Les marchés : La bulle de l'IA

La Bourse de Paris continue d'enchaîner les séances de hausse et de baisse, sans tendance nette depuis bientôt deux semaines. Ce soir, c'est une clôture dans le vert pour le CAC 40 : +1,15% à 8 244 points. L'indice français a toutefois les plus grandes difficultés à rompre un niveau de résistance important (voir lexique), autour des 8 265 points. Comme bien souvent depuis trois mois, la hausse du jour est soutenue par une avancée, toujours très fragile, sur le front diplomatique. En trame de fond, un possible cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah libanais. De quoi apaiser un peu les inquiétudes des investisseurs et faire légèrement baisser le prix du pétrole, du moins temporairement : le baril européen recule de 2,5%, à 95$

Le climat reste très fragile. Les investisseurs s'inquiètent de la hausse récente des taux d'intérêt et de l'enthousiasme (excessif ?) autour des entreprises liées à l'intelligence artificielle. Les fabricants de puces électroniques sont particulièrement frappés ce jeudi : STMicroelectronics perd 2,6% et Soitec chute de 5,6%. En cause, les résultats dévoilés hier soir par le géant américain Broadcom qui plonge d'environ 15% à Wall Street, entraînant d'autres acteurs du secteur dans son sillage. On en reparle dans cette édition. À New York, les marchés évoluent dans le désordre cet après-midi, avant la publication demain après-midi du très attendu rapport sur l'emploi US. Pour le moment, le S&P 500 gagne 0,2% et le Nasdaq cède 0,2%.

Les valeurs

Après des années difficiles pour l'ensemble du secteur des spiritueux, Rémy Cointreau tente de reprendre l'offensive. Le propriétaire du cognac Rémy Martin a dévoilé un ambitieux plan de transformation sur trois ans destiné à relancer sa croissance et améliorer sa rentabilité. Le marché salue l'initiative : malgré des résultats annuels encore en recul et un dividende divisé par deux, l'action bondit de 9,76% à 41,16 euros. Les investisseurs semblent surtout retenir que le groupe regarde désormais vers l'avenir plutôt que vers les difficultés du passé. Le plan présenté repose sur plusieurs leviers.

La direction veut accélérer le développement commercial dans les marchés émergents, renforcer la présence dans les boutiques détaxées des aéroports et lancer une innovation majeure autour de la marque phare Rémy Martin aux États-Unis. Le groupe ambitionne notamment de doubler ses ventes dans les pays émergents d'ici trois ans et d'ajouter 100 millions d'euros de résultat opérationnel à horizon 2029. Le pari est audacieux dans un environnement encore compliqué pour le cognac, notamment en Chine et aux États-Unis. Mais après une chute de 70% du titre en trois ans, le marché semble prêt à redonner une chance au groupe, à condition que cette stratégie se traduise rapidement par des résultats concrets. Depuis le début de l'année, Rémy Cointreau gagne désormais 12% à la Bourse de Paris.

STMicroelectronics. L'intelligence artificielle continue de dicter la tendance des marchés, aux côtés des tensions au Moyen-Orient, mais elle rappelle aussi une règle vieille comme la Bourse : lorsque les attentes deviennent trop élevées, même de bons résultats peuvent décevoir. C'est exactement ce qui arrive à Broadcom. Le géant américain des semi-conducteurs a pourtant publié une croissance spectaculaire de son activité, portée par les commandes massives de groupes comme OpenAI, Meta ou Anthropic. Mais faute d'avoir relevé ses objectifs annuels, le titre décroche de près de 15% à Wall Street et entraîne dans son sillage l'ensemble du secteur. On reparle de cette sanction boursière dans l'édition/

La correction s'est rapidement propagée à l'Europe. STMicroelectronics chute de 2,58% ce soir à 66,72 euros, Soitec abandonne 5,6%, tandis que Infineon recule également de 3,6%. Après des mois d'euphorie autour de l'IA, les investisseurs veulent désormais davantage que de simples confirmations. Ils exigent des perspectives toujours plus ambitieuses. Cette séance illustre surtout à quel point les valorisations du secteur intègrent déjà beaucoup d'optimisme. Cela ne remet pas forcément en cause le potentiel de long terme de l'intelligence artificielle, mais rappelle que même les grands gagnants de cette révolution technologique restent vulnérables à la moindre déception. Pendant ce temps, les investisseurs se repositionnent sur des valeurs technologiques plus traditionnelles comme Capgemini, Dassault Systèmes ou SAP, délaissées ces derniers mois au profit des valeurs directement exposées à l'IA.

Le coin des smalls : Lexibook

Les sorties de cote se poursuivent à la Bourse de Paris. Cette fois, c'est Lexibook, spécialiste français des jeux éducatifs électroniques pour enfants, qui pourrait bientôt quitter le marché. Son principal actionnaire a en effet annoncé son intention de racheter les actions qu'il ne détient pas encore au prix de 8 euros par titre, avec l'objectif de retirer ensuite la société de la cote. Sans surprise, l'action éligible au PEA-PME s'envole ce jeudi de plus de 36,21% à 7,90 euros pour rejoindre quasiment le prix proposé par l'offre.

Quand une offre est proposée avec une forte prime, le cours se rapproche naturellement du prix offert. Pour Lexibook, l'offre à 8 ? représente près de 38% de plus que le cours de clôture d'hier. Cette opération marque également la fin probable d'une aventure boursière entamée en 1997 pour le fabricant de produits électroniques destinés aux enfants. Plus largement, elle illustre une tendance qui se confirme depuis plusieurs années : de nombreuses petites valeurs quittent progressivement la cote, jugée parfois trop contraignante et insuffisamment valorisante par leurs actionnaires de référence. Lexibook signe désormais une hausse de 33% sur l'année.

Le top / flop des valeurs

À retenir cette semaine. Les grandes valeurs françaises ont légèrement reculé, avec un CAC 40 à -0,3%, tandis que les petites et moyennes capitalisations ont nettement sous-performé à -3,3%. À l'inverse, les marchés américains ont poursuivi leur progression, avec le S&P 500 à +1,2% et le Nasdaq à +2,3%.

La recommandation du jour : Apple : nouvel objectif !

Apple poursuit son impressionnante hausse en Bourse, porté par des résultats solides, le retour en force de l'iPhone, l'essor des services et une génération de trésorerie toujours exceptionnelle. Malgré une hausse déjà marquée du titre ces derniers mois, le potentiel reste selon nous très intéressant à moyen et long terme.

La base d'appareils actifs continue de progresser, les revenus récurrents gagnent en importance et l'intelligence artificielle pourrait ouvrir un nouveau cycle de croissance. C'est pourquoi nous relevons notre objectif de cours sur Apple dans la publication du jour, tout en restant attentifs aux risques liés à la dépendance à l'iPhone et à la concurrence. Clairement, l'action est incontournable au sein de nos recommandations internationales de long terme.

Le monde d'après : Douche froide !

Aïe. Broadcom a publié de bons résultats hier soir. Le géant américain des semi-conducteurs, capitalisé environ 2 000 milliards de dollars, a dévoilé un chiffre d'affaires inférieur aux attentes du marché (22,19 milliards de dollars contre 22,27 milliards attendus). Il rate de peu l'objectif, mais le marché ne pardonne pas, malgré un bénéfice meilleur que prévu. Vous le savez bien, le moindre faux pas des technos est désormais sanctionné en Bourse, sur ces niveaux extrêmes de valorisation.

Quelques bonnes nouvelles tout de même. L'intelligence artificielle reste le principal moteur de Broadcom. Les revenus liés à cette activité ont plus que doublé pour atteindre 10,8 milliards de dollars, grâce à la forte demande pour ses puces et équipements destinés aux grands centres informatiques. Broadcom travaille notamment avec des poids lourds comme Google, Amazon, Meta et Microsoft. Pour le trimestre en cours, l'entreprise prévoit environ 16 milliards de dollars de revenus liés à l'intelligence artificielle.

Le segment des puces a bien résisté, avec 15,1 milliards de dollars de revenus, mais l'activité de logiciels a déçu avec 7,18 milliards de dollars. Malgré cela, Broadcom reste confiant et vise environ 29,4 milliards de dollars de chiffre d'affaires au prochain trimestre, un niveau supérieur aux attentes du marché. Bref ! Le rapport est globalement bon mais les attentes sont tellement stratosphériques que l'action est lourdement sanctionnée cet après-midi : -14% à 412$ (+20% en 2026). Sa chute journalière entraîne tout le secteur, au niveau mondial.

Demain à la une : Emploi US, croissance de la zone euro

À Wall Street, ce vendredi sera marqué par la publication du rapport sur l'emploi américain de mai, attendue à 14h30. Les marchés anticipent environ 80 000 à 85 000 créations d'emplois, un taux de chômage stable à 4,3% et des salaires en hausse de 0,3%. Ces chiffres seront particulièrement importants pour le dollar, les taux d'intérêt et les valeurs de croissance, notamment le Nasdaq. En zone euro, les investisseurs suivront également une nouvelle estimation du PIB. Le contexte géopolitique restera bien sûr déterminant à court terme, avec les tensions au Moyen-Orient et le pétrole en première ligne.

Le lexique : Résistance technique

En Bourse, une résistance est un niveau de prix qu'une action ou un indice a du mal à dépasser. À l'approche de ce seuil, certains investisseurs préfèrent vendre pour prendre leurs gains, ce qui peut freiner la hausse. À l'inverse, un support est un niveau en dessous duquel le cours a du mal à descendre, car les acheteurs reviennent souvent à l'achat. Ces deux repères sont suivis par certains investisseurs pour identifier les zones où le marché pourrait changer de direction.