Les marchés : records, IA et tensions
La Bourse continue de monter ce mardi, avec de nouveaux records historiques à Wall Street. Les progressions sont toutefois assez modestes : +0,77% pour le CAC 40, à 8 209 points, +0,20% pour le S&P 500 à 7 615 points. Le secteur technologique reste très bien orienté, porté par l'enthousiasme autour de l'intelligence artificielle. Hewlett Packard bondit de 30%, Marvell Technology grimpe de 25%, SuperMicro Computer gagne 8% et Microchip Technology progresse de 7%. Nvidia continue aussi d'attirer l'attention, après avoir présenté un nouveau processeur lié à l'intelligence artificielle hier et gagné plus de 6%.
Sur le front géopolitique, Trump a tenté de rassurer les marchés en affirmant que les négociations avec l'Iran continuaient et qu'un accord pourrait être rapidement signé. On a déjà entendu ça un grand nombre de fois, mais le pétrole recule légèrement de 1% dans ce contexte.
Côté actions, STMicroelectronics signe la meilleure performance du marché parisien avec une hausse de 15,1%, grâce à de meilleures perspectives dans les centres de données. À l'inverse, Abivax chute de 43,6% après des résultats d'étude qui ont soulevé des inquiétudes sur la sécurité de son nouveau traitement. On en reparle dans cette édition, bonne lecture !
Les valeurs
STMicroelectronics : le spécialiste des puces électroniques confirme son changement de dimension. Longtemps perçu comme un acteur cyclique dépendant de l'automobile et de l'électronique grand public, le groupe franco-italien est désormais l'une des grandes histoires européennes de l'intelligence artificielle. Le titre bondit encore de 15,14% ce mardi à 68,28 euros après avoir doublé ses objectifs de chiffre d'affaires dans les data centers. Depuis le début de l'année, l'action s'envole désormais de 204%. C'est de très loin la meilleure performance du CAC 40. Le champion européen des puces vise désormais près d'un milliard de dollars de revenus dans les centres de données dès 2026, puis environ 2 milliards en 2027.
Derrière ces chiffres se cache l'explosion des besoins liés à l'IA. Le groupe fournit notamment des composants permettant d'alimenter, refroidir et connecter les gigantesques infrastructures informatiques utilisées par Nvidia, Microsoft, Amazon ou Google. À cela s'ajoute un nouveau relais de croissance prometteur dans les satellites de nouvelle génération, un marché en pleine expansion avec Starlink et les constellations spatiales.
En clair, STMicro n'est plus seulement une valeur de reprise industrielle. Le groupe est en train de s'imposer comme l'un des grands bénéficiaires européens de la révolution de l'intelligence artificielle, ce qui explique l'enthousiasme persistant des investisseurs.
Stellantis : alors que le secteur automobile européen traverse une période très compliquée, Stellantis envoie un signal fort. Le groupe, propriétaire notamment des marques Peugeot, Citroën, Opel et Fiat, annonce plus d'un milliard d'euros d'investissements en France pour préparer sa prochaine génération de véhicules électriques et hybrides. Une partie importante de cet effort sera consacrée à l'usine de Mulhouse, qui produira à partir de 2029 trois nouveaux modèles Peugeot basés sur une plateforme technologique de nouvelle génération.
Derrière cette annonce se cache un enjeu stratégique majeur. Avec sa nouvelle architecture baptisée STLA One, Stellantis cherche à réduire les coûts de production tout en conservant la flexibilité nécessaire pour fabriquer des modèles électriques, hybrides ou thermiques selon l'évolution de la demande.
Le groupe prépare ainsi son adaptation à un marché automobile en pleine mutation, où la concurrence chinoise s'intensifie et où la transition vers l'électrique avance à des rythmes très différents selon les pays. Cette annonce ne change pas à elle seule les défis auxquels Stellantis reste confronté, mais elle montre que le constructeur continue d'investir massivement pour rester dans la course à l'électrification et relancer sa croissance à long terme. Malgré cette annonce, le titre clôture ce soir en léger repli de 0,78% à 6,63 euros et accuse désormais une baisse d'environ 30% depuis le début de l'année.
Le coin des smalls : Abivax
La biotech française illustre parfaitement le décalage entre de bons résultats médicaux et la réaction parfois brutale des marchés. Abivax développe un traitement contre une maladie inflammatoire chronique de l'intestin, et a publié des résultats cliniques jugés excellents pour son médicament vedette. L'efficacité observée dépasse largement celle du placebo et renforce les espoirs d'une future commercialisation. Pourtant, le marché sanctionne lourdement l'annonce. L'action s'effondre de 43,56% à 63,10 euros et porte désormais son recul à près de 47% depuis le début de l'année.
La raison tient à un point précis qui inquiète les investisseurs. Trois cas de cancer ont été observés chez des patients ayant reçu la dose la plus élevée du traitement. Les médecins estiment qu'ils ne sont pas liés au médicament, mais le marché préfère jouer la prudence.
Cette réaction paraît d'autant plus sévère que les résultats globaux restent parmi les plus prometteurs du secteur. Le potentiel du traitement demeure intact et la société prévoit toujours de déposer une demande d'autorisation aux États-Unis d'ici la fin de l'année. Mais pour le marché, lorsqu'un doute apparaît sur la sécurité d'un futur médicament, même de très bonnes nouvelles peuvent passer au second plan.
Le monde d'après : Anthropic arrive en bourse !
Anthropic vient de franchir une étape décisive vers Wall Street. La start-up américaine à l'origine de l'IA Claude a déposé un document d'enregistrement auprès de la SEC, le gendarme boursier américain, ce qui lui ouvre la possibilité d'une introduction en Bourse lorsque les conditions de marché le permettront. À ce stade, aucun calendrier précis n'est arrêté, mais le signal est clair : l'un des grands noms de l'intelligence artificielle générative prépare officiellement son arrivée sur les marchés.
L'enjeu est colossal. Après une récente levée de fonds qui l'a valorisée à 965 milliards de dollars, Anthropic se rapproche de la barre symbolique des 1 000 milliards, avec une dynamique de revenus particulièrement impressionnante. La société a atteint fin mai 47 milliards de dollars de revenus récurrents annualisés, contre 10 milliards seulement fin décembre, ce qui alimente l'idée d'une future introduction en Bourse parmi les plus importantes de l'histoire. Dans le même temps, OpenAI et SpaceX avancent eux aussi vers Wall Street, faisant émerger le scénario de trois méga-IPO technologiques concentrées sur une période très courte.
Cette perspective fascine autant qu'elle inquiète. Certains observateurs redoutent un risque d'« indigestion » pour le marché américain, avec quelques géants capables d'absorber à eux seuls une large part de la liquidité disponible pour les introductions en Bourse. Mais Anthropic ne se contente pas de préparer sa cotation : la société continue aussi de secouer les marchés par ses innovations, notamment avec sa plateforme Cowork, qui ravive les craintes de disruption dans les logiciels d'entreprise. Clairement, Anthropic s'impose déjà comme l'un des dossiers les plus stratégiques de la nouvelle vague boursière liée à l'IA. Affaire à suivre !
Demain à la une : les résultats de Broadcom
Trois temps forts américains sont au programme de demain : l'enquête ADP sur l'emploi privé, un indice d'activité des services et un nouveau rapport de la Fed, qui donneront des indications sur la solidité de l'économie américaine et sur la future trajectoire des taux d'intérêt. En Europe, les marchés resteront attentifs aux indicateurs d'activité et de consommation, alors que l'inflation de la zone euro est ressortie à 3,2% en mai, au-dessus de l'objectif de la BCE, ce qui ravive les anticipations de hausse des taux.
Côté entreprises, la technologie sera toujours au centre de l'attention : les mastodontes américains Broadcom (semi-conducteurs) et CrowdStrike (cybersécurité) publieront leurs résultats après la clôture américaine. Dans l'ensemble, la séance devrait donc ressembler aux précédentes, partagée entre les espoirs liés à l'IA, la prudence sur les taux et la nervosité géopolitique...
Le lexique : ISR
L'investissement socialement responsable, ou ISR, consiste à investir son argent dans des entreprises ou des fonds qui cherchent à concilier performance financière et impact positif sur la société ou l'environnement. Concrètement, au lieu de regarder uniquement la rentabilité potentielle d'un placement, l'ISR prend aussi en compte des critères comme la protection de l'environnement, les conditions de travail, le respect des droits humains, la gouvernance de l'entreprise ou encore son comportement envers ses clients et fournisseurs. L'objectif est de permettre aux épargnants de donner du sens à leurs investissements, en soutenant des acteurs économiques jugés plus responsables, tout en cherchant à faire fructifier leur capital.










