Les marchés : Le luxe en crise

Les marchés font une petite pause dans leur rebond, dans l'attente de nouveaux éléments en faveur d'une résolution du conflit entre les États-Unis et l'Iran. Trump affirme que la guerre est « sur le point de se terminer » et que de nouvelles négociations pourraient reprendre d'ici deux jours au Pakistan. De leur côté, les places américaines et européennes résistent bien, à l'exception de Paris, pénalisée par de mauvais résultats dans le secteur du luxe : le CAC 40 cède 0,64% à 8 275 points (+0,4% sur le S&P 500).

Hermès (-8,2%) et Kering (-9,3%) ont en effet publié des chiffres décevants pour le premier trimestre 2026. Chez Kering, la marque phare Gucci enregistre un onzième trimestre consécutif de baisse de ses ventes, avec un recul de 8% sur un an. Hermès affiche certes une légère croissance, mais inférieure aux attentes du marché, et voit ses ventes en France reculer de 3%, notamment à cause du ralentissement du tourisme. Ces résultats alimentent les doutes sur la capacité du secteur du luxe à se redresser rapidement, on en reparle dans la suite de cette édition.

Sur le front géopolitique, la situation reste tendue malgré quelques signaux d'apaisement. L'Iran a menacé de bloquer la mer Rouge (à l'ouest de l'Arabie saoudite) si les États-Unis maintiennent leur blocus maritime sur ses ports, ce qui constituerait selon Téhéran une violation du cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril. Un avertissement qui rappelle que malgré les discours optimistes, la crise est loin d'être résolue ?

Hermès

L'acteur emblématique du luxe trébuche, et le marché ne pardonne pas. Son action chute de 8,22% à 1 636,50 euros après la publication d'un rapport trimestriel décevant. La croissance ralentit nettement à 5,6%, bien en dessous des attentes. C'est la plus faible progression depuis la pandémie. Le groupe a été pénalisé par le conflit au Moyen-Orient, qui a perturbé ses ventes locales et surtout freiné les flux de touristes, essentiels pour le secteur du luxe. Mais ce n'est pas tout. L'Asie, moteur habituel du groupe, montre aussi des signes de ralentissement. Résultat, le doute s'installe sur un titre pourtant considéré comme l'un des plus solides du secteur.

Cette publication marque un tournant. Hermès reste une référence en termes de qualité et d'image, notamment grâce à sa maroquinerie qui continue de bien résister. Mais le reste de l'offre montre des signes de faiblesse. Et surtout, le modèle de croissance, jusqu'ici quasi irréprochable, commence à être questionné. Le groupe assure ne pas vouloir changer de stratégie, misant sur la continuité et la créativité. Mais en Bourse, cela ne suffit plus. Le marché attend des preuves que la machine peut repartir. Depuis le début de l'année, le titre cède 23%.

ASML

La vague de l'intelligence artificielle continue de porter tout le secteur des semi-conducteurs. Les résultats solides du néerlandais ASML rassurent sur la dynamique de fond, avec une activité en hausse et des perspectives relevées pour 2026. La demande reste très soutenue pour les équipements liés à l'IA. Pourtant, l'action ASML recule de 4,25% à 1 229,60 euros, pénalisée par des prévisions jugées un peu prudentes à court terme, même si elle affiche encore une hausse de 33% depuis le début de l'année. À Paris, c'est surtout Soitec qui capte l'enthousiasme. Le titre bondit de 6,19% et voit désormais sa progression dépasser les 230% depuis le 1er janvier.

Quand un leader comme ASML confirme que ses clients produisent toujours plus de puces, toute la chaîne en bénéficie. Soitec est bien placé dans cet écosystème, avec des technologies utilisées dans les infrastructures liées à l'IA, notamment les centres de données. Le marché redécouvre le potentiel du groupe, porté par cette vague technologique. Mais après une telle envolée, les attentes sont désormais très élevées. Le scénario reste porteur, mais il faudra continuer à délivrer pour justifier un tel parcours boursier.

Hipay

La fintech HiPay s'envole de 15,89% à 5,98 euros en Bourse après la publication de ses résultats annuels et surtout de perspectives rassurantes. Le groupe, qui travaille avec des enseignes comme Veepee, Promod ou Nocibé, affiche une activité 2025 globalement stable, avec une légère hausse du chiffre d'affaires et des volumes de paiements, son c ?ur de métier. La rentabilité recule, mais moins que prévu. Le marché regarde surtout vers l'avant. Hipay anticipe une accélération de sa croissance dès le second semestre 2026, portée par de nouveaux services et un élargissement de sa clientèle. Résultat, les investisseurs saluent cette amélioration de la visibilité.

Malgré un contexte de consommation encore fragile en Europe, Hipay montre qu'il peut continuer à se développer. Le groupe mise sur l'innovation et sur la montée en puissance des paiements en ligne pour relancer sa croissance. Ses investissements pèsent à court terme sur les résultats, mais visent à préparer la suite. Le marché y voit un pari crédible, avec des volumes de paiements attendus en hausse d'environ 10% cette année. Cette bonne surprise profite aussi à Worldline, qui bondit de 13,90% dans son sillage. Mais Hipay doit encore faire ses preuves. Malgré le rebond du jour, le titre éligible au PEA-PME recule toujours de 23% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : Meta détrône Google

Meta est en train de prendre l'ascendant sur Google dans la publicité en ligne. Le groupe de Mark Zuckerberg devrait générer en 2026 environ 243,5 milliards de dollars de revenus publicitaires, contre 239,5 milliards pour Google. Ce serait une première historique. Ce basculement illustre surtout la dynamique impressionnante de Meta, portée par la montée en puissance d'Instagram, de Facebook et de WhatsApp, dans un marché où la publicité reste plus que jamais un moteur central de croissance pour les géants de la tech.

Cette progression s'explique par plusieurs leviers. Meta profite d'abord du succès de ses outils publicitaires dopés à l'intelligence artificielle, très prisés des petites et moyennes entreprises. Le groupe bénéficie aussi de la forte traction des formats courts comme les Reels, qui occupent une place croissante dans ses revenus. En face, Google reste un acteur immense, mais sa croissance apparaît moins rapide. Plus diversifié, notamment grâce à YouTube et à d'autres activités, le groupe de Mountain View semble néanmoins perdre du terrain sur son c ?ur historique face à des plateformes sociales devenues incontournables pour les annonceurs.

Au-delà du duel entre Meta et Google, le marché publicitaire numérique se concentre toujours davantage entre quelques mastodontes. Amazon conforte sa place de numéro trois, tandis que de nouveaux prétendants comme OpenAI affichent déjà de grandes ambitions. La publicité en ligne reste un marché en expansion, mais la hiérarchie évolue vite, sous l'effet combiné de l'IA, des nouveaux usages et de la puissance des grandes plateformes.

Iran : les dernières actus

Le Pakistan joue un rôle de médiateur entre les États-Unis et l'Iran. Le chef de l'armée pakistanaise, Asim Munir, s'est rendu à Téhéran ce mercredi pour préparer un nouveau round de négociations entre les deux pays, après l'échec d'une première tentative de dialogue le week-end dernier à Islamabad.

Donald Trump s'est montré optimiste, affirmant que la guerre avec l'Iran était « presque finie » et que les Iraniens souhaitaient sincèrement parvenir à un accord. Il a laissé entendre que de nouvelles discussions pourraient reprendre dès cette semaine.

Malgré l'échec des premières négociations, le cessez-le-feu signé le 8 avril reste en vigueur. Toutefois, Washington a durci le ton en imposant un blocus maritime sur les ports iraniens, coupant près de 90% du commerce extérieur de l'Iran selon l'armée américaine. Cette pression économique vise à pousser Téhéran à revenir à la table des négociations. Pour les marchés, ces négociations constitueront bien sûr LE grand sujet des prochains jours ?

Demain à la une : TSMC, Netflix, Pernod et l'Iran

TSMC, le géant taïwanais des semi-conducteurs, dévoilera demain ses résultats du premier trimestre avant l'ouverture des marchés américains. Les bureaux d'études anticipent une croissance de son chiffre d'affaires de près de 38% sur un an, portée par la demande insatiable en puces pour l'intelligence artificielle. Un signal fort pour l'ensemble du secteur tech mondial. Après la clôture de Wall Street, ce sera au tour de Netflix de passer à la loupe, avec des attentes élevées sur sa marge opérationnelle (voir lexique) et la croissance de ses revenus publicitaires. En France, Pernod Ricard publiera également son rapport trimestriel.

Sur le plan macroéconomique, les marchés surveilleront une estimation de la croissance chinoise du premier trimestre et les derniers chiffres de production industrielle aux États-Unis. En toile de fond, la géopolitique reste le facteur dominant. Les négociations entre Washington et Téhéran sont au c ?ur des attentions : tout signal positif ou négatif devrait à nouveau faire bouger le pétrole et, par ricochet, l'ensemble des marchés. Enfin, le luxe français restera sous pression après les lourdes chutes d'Hermès et Kering, qui continuent de peser sur le CAC 40.

Le lexique : La marge opérationnelle

La marge opérationnelle est un indicateur financier qui mesure la part du chiffre d'affaires qu'une entreprise conserve après avoir payé l'ensemble de ses coûts liés à son activité courante (comme les salaires, les matières premières ou les frais de fonctionnement) mais avant de tenir compte des impôts et des intérêts sur ses dettes.

Elle s'exprime en pourcentage : si une entreprise réalise 100 euros de ventes et dégage 15 euros de bénéfice opérationnel, sa marge opérationnelle est de 15%. Plus ce résultat est élevé, plus l'entreprise est efficace pour transformer ses ventes en profit. C'est un outil clé pour comparer la rentabilité de plusieurs entreprises d'un même secteur.