Les marchés misent sur Pékin

La Bourse de Paris termine finalement dans le vert, en hausse de 0,35 % à 8 008 points, malgré un contexte toujours très incertain. Les investisseurs restent prudents face à l'impasse du conflit entre les États-Unis et l'Iran, mais le marché trouve un soutien bienvenu du côté de la technologie. À Wall Street, le Nasdaq bondit de 0,8%, porté par Nvidia, après l'annonce de la participation de Jensen Huang au voyage de Donald Trump en Chine. Un signal perçu positivement pour le dialogue technologique entre Washington et Pékin.

À Paris, STMicroelectronics signe la plus forte hausse du CAC 40, avec une envolée de 9,8%. Le titre profite du regain d'intérêt pour les semi-conducteurs et contribue au rebond de l'indice parisien, après le repli de la veille. La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, prévue à Pékin, sera donc très surveillée. Commerce, Taïwan, Iran, intelligence artificielle : les sujets de friction ne manquent pas entre les deux premières puissances mondiales. Pour les marchés, l'enjeu est clair, tout signe d'apaisement sur la tech ou les semi-conducteurs pourrait prolonger le rebond, tandis qu'un ton trop dur risquerait de raviver la nervosité.

Mais l'enthousiasme reste limité par un signal macroéconomique moins favorable. Les prix à la production aux États-Unis ont enregistré leur plus forte hausse depuis début 2022, rappelant que l'inflation n'est pas encore vaincue. La Fed se retrouve donc dans une position délicate : une inflation qui repart, alors même que le marché du travail ralentit. Un cocktail complexe, qui explique pourquoi les investisseurs avancent encore avec prudence malgré le rebond de la tech.

Les valeurs : Vallourec

Le spécialiste français des tubes en acier pour l'industrie pétrolière et gazière bondit de 12,17% à 26,92 euros après des résultats trimestriels meilleurs que prévu. Malgré un chiffre d'affaires en léger recul, le groupe affiche une rentabilité solide et surtout une très forte génération de trésorerie. Le marché salue également la capacité du groupe à choyer ses actionnaires grâce à d'importants rachats d'actions, tout en conservant un bilan désormais assaini. Depuis le début de l'année, le titre s'envole déjà de près de 70%.

Les investisseurs choisissent surtout de regarder au-delà des prochains mois. Vallourec reste prudent pour le deuxième trimestre en raison des tensions au Moyen-Orient, qui perturbent encore une partie de l'activité pétrolière. Mais le groupe anticipe un second semestre beaucoup plus solide, porté par la montée en puissance de nouveaux contrats, notamment dans l'énergie et la géothermie. Avec la hausse des besoins mondiaux en pétrole, en gaz et désormais en infrastructures énergétiques pour les data centers liés à l'IA, Vallourec profite d'un contexte redevenu très favorable pour ses activités.

Alstom tente de regagner progressivement la confiance des marchés. Le fabricant de trains et d'équipements ferroviaires publie un bénéfice en nette hausse et surtout un carnet de commandes record de plus de 100 milliards d'euros. De quoi rassurer partiellement les investisseurs après plusieurs années très compliquées, marquées par les difficultés liées au rachat de Bombardier et une forte pression sur la trésorerie. Le titre progresse de 2,02% à 17,17 euros, même s'il reste encore en baisse de près de 30% depuis le début de l'année.

Mais derrière l'amélioration des résultats, les fragilités restent bien présentes. Alstom reconnaît toujours des difficultés dans l'exécution de certains grands contrats, notamment sur les trains à grande vitesse et les trains régionaux. Résultat, les marges restent sous pression et la génération de trésorerie déçoit encore. Le groupe promet désormais de remettre de l'ordre dans son organisation et prépare un nouveau plan stratégique pour 2027.

Le coin des smalls : Valneva

Le spécialiste français des vaccins traverse une nouvelle zone de turbulences. Valneva gagne finalement 1,9% à 2,57 euros, après avoir d'abord été pénalisé par la baisse de ses objectifs de ventes pour 2026. Le groupe souffre d'un ralentissement des vaccins destinés aux voyageurs, dans un contexte géopolitique plus tendu. Ses ventes trimestrielles déçoivent aussi, avec des retards de livraisons aux États-Unis et une activité moins dynamique que prévu.

Mais les investisseurs regardent encore plus loin. Le principal espoir reste le vaccin contre la maladie de Lyme, développé avec Pfizer, qui pourrait faire l'objet d'une demande d'autorisation en 2026. Valneva avance aussi au Brésil avec son vaccin contre le chikungunya et lance un plan d'économies pour réduire ses coûts. Le court terme reste donc compliqué, mais le marché continue de miser sur le potentiel du laboratoire. Depuis le début de l'année, le titre éligible au PEA-PME recule encore de 30%.

Le monde d'après : Le voyage de tous les enjeux

Donald Trump arrive à Pékin avec une délégation qui en dit long sur les enjeux du voyage. À ses côtés figurent plusieurs grands patrons américains, dont Elon Musk, Tim Cook, Kelly Ortberg et, finalement, Jensen Huang, patron de Nvidia, arrivé au dernier moment. Cette visite, la première d'un président américain en Chine depuis 2017, doit donner lieu à plusieurs annonces commerciales majeures, sur fond de tensions géopolitiques, de guerre en Iran et de relation toujours sensible entre Washington et Pékin. Le message est clair, Trump ne vient pas seulement pour parler diplomatie, mais aussi pour tenter d'arracher des accords économiques d'envergure.

Parmi les dossiers les plus surveillés figure Boeing, qui pourrait conclure en Chine une commande historique de 500 appareils 737 Max et d'une centaine de gros-porteurs. D'autres accords pourraient également émerger dans la tech, la finance ou l'industrie. La présence de Tim Cook, de patrons de Wall Street, mais aussi du dirigeant de Nvidia souligne que les discussions ne porteront pas uniquement sur le commerce traditionnel, mais aussi sur les secteurs stratégiques de demain. La participation de Jensen Huang retient particulièrement l'attention, car elle laisse penser que la question sensible des exportations de puces d'intelligence artificielle vers la Chine fera partie des échanges.

Ce déplacement marque aussi un rapprochement politique et économique plus large. La présence d'Elon Musk, après ses tensions passées avec Donald Trump, illustre un apaisement entre les deux hommes, dans un contexte où la Chine reste un marché crucial pour Tesla. Reste à savoir si cette démonstration de force débouchera sur des avancées concrètes. Mais une chose est sûre, ce voyage à Pékin s'annonce comme un moment clé pour les relations économiques entre les deux premières puissances mondiales, avec des implications directes pour l'aéronautique, la tech et les marchés. Bref ! Les prochains jours devraient être déterminants.

La santé, nouveau pari de l'IA

L'intelligence artificielle ne se contente plus de transformer la tech. Elle nourrit désormais de très grands espoirs dans la pharmacie, avec la promesse d'accélérer la découverte de nouveaux médicaments, de réduire les coûts de recherche et de mieux comprendre les mécanismes du vivant. C'est dans ce contexte qu'Isomorphic Labs, spin-off (voir lexique) de Google, vient de lever 2,1 milliards de dollars pour pousser plus loin cette ambition. Cette opération renforce les moyens de l'entreprise, mais aussi son autonomie vis-à-vis de sa maison mère, alors que son ambition est claire, transformer les avancées de l'IA en nouveaux médicaments.

La société s'appuie sur un outil d'intelligence artificielle capable de mieux prédire la structure et les interactions des protéines. L'objectif est d'accélérer la découverte de nouvelles molécules en rendant les prédictions biologiques plus précises. L'entreprise a déjà signé des partenariats avec de grands groupes pharmaceutiques comme Eli Lilly et Novartis, notamment dans le cancer et les maladies immunitaires, et compte utiliser ces nouveaux fonds pour recruter davantage et renforcer ses outils logiciels.

Mais malgré l'enthousiasme du marché, le secteur reste encore largement au stade des promesses. Aucun médicament conçu grâce à l'IA n'a encore été commercialisé, et le passage des simulations informatiques aux essais en laboratoire puis aux essais cliniques reste long, coûteux et incertain. Cette levée spectaculaire valide le potentiel stratégique de l'IA dans la pharmacie, mais pas encore sa rentabilité industrielle. Le marché continue donc de financer une promesse immense, avec l'espoir qu'elle finisse un jour par se traduire en traitements concrets. Affaire à suivre !

Demain à la une : Trump face à Xi

Même en ce jeudi de l'Ascension, la Bourse de Paris restera bien ouverte, avec une séance dominée par un rendez-vous géopolitique majeur : la rencontre à Pékin entre Donald Trump et Xi Jinping, prévue sur deux jours, dans un contexte où la guerre au Moyen-Orient, l'énergie et les relations commerciales sino-américaines restent étroitement liées. Les investisseurs garderont aussi un ?il sur les ventes au détail américaines, attendues à 14h30, un indicateur clé pour savoir si le consommateur américain continue de soutenir l'économie malgré la hausse des prix de l'énergie.

Le lexique : Spin-off

Un spin-off désigne l'opération par laquelle une entreprise sépare une branche d'activité pour en faire une nouvelle société indépendante. Autrement dit, une activité qui faisait auparavant partie d'un grand groupe devient une entreprise à part entière, avec sa propre direction, sa propre stratégie et parfois sa propre cotation en Bourse. L'objectif est souvent de donner plus de visibilité à cette activité et de permettre au marché de mieux l'évaluer. Une branche jugée prometteuse peut ainsi être mieux reconnue lorsqu'elle n'est plus noyée dans un groupe plus large.

Pour les actionnaires, un spin-off peut créer de la valeur si la nouvelle société se développe bien. Mais il comporte aussi des risques, car l'entreprise séparée doit désormais prouver qu'elle peut fonctionner et croître seule.