Le conflit déclenché il y a plus d'un mois a perturbé le commerce et les marchés de l'énergie, les actions du monde entier subissant des effets divers en fonction de leur exposition au chaos, ou du bénéfice qu'elles peuvent en tirer. Voici quelques gagnants et perdants après un mois de guerre.
Pétrole et gaz attractifs
Le quasi-blocus imposé par l'Iran sur le détroit d'Ormuz, par où transitent en temps de paix environ 20% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux, a causé une envolée des prix de l'énergie, ce qui a bénéficié aux valeurs boursières des principales compagnies pétrolières.
Les marges de ces groupes ont augmenté car, parallèlement à la hausse des prix du pétrole, les coûts d'extraction sont restés relativement stables, souligne Jose Torres, économiste chez Interactive Brokers.
Les investisseurs se sont en conséquence tournés vers les compagnies qui semblent devoir bénéficier d'un maintien des prix à un niveau élevé. « Ils anticipent que le conflit va continuer encore un moment », selon M. Torres. « Ce qui signifie que les prix du pétrole resteraient structurellement élevés pendant un ou deux ans. »
Sur les marchés européens, BP a mené la hausse avec un gain de 22,3% entre le 27 février, dernier jour avant le début des frappes, et le 27 mars. TotalEnergies a augmenté de 16,7% et Shell de 13,3% pendant la même période.
La défense en retrait
Les conflits mondiaux sont généralement une aubaine pour les groupes du secteur de la défense, et globalement, les fabricants d'armes ont enregistré des gains importants depuis le début de 2026.
A plus court terme, plusieurs grandes entreprises ont cependant vu leur cours de Bourse baisser depuis le début de la guerre, reflétant les craintes d'éventuelles ruptures d'approvisionnement.
Il y a un décalage pour répondre à toute augmentation de la demande, en raison des longs délais d'approvisionnement et de production. Les investisseurs « ne constatent pas de production importante de nouvelle technologie », selon Sam Stovall, responsable des investissements chez CFRA.
Le groupe allemand Rheinmetall a vu ses actions chuter de 17% en un mois, tandis que Thales a baissé de 6,7% and RTX anciennement Raytheon Technologies de 6,4%.
L'aviation dans la tourmente
Les compagnies aériennes ont été l'un des secteurs les plus touchés, la guerre ayant entraîné des annulations massives de vols et des détournements d'itinéraires pour éviter les zones sensibles.
La flambée des prix du kérosène a en outre comprimé les marges. Un autre sujet de préoccupation, selon M. Stovall, est « la confiance des consommateurs, affectée par la hausse des prix à la pompe et le coût plus élevé des réservations pour les vacances d'été ».
Les inquiétudes accrues concernant la sécurité des voyages, avec de longues files d'attente aux contrôles dans les aéroports américains, incitent certains à réduire leurs déplacements non essentiels, a-t-il estimé.
Lufthansa a perdu en un mois 19%, International Airlines Group (IAG, maison-mère de British Airways et Iberia) 15,9% et la compagnie à bas coûts Ryanair 10,2%.
La finance sous pression
Les services bancaires et financiers ont aussi subi une pression à la baisse, le conflit accentuant l'incertitude économique mondiale et la hausse des prix des carburants impactant l'ensemble de l'économie.
M. Torres a souligné que certains pays baissaient leurs taux d'intérêt malgré la hausse des cours du pétrole. « Je pense que les craintes d'un ralentissement économique augmentent, incitant à prendre davantage en compte les effets de la hausse des prix du brut sur la demande, et l'impact des taux d'intérêt sur les situations individuelles ».
Le récent essor du crédit privé, où des établissements non bancaires, comme des sociétés de capital-investissement, prêtent à des entreprises, a suscité des inquiétudes quant aux répercussions économiques de la hausse des taux de défaut sur ces prêts.
HSBC a vu son cours boursier baisser de 13,9% en un mois. Les banques américaines JP Morgan Chase, Goldman Sachs et Bank of America ont toutes perdu quelques points, les investisseurs anticipant une période de baisse de l'activité de prêt et d'augmentation du risque de crédit.




















