Les marchés : Le retour du mur

Les marchés retrouvent un peu de nervosité. Le CAC 40 recule ce soir de 0,71% à 8 150 points, pénalisé par un cocktail que les investisseurs n'apprécient guère : un conflit qui s'enlise au Moyen-Orient, un pétrole qui continue de grimper et le retour des tensions commerciales (le « fameux » mur douanier). Les discussions entre Washington et Téhéran se poursuivent officiellement, mais sur le terrain, les attaques et ripostes se multiplient, alimentant le scepticisme quant à la solidité du cessez-le-feu. Résultat, le Brent gagne environ 2% et revient autour des 98$ le baril.

Cette remontée des prix de l'énergie ravive une nouvelle fois les craintes sur l'inflation et la croissance. L'OCDE prévient désormais que la croissance mondiale pourrait ralentir à 2,8% cette année, voire à seulement 2,1% si les perturbations énergétiques devaient se prolonger. Un scénario qui rappelle aux investisseurs qu'un pétrole durablement élevé agit comme une taxe supplémentaire pour les ménages et les entreprises. À Wall Street, les principaux indices marquent également une pause après leurs récents records, le Dow Jones, le S&P 500 et le Nasdaq évoluant dans le rouge, dans une fourchette de -0,50% à -0,80% pour le moment.

Comme si cela ne suffisait pas, Trump remet une pièce dans la machine commerciale. L'administration américaine envisage d'imposer des surtaxes comprises entre 10% et 12,5% sur les importations en provenance d'une soixantaine d'économies, dont la Chine et l'Union européenne. Le projet est encore loin d'être appliqué, mais il rappelle que le risque commercial n'a jamais totalement disparu. Dans ce contexte, les investisseurs gardent malgré tout un ?il sur les publications d'entreprises, avec notamment les résultats très attendus du géant américain Broadcom ce soir. Ils surveillent également les ambitions de SpaceX, qui devrait réaliser la plus importante introduction en Bourse de l'histoire dans quelques jours avec une levée potentielle de 75 milliards de dollars. On vous en parle dans cette édition ! Bonne lecture à tous.

Les valeurs

C'est l'une de nos actions préférées ! Air Liquide va investir 200 millions d'euros en Corée du Sud après avoir signé un important contrat avec SK Hynix, un grand fabricant mondial de puces mémoire. L'entreprise française fournira les gaz nécessaires à une nouvelle usine dédiée à des composants essentiels pour le développement de l'intelligence artificielle. Pour répondre à ce contrat, Air Liquide construira une nouvelle unité de production d'azote très moderne.

Elle servira à alimenter l'usine de SK Hynix en gaz très purs et en air comprimé de haute qualité. Le démarrage de cette installation est prévu fin 2027. Ce projet renforce bien sûr la présence d'Air Liquide en Corée du Sud, notamment grâce à l'intégration de DIG Airgas, un acteur local important des gaz industriels. L'opération permet ainsi au groupe d'accélérer son développement dans un secteur en forte croissance, porté par les besoins liés à l'intelligence artificielle. L'action signe l'une des meilleures performances journalières du CAC 40 ce mercredi : +1,90% à 179,90 euros (+12% en 2026).

Premier du SBF 120 ce soir, Valeo s'envole de 18,39% à 16,64 euros. Clairement, les nouvelles prévisions annoncées par la direction ont su convaincre les investisseurs. Le groupe veut se diversifier en misant notamment sur les centres de données, qui ont besoin de nouvelles solutions pour refroidir les puces très puissantes utilisées dans l'IA. Valeo teste des systèmes de refroidissement liquide avec de grands clients. L'entreprise utilise notamment l'aluminium, jugé plus léger et moins coûteux que le cuivre. Ce marché pourrait représenter 50 milliards de dollars d'ici 2035, ce qui ouvre une nouvelle source de croissance importante pour le groupe français. D'ailleurs, la stratégie de Valeo commence déjà à porter ses fruits avec la signature d'un contrat de 225 millions d'euros pour refroidir des systèmes de stockage d'énergie par batteries en Amérique du Nord, sans avoir besoin d'investir davantage dans ses usines.

Le groupe, surtout connu comme équipementier automobile, se développe aussi dans la robotique et les drones, avec des projets en Chine et dans la défense. Les investisseurs sont par ailleurs rassurés par la bonne gestion financière de Valeo : ses besoins en puces mémoire pour 2026 sont sécurisés à plus de 90%, et l'entreprise vise une rentabilité de 6% à 7% d'ici 2028. La banque américaine JPMorgan reste positive sur l'action et vise un cours de 22 ? (le plus élevé du consensus de marché), soit un potentiel de hausse de 32%, estimant que l'entreprise est en train de se transformer en acteur industriel plus diversifié et mieux positionné sur les technologies d'avenir. Depuis le début de l'année, l'action Valeo s'envole de 45% à la Bourse de Paris.

Maison Pommery & Associés

Le champagne a rarement eu aussi peu le cœur à la fête. Fragilisée par trois années difficiles pour le secteur et surtout par une dette devenue étouffante, Maison Pommery & Associés pourrait bientôt passer sous pavillon allemand. Le groupe français annonce en effet être entré en négociations exclusives avec Henkell International, le leader mondial des vins effervescents. Le marché accueille favorablement cette perspective de sauvetage industriel : l'action récemment entrée en Bourse et éligible au PEA-PME gagne ce soir 15,59% à 11,05 ?, effaçant une partie de son recul annuel à 2%.

Derrière cette opération se cache une réalité financière beaucoup moins festive. La maison champenoise supporte plus de 750 millions d'euros de dette, soit près de neuf fois sa valorisation boursière actuelle. Dans un marché du champagne en recul et confronté à une baisse des volumes vendus, le groupe avait de plus en plus de difficultés à financer son développement. L'arrivée d'un acteur solide comme Henkell pourrait apporter les capitaux nécessaires pour assainir la situation et créer un champion mondial des vins effervescents. Pour les actionnaires, cette opération pourrait également déboucher sur une offre publique d'achat à des conditions potentiellement attractives. Affaire à suivre !

Le point sectoriel

Après un début d'année très difficile, l'inflexion observée en avril continue sur le plan boursier. Le CAC 40 repasse ainsi en territoire positif (+0,4% en 2026) grâce à une hausse de +0,8% en mai à 8183,34 pts. Le CAC Mid & Small rayonne avec une progression de +6,1% au mois dernier atteignant 15 903,57 pts et une performance YTD de +10,3%.

La recommandation du jour : Comment investir dans la défense ?

Le déclenchement de la guerre en Ukraine, et celle au Moyen-Orient, a brutalement rappelé que la défense n'est plus un simple poste budgétaire, mais un enjeu stratégique majeur. Le réarmement s'accélère : l'OTAN fait état d'une hausse de 20% des dépenses de défense des alliés européens et du Canada par rapport à 2024, tandis que l'Union européenne veut mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros avec son plan Readiness 2030.

En Bourse, ce contexte redonne un fort intérêt au secteur de la défense, car il bénéficie de tendances de long terme, de commandes publiques massives et d'une visibilité renforcée sur l'activité. Les chiffres confirment d'ailleurs cette dynamique : les importations d'armes des États européens ont bondi de 210% sur 2021-2025 par rapport à 2016-2020, et celles des membres européens de l'OTAN de 143%.

Pour s'exposer simplement à cette thématique, une solution pertinente est l'ETF WisdomTree Europe Defence, qui réplique un indice d'entreprises européennes du secteur de la défense. Ce réarmement accéléré, ouvre une nouvelle ère pour l'Europe et les marchés financiers, avec des investissements massifs à la clé et de nombreuses opportunités pour les investisseurs particuliers.

L'événement du mercredi : Rheinmetall mise tout sur la défense

Rheinmetall poursuit sa transformation pour se concentrer uniquement sur la défense et la sécurité. C'est désormais officiel, le groupe allemand va vendre ses activités automobiles au groupe industriel Aequita. Cette vente devrait être finalisée au quatrième trimestre 2026, si les autorités donnent leur accord. Le prix prévu est de 350 millions d'euros pour l'ensemble de cette activité. Ce montant paraît faible, car la division concernée a réalisé environ 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025. Mais cette activité souffre du ralentissement du marché automobile, ce qui explique une valorisation moins élevée.

Rheinmetall va aussi enregistrer une nouvelle perte comptable d'environ 200 millions d'euros, après une première charge de 350 millions d'euros déjà passée dans ses comptes 2025. Au total, cela représente environ 550 millions d'euros de pertes comptables liées à ces activités. Le groupe précise que cela ne pèsera pas sur sa trésorerie ni sur ses activités conservées. Après avoir déjà vendu ses activités de pistons en 2023 et 2024, Rheinmetall termine ainsi son retrait des activités civiles. L'entreprise veut désormais se consacrer entièrement aux marchés de la défense, notamment dans les domaines terrestre, naval, aérien et spatial.

L'action clôture ce soir à 1 194,20 euros, en léger gain (+0,35%). Depuis le début de l'année, le titre cède 24% (après +154% en 2025 et +114% en 2024).

Le monde d'après : Décollage imminent !

SpaceX se rapproche un peu plus d'une introduction en Bourse qui pourrait marquer l'histoire de Wall Street. Selon Reuters, le groupe spatial et d'intelligence artificielle d'Elon Musk envisagerait de vendre 555,6 millions d'actions au prix de 135$ l'unité, afin de lever environ 75 milliards de dollars. L'opération valoriserait l'entreprise autour de 1 750 milliards de dollars, un niveau exceptionnel pour une société encore non cotée. Le titre devrait faire ses débuts sur le Nasdaq le 12 juin, sous le symbole SPCX.

On vous en parle régulièrement, cette introduction en Bourse s'annonce hors norme, aussi bien par sa taille que par son calendrier. Il est en effet inhabituel qu'une entreprise fixe aussitôt un prix indicatif, avant même la traditionnelle tournée de présentation auprès des investisseurs. Pour piloter l'opération, SpaceX s'appuierait sur un important syndicat bancaire, réunissant notamment Goldman Sachs, JPMorgan Chase et Morgan Stanley, aux côtés d'une vingtaine d'établissements financiers.

Les documents déposés auprès de la SEC (voir lexique) ont aussi permis de lever le voile sur les comptes du groupe. SpaceX a généré 18,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires l'an dernier, mais affiche encore une perte opérationnelle de 2,6 milliards de dollars, en raison d'investissements massifs dans les fusées, les infrastructures spatiales et l'intelligence artificielle. Pour les investisseurs, l'enjeu est donc clair : accepter de payer très cher une société encore déficitaire, mais positionnée sur plusieurs marchés potentiellement stratégiques pour les décennies à venir.

Demain à la une : Prudence et nervosité?

Au programme de demain, un mélange de prudence macroéconomique et de nervosité géopolitique. En zone euro, les investisseurs suivront les chiffres détaillés du PIB et de l'emploi du premier trimestre, ainsi que les ventes au détail d'avril, utiles pour jauger la résistance de la consommation dans un contexte de croissance faible. Aux États-Unis, les inscriptions hebdomadaires au chômage seront surveillées par Wall Street, tandis que les chiffres révisés de productivité et de coûts salariaux du premier trimestre donneront des indications sur les pressions inflationnistes.

Les marchés devraient aussi rester attentistes avant le rapport officiel sur l'emploi américain prévu vendredi après-midi. Côté entreprises, la réaction aux résultats de Broadcom, publiés ce soir après la clôture, pourrait peser lourd sur la tech et le thème de l'intelligence artificielle. Enfin, le regain de tensions entre les États-Unis et l'Iran, après des attaques touchant le Koweït et une remontée du pétrole, restera un facteur clé pour les valeurs énergétiques, les taux et l'appétit pour le risque.

Le lexique : La SEC

La SEC, c'est tout simplement le gendarme boursier américain, l'équivalent de l'AMF en France. La Securities and Exchange Commission a pour principal rôle de protéger les investisseurs en s'assurant que les entreprises cotées en Bourse publient des informations fiables, complètes et accessibles. Elle veille aussi au bon fonctionnement des marchés, lutte contre les fraudes financières, les manipulations de cours et les délits d'initiés. Concrètement, elle encadre les sociétés cotées, les courtiers, les plateformes d'échange et certains produits financiers. Elle peut enquêter, sanctionner des acteurs qui ne respectent pas les règles et imposer davantage de transparence afin de renforcer la confiance dans le système financier américain.