Les marchés : la paix attendra

Alors que les investisseurs commençaient à intégrer l'idée d'un accord entre Washington et Téhéran, la suspension des négociations annoncée par l'Iran ce lundi a fait l'effet d'une douche froide. Téhéran justifie sa décision par la poursuite des opérations militaires israéliennes au Liban, qu'il considère comme une violation du cessez-le-feu régional. Dans le même temps, les autorités iraniennes menacent de durcir encore leur position sur le détroit d'Ormuz, principal point de passage du pétrole mondial.

La réaction des marchés a été immédiate. Le CAC 40 a basculé en fin d'après-midi dans le rouge et termine en baisse de 0,73% à 8 123 points. Le Brent bondit de plus de 5% et retrouve les 97$ le baril. Ce regain de tension remet en cause le scénario d'apaisement qui soutenait les marchés depuis plusieurs séances. Les investisseurs avaient commencé à miser sur une réouverture progressive d'Ormuz et sur une normalisation des flux énergétiques. Cette perspective s'éloigne à nouveau, ravivant les craintes inflationnistes et les inquiétudes sur la croissance mondiale.

À Wall Street, le S&P 500 recule légèrement (-0,05%) malgré une actualité pourtant favorable du côté des technos. Nvidia gagne plus de 4% après avoir dévoilé avec Microsoft une nouvelle génération de processeurs intégrant directement des fonctions d'intelligence artificielle dans les ordinateurs. Mais cette annonce passe presque au second plan face aux tensions géopolitiques. Une nouvelle illustration d'un marché où, malgré l'engouement intact pour l'IA, le pétrole et le Moyen-Orient continuent de dicter le rythme des séances.

Les valeurs : Biomérieux recule

BioMérieux recule en Bourse après une décision défavorable d'UBS. La banque suisse, qui ne conseille plus d'acheter l'action, préfère désormais rester neutre sur le dossier. En conséquence, le titre perd 3,83% ce lundi, à 71,50 euros. UBS a aussi fortement réduit son objectif de prix, passé de 138 à 80 euros (+11% de potentiel). Cette prudence s'explique par un manque de visibilité à court terme. Même si BioMérieux reste une entreprise solide, reconnue pour la qualité de ses tests médicaux et sa bonne position face à ses concurrents, les analystes d'UBS estiment que la direction doit de nouveau prouver sa capacité à atteindre ses objectifs.

Et pour cause, la société a récemment abaissé ses prévisions pour 2026. Elle vise désormais une hausse de ses ventes comprise entre 3% et 5%, contre 5% à 7% initialement. La progression de son bénéfice d'exploitation est aussi revue à la baisse, entre 0% et 10%, alors qu'elle était attendue au-dessus de 10%. À plus long terme, UBS reconnaît que BioMérieux conserve de vrais atouts, notamment sa capacité à innover et à se développer sur de nouveaux marchés. Sa nouvelle plateforme de tests pourrait soutenir la croissance dans les prochaines années. Depuis le début de l'année, l'action cède désormais 35% à la Bourse de Paris.

Nvidia et ses concurrents

Nvidia veut faire entrer l'intelligence artificielle directement dans les ordinateurs personnels, on en reparle plus en détail dans cette édition. Le mastodonte américain a présenté RTX Spark, une nouvelle puce qui permettra à des programmes intelligents d'effectuer certaines tâches directement sur ordinateur, sans dépendre uniquement de grands centres de calcul à distance. Cette annonce inquiète les actionnaires des concurrents traditionnels du marché des puces pour ordinateurs.

À Wall Street, Intel cède pour le moment 2,5%, et AMD de -1,5%, tandis que Nvidia gagne 4%. Les premiers ordinateurs équipés de RTX Spark sont attendus à l'automne. Six modèles ont déjà été présentés par de grandes marques comme Dell, Lenovo, Microsoft, HP, Asus et MSI. Nvidia promet des ordinateurs capables d'aider leurs utilisateurs à exécuter des tâches, créer des contenus ou écrire du code à la demande. Pour certains experts, cette avancée pourrait marquer un tournant majeur pour l'ordinateur personnel, comparable à l'arrivée de l'iPhone ou de l'IA générative. Elle représente aussi une menace importante pour Intel et AMD, jusque-là très présents sur ce marché.

Depuis le début de l'année, voici les performances des trois géants US : Nvidia (+18%), AMD (+140%) et Intel (+204%).

Le coin des smalls : Advicenne

Ce nom ne vous dit probablement rien, mais pour Advicenne, l'enjeu est vital. La petite biotech française éligible au PEA-PME, spécialisée dans les traitements contre certaines maladies rares, obtient une avancée majeure avec le remboursement en France de son médicament Likozam (contre certains troubles psychiatriques). Le marché applaudit la nouvelle : l'action s'envole de 42,40% à 1,25 ? après avoir plongé ces dernières semaines. Cette décision va faciliter l'accès du médicament aux patients, mais surtout améliorer significativement les finances du groupe.

Car derrière cette annonce se cache un véritable bol d'air financier. Advicenne, actuellement sous procédure de sauvegarde pour restructurer une dette proche de 30 millions d'euros, va pouvoir réduire une partie importante de son endettement envers l'État français. Cette avancée ne règle pas tous les problèmes du laboratoire, mais elle renforce la crédibilité de son plan de redressement et lui donne davantage de temps pour poursuivre le développement de son traitement phare aux États-Unis. Avec la hausse du jour, le titre réduit ses pertes à 29% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : Nvidia réinvente l'ordinateur

Nvidia veut désormais réinventer le PC comme il a contribué à redessiner l'intelligence artificielle. Depuis le salon Computex à Taïwan, son PDG Jensen Huang a présenté un nouveau processeur pour ordinateurs portables fonctionnant sous Windows, développé avec Microsoft, et avec l'ambition assumée de bousculer l'ordre établi dominé depuis des décennies par Intel. Le groupe vise ici un marché colossal, estimé à environ 250 milliards de dollars, et promet une nouvelle génération de machines capables de faire tourner localement des tâches d'IA avancées, avec plus de puissance, de flexibilité et de confidentialité.

Ce lancement marque un virage stratégique pour Nvidia. Jusqu'ici roi incontesté des puces pour l'entraînement des modèles d'intelligence artificielle, le groupe cherche désormais à étendre sa domination à l'informatique personnelle. Les premiers PC équipés de cette puce arriveront dès l'automne chez Microsoft, Dell, HP, Lenovo, Asus, Acer ou encore MSI, avec un positionnement clair : développeurs, créateurs et joueurs avides de performance. En s'attaquant au c ?ur du marché du PC, Nvidia ne se contente plus de vendre des composants pour les centres de données, il veut aussi contrôler une part croissante de l'interface finale entre l'IA et l'utilisateur.

Fort d'une capitalisation dépassant les 5 000 milliards de dollars et de revenus toujours tirés par l'IA, Nvidia dispose aujourd'hui des moyens financiers, technologiques et industriels absolument colossaux pour ouvrir un nouveau front de croissance. Si vous nous lisez régulièrement, vous savez que cette offensive intervient aussi au moment où la concurrence se renforce sur les puces d'inférence (voir lexique), avec AMD, Broadcom, Google ou Amazon qui avancent leurs pions.

L'agenda du lundi : Emploi, inflation, Iran et Broadcom

Cette semaine devrait être dominée par trois grands sujets pour la Bourse : les taux, le pétrole et l'intelligence artificielle. Aux États-Unis, les investisseurs suivront une nouvelle batterie d'indicateurs économiques, dont le rapport mensuel sur l'emploi vendredi. Ce sera l'élément le plus important avant la réunion de la Fed des 16 et 17 juin : un marché de l'emploi trop solide pourrait nourrir la crainte de taux durablement élevés, tandis qu'un net ralentissement relancerait les inquiétudes sur la croissance et ? les espoirs de baisses de taux. En zone euro, le principal rendez-vous sera l'estimation de l'inflation de mai, demain.

Elle sera très également suivie avant la prochaine réunion de la BCE des 10 et 11 juin, d'autant que la Banque centrale a récemment souligné que la guerre au Moyen-Orient avait déjà fait monter les prix de l'énergie et compliqué l'équation inflation-croissance. Le volet géopolitique restera donc central. Les marchés commencent la semaine proches de leurs plus hauts grâce à l'enthousiasme autour de l'IA et comme la semaine passée, le marché attend avec impatience des avancées diplomatiques entre Washington et Téhéran. Côté entreprises, Broadcom, le géant américain des semi-conducteurs publiera ses résultats mercredi soir.

CAC 40 : les niveaux à suivre

On devrait continuer d'avancer demain sur un fil, dans un équilibre fragile entre enthousiasme pour l'IA et craintes liées à l'Iran. Rien de nouveau sous le soleil, donc ! Les marchés restent proches de leurs sommets, soutenus par la tech et l'IA, mais la nouvelle hausse du pétrole, provoquée par les tensions autour de l'Iran et du détroit d'Ormuz, continue de faire remonter les taux et de raviver la peur d'une hausse des taux par les banques centrales. Côté macroéconomie, le grand rendez-vous de demain sera l'inflation de mai en zone euro, à 11h. D'un point de vue technique, les acheteurs viseront dans les prochaines séances les 8 165, 8 215 et 8 265 points par extension sur le CAC 40. Les vendeurs cibleront les 8 050, 8 000, voire les 7 925 points en cas d'accélération baissière.

Le lexique : Inférence

L'inférence, c'est tout simplement l'usage de l'IA au quotidien, par le commun des mortels. Quand on pose une question à un chatbot, quand un outil traduit un texte, résume un document, génère une image, recommande un contenu ou reconnaît une voix, l'IA est en phase d'inférence. La nuance importante, c'est que l'inférence ne désigne pas l'usage par l'humain, mais plutôt ce que fait l'IA pendant cet usage. Autrement dit, quand le grand public utilise une IA, il déclenche une phase d'inférence : l'IA applique ce qu'elle a appris pour produire une réponse ou un résultat.