Rebond de soulagement

Le CAC 40 bondit de 4,49% à 8 264 points, signant sa meilleure séance depuis mars 2022, dans le sillage d'un spectaculaire regain d'appétit pour le risque sur l'ensemble des places mondiales. À Wall Street, le mouvement est du même ordre, avec un Dow Jones, un S&P 500 et un Nasdaq en hausse de plus de 2%, tandis que l'Euro Stoxx 50 bondit de 4,6%. Le catalyseur du mouvement est l'annonce d'une trêve de deux semaines entre les États-Unis et l'Iran, accompagnée d'une réouverture du détroit d'Ormuz. En Bourse, ce sont logiquement les valeurs les plus malmenées par le choc géopolitique qui mènent le rebond. ArcelorMittal s'envole de 12,8%, Safran de 10,6% et Société Générale de 9,3%, alors que Total recule de 3,1%, pénalisé par la forte détente des cours du pétrole.

C'est bien sur le marché de l'énergie que le retournement est le plus spectaculaire. Le Brent chute d'environ 16% et repasse sous les 95$ le baril, effaçant en une séance une large part de la prime de risque accumulée depuis le début du conflit. Pour autant, tout n'est pas réglé. Les prix restent encore bien au-dessus de leurs niveaux d'avant-guerre et, surtout, la reprise des flux reste très lente. L'Iran accepte la réouverture du détroit d'Ormuz, mais dans un cadre strict, sous supervision militaire et avec d'importantes contraintes logistiques. À ce stade, seuls quelques navires ont réellement franchi la zone, alors que des centaines restent encore bloqués dans le Golfe.

Cette détente change malgré tout beaucoup de choses pour les investisseurs. Le risque d'un choc inflationniste brutal reflue, ce qui redonne de l'air aux banques centrales. Les anticipations de taux se détendent nettement, aussi bien du côté de la Fed que de la BCE. Le marché commence à envisager à nouveau des baisses de taux d'ici la fin de l'année, là où il redoutait encore récemment un nouveau tour de vis monétaire. La vraie question est désormais de savoir si cette trêve de deux semaines peut ouvrir la voie à un apaisement plus durable et offrir enfin aux marchés un peu de visibilité.

Les valeurs

Dans un secteur des spiritueux encore chahuté, Rémy Cointreau tente de reprendre la main. Le titre gagne 5,51% à 39,42 euros ce soir après l'annonce de son plan stratégique. Le groupe veut gagner en efficacité et relancer sa croissance, dans un contexte marqué par le ralentissement de la demande et des changements de consommation. Le marché accueille positivement ce signal. Les investisseurs y voient une volonté claire de passer à l'offensive après une période plus compliquée, même si l'enthousiasme reste mesuré faute de détails chiffrés à ce stade.

Sur le fond, cette annonce est importante car elle marque un tournant stratégique. Le groupe cherche à mieux exploiter ses marques et à améliorer son organisation pour retrouver de la croissance. Le secteur reste toutefois sous pression, avec des consommateurs qui dépensent moins et se tournent vers des produits plus accessibles. Le succès du plan dépendra donc de sa mise en ?uvre concrète dans les prochains mois. Les investisseurs attendent désormais des preuves tangibles, notamment une amélioration des ventes et de la rentabilité. Autrement dit, le signal est positif, mais tout reste à construire pour convaincre durablement le marché. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 8%.

Le pétrole retombe, Total trébuche. Le titre chute de 3,09% à 76,81 euros et signe de loin la plus forte baisse du CAC 40, pénalisé par le repli des cours du brut. Pour un groupe pétrolier, la logique est simple : quand le prix du baril baisse, la valeur des ventes recule aussi. Après avoir profité de l'envolée des prix de l'énergie, la major française subit donc l'effet inverse. Le marché sanctionne ce retournement, même si la baisse du titre paraît brutale au regard des perspectives du groupe.

Sur le fond, les investisseurs regardent au-delà du trou d'air du jour. Le récent conflit au Moyen-Orient a rappelé combien l'approvisionnement pétrolier mondial restait fragile, ce qui a durablement changé la perception du secteur. Total a bien dû interrompre une partie de sa production dans la région, mais l'impact financier reste plus limité qu'il n'y paraît. Le groupe souligne en effet que ces actifs pèsent moins dans sa génération de trésorerie que ses activités hors Moyen-Orient. La flambée récente du baril a largement compensé cette perte de production. Autrement dit, malgré le repli du jour, le marché pétrolier pourrait rester plus porteur qu'avant la crise pour les grands groupes du secteur. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 37%.

Dans un marché toujours dominé par la thématique de l'intelligence artificielle, Riber accélère. Le titre éligible au PEA-PME grimpe de 28,01% à 7,13 euros et affiche désormais une envolée de plus de 100% depuis le début de l'année. En cause, la publication de résultats annuels solides. Malgré un léger recul du chiffre d'affaires, le groupe améliore nettement sa rentabilité, avec un bénéfice en hausse de 27%. Cette dynamique s'explique par son positionnement sur des marchés en forte croissance, comme l'intelligence artificielle, les centres de données ou encore les technologies quantiques.

Le spécialiste des équipements pour semi-conducteurs peut aussi compter sur sa nouvelle technologie, qui commence à trouver ses premiers débouchés et pourrait devenir un vrai relais de croissance dans les années à venir. Les perspectives restent donc bien orientées, même si elles dépendent encore de certaines autorisations administratives pour concrétiser les contrats. Après un tel parcours boursier, les attentes sont désormais élevées, mais Riber semble bien placé pour profiter du nouveau cycle d'investissement technologique.

L'événement du mercredi

Le cessez-le-feu de deux semaines annoncé entre Washington et Téhéran a offert un répit immédiat aux marchés, mais il ouvre surtout une phase de négociation beaucoup plus délicate. Chacun des deux camps revendique la victoire, tandis que Donald Trump a jugé « viable » le plan iranien en dix points qui servira désormais de base aux discussions. Ce document, plus resserré que la précédente proposition américaine, doit permettre d'engager des pourparlers dans un climat de défiance extrême, les autorités iraniennes parlant de méfiance totale envers les États-Unis.

Le texte iranien s'articule autour de quatre grands blocs. D'abord, l'arrêt des combats et le retrait des forces américaines de la région. Ensuite, le contrôle du détroit d'Ormuz, sujet central pour les marchés énergétiques, avec une volonté affirmée de Téhéran de conserver la main sur ce passage stratégique. Troisième point, le maintien du droit de l'Iran à enrichir l'uranium, une exigence explosive puisqu'elle touche au c ?ur même du différend nucléaire. Enfin, la levée des sanctions internationales et l'obtention de réparations de guerre, autre demande majeure portée par le régime.

Pour les investisseurs, ce plan permet surtout de mieux cerner les lignes rouges iraniennes. Il apporte une base de travail, donc un peu de visibilité, mais ne règle en rien les désaccords de fond. Les sujets les plus sensibles : le détroit d'Ormuz, le nucléaire iranien et la levée des sanctions, sont précisément ceux sur lesquels Washington et Téhéran restent frontalement opposés. En clair, cette trêve ne résout pas tout, mais elle change déjà le climat.

Le monde d'après

Samsung confirme son statut de grand baromètre de la vague IA. Le groupe coréen anticipe pour le premier trimestre 2026 un bond spectaculaire de son bénéfice opérationnel, attendu autour de 39 milliards de dollars, soit une hausse de plus de 750% sur un an. Les revenus grimperaient parallèlement de 68%, à environ 90 milliards de dollars. Derrière cette envolée, un moteur principal : l'explosion de la demande pour les puces mémoire à haute bande passante, les fameuses HBM, devenues indispensables pour faire tourner les modèles d'intelligence artificielle les plus avancés.

Le géant coréen profite à plein d'un marché en tension. Les géants de l'IA, de Nvidia à AMD en passant par Google, Microsoft ou OpenAI, consomment toujours plus de mémoire pour entraîner et déployer leurs modèles. Résultat, l'offre reste limitée, les prix montent et les fabricants bien positionnés, comme Samsung, voient leurs marges s'envoler. Selon plusieurs analystes, l'activité mémoire pourrait représenter à elle seule près de 90% du bénéfice opérationnel du groupe sur le trimestre, preuve que l'IA est devenue le vrai c ?ur du réacteur.

Samsung enchaîne ainsi les sommets, porté à la fois par l'explosion de la demande liée à l'IA et par le puissant réveil de la Bourse coréenne. Pour les investisseurs, le signal est clair : l'euphorie autour de l'intelligence artificielle reste intacte, et les spécialistes de la mémoire demeurent au cœur de cette ruée mondiale vers la capacité de calcul. Le titre grimpe d'ailleurs de plus de 75% depuis le 1er janvier.

Demain à la une : Inflation sous surveillance

La séance de jeudi s'annonce dense sur le front américain, même si la guerre en Iran continue de capter une bonne partie de l'attention des marchés. À 14h30, les investisseurs découvriront en même temps les revenus et dépenses des ménages, l'indice PCE de février, qui mesure l'évolution des prix payés par les consommateurs et sert de boussole à la Fed, ainsi que les inscriptions hebdomadaires au chômage, un indicateur très suivi pour juger de la solidité du marché du travail. En clair, la séance devrait surtout se jouer autour de deux moteurs : la résistance du consommateur américain et la trajectoire de l'inflation.

Le lexique : L'indice PCE

Personal Consumption Expenditures est un indicateur d'inflation américain qui mesure l'évolution des prix des biens et services consommés par les ménages. Il sert à savoir si le coût de la vie augmente, et à quel rythme, aux États-Unis. Il est publié chaque mois et suivi de très près par la Réserve fédérale américaine, la Fed, car il fait partie de ses repères favoris pour décider si elle doit relever, baisser ou maintenir ses taux d'intérêt. Contrairement à d'autres mesures de l'inflation, le PCE tient mieux compte des changements de comportement des consommateurs, par exemple lorsqu'ils remplacent un produit devenu trop cher par une alternative moins coûteuse. On distingue l'indice global, qui inclut l'énergie et l'alimentation, et l'indice core, ou sous-jacent, qui les exclut pour mieux faire ressortir la tendance de fond. Quand le PCE reste élevé, cela peut pousser la Fed à rester prudente, voire à durcir sa politique monétaire, ce qui influence directement les marchés.