses objectifs annuels, avec un chiffre d'affaires attendu entre 51 et 51,4 milliards de dollars et une marge opérationnelle de 31,5% (voir lexique). Les investisseurs espéraient mieux, notamment un relèvement des prévisions. La baisse de la fréquence de publication des données de visionnage nourrit également les doutes sur la transparence du groupe.
À cela s'ajoutent les craintes liées à la concurrence renforcée dans le streaming et à l'essor des contenus générés par l'intelligence artificielle. L'action perd désormais 30% depuis janvier et plus de 50% par rapport à son sommet de juin 2025, signe que le marché ne pardonne plus le moindre ralentissement !
Le monde d'après : un risque sous-estimé ?
Ce matin, nous souhaitions attirer l'attention de nos lecteurs sur un risque actuellement sous-estimé par les marchés et les médias : le possible blocage du détroit de Bab el-Mandeb par les Houthis du Yémen, soutenus par l'Iran. Il ne s'agit pas d'être inutilement catastrophiste mais simplement de surveiller ce verrou hautement stratégique. Nous évoquions dans le Morning Zapping : « Ormuz verrouille les exportations maritimes saoudiennes à l'est. Bab el-Mandeb pourrait les verrouiller à l'ouest. » C'est tout l'enjeu car son possible blocage pourrait propulser le baril au-delà de 100 dollars, voire 120 dollars...
Le détroit de Bab el-Mandeb est l'un des passages les plus stratégiques du commerce mondial. Situé entre le Yémen et la Corne de l'Afrique, il commande l'accès à la mer Rouge et au canal de Suez, la route la plus courte entre l'Asie, le Moyen-Orient et l'Europe. Environ 7% des approvisionnements énergétiques mondiaux y transitent en temps normal, mais l'Arabie saoudite y fait actuellement circuler 70% de ses exportations énergétiques, depuis le blocage d'Ormuz. Un blocage par les Houthis menacerait donc directement une partie importante des exportations de pétrole et de produits raffinés.
Une fermeture totale ne serait même pas nécessaire pour provoquer un choc. Des attaques répétées de drones ou de missiles pourraient pousser les compagnies maritimes à éviter la zone et à contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Pour certains pétroliers, le trajet vers l'Europe passerait d'environ 10 400 à près de 18 000 kilomètres. Les délais de livraison, les dépenses de carburant et les primes d'assurance augmenteraient rapidement, réduisant le nombre de navires disponibles et faisant monter le prix du pétrole.
En Bourse, les effets dépasseraient largement les groupes énergétiques. Une hausse durable du pétrole pèserait sur les compagnies aériennes, la chimie, l'industrie, le transport et la consommation. Elle pourrait aussi relancer l'inflation et inciter les banques centrales à maintenir des taux d'intérêt élevés plus longtemps, un scénario généralement défavorable aux actions. Dans les prochaines semaines, les attaques en mer Rouge, les détournements de navires, le trafic du canal de Suez, les coûts d'assurance et l'évolution du Brent seront donc des signaux essentiels à surveiller.
Bab el-Mandeb est un passage extrêmement étroit, en face de Djibouti, mais sa paralysie pourrait transformer une crise régionale en choc mondial pour l'énergie et les marchés financiers. Nous surveillerons de près l'évolution de la situation dans les prochaines semaines.
L'agenda : demandez le programme !
Outre l'évolution géopolitique, la semaine prochaine devrait être dominée par la Banque centrale européenne et par une nouvelle salve de résultats d'entreprises. Jeudi, la BCE devrait maintenir ses taux, mais les marchés chercheront comme toujours des indices sur ses prochaines décisions, alors que les tensions au Moyen-Orient et les variations du pétrole entretiennent les inquiétudes sur l'inflation. Toute inflexion du discours de Christine Lagarde pourrait augmenter la volatilité sur les actions européennes, les taux d'intérêt et l'euro.
Le compartiment technologique sera également au centre de l'attention avec les publications d'Alphabet et Tesla mercredi, puis d'Intel et SAP jeudi. Les investisseurs jaugeront notamment les dépenses dans l'intelligence artificielle, la demande de semi-conducteurs et la croissance des activités numériques. Ces résultats devraient donner le ton au Nasdaq et aux valeurs technologiques européennes, dans un marché devenu, à juste titre, plus exigeant après leur forte progression des derniers mois.
Le lexique : la marge opérationnelle
La marge opérationnelle est un indicateur financier qui mesure la part du chiffre d'affaires qu'une entreprise conserve après avoir payé l'ensemble de ses coûts liés à son activité courante (comme les salaires, les matières premières ou les frais de fonctionnement) mais avant de tenir compte des impôts et des intérêts sur ses dettes.
Elle s'exprime en pourcentage : si une entreprise réalise 100 euros de ventes et dégage 15 euros de bénéfice opérationnel, sa marge opérationnelle est de 15%. Plus ce résultat est élevé, plus l'entreprise est efficace pour transformer ses ventes en profits. C'est un outil clé pour comparer la rentabilité de plusieurs entreprises d'un même secteur.










