Les marchés : stop ou encore ?
C'est un moment critique pour la Bourse. Le CAC 40 signe une nouvelle hausse ce soir (+0,47% à 8 559 points), avec un énième record en séance (à 8 560), dans un climat toujours marqué par les doutes autour de l'intelligence artificielle.
Les investisseurs attendent avec impatience les résultats de Nvidia ce soir, l'entreprise phare du secteur, car ils permettront de savoir si la dynamique liée à l'IA peut vraiment continuer ou si l'enthousiasme actuel est excessif.
C'est clairement du pile ou face : pas tant sur les résultats qui promettent comme toujours d'être stratosphériques, mais sur les perspectives de l'entreprise pour les trimestres à venir et la capacité du groupe à justifier ses énormes investissements. Pile, la Bourse monte, avec de potentiels nouveaux records dans les séances à venir. Face, la déception pourrait être grande, justifiant des prises de bénéfices et donc une baisse.
En attendant, plusieurs entreprises françaises ont dévoilé leurs comptes. Certaines ont fortement progressé en Bourse, comme Seb (+4,9%) grâce à un vaste plan d'économies, Ipsos (+7,4%) avec de meilleures perspectives de croissance ou encore OPmobility (+4%) après des résultats supérieurs aux attentes. À l'inverse, Bic (-7,5%) a reculé en évoquant une année de transition, Edenred (-3%) a souffert d'une décision de justice au Brésil, ADP (-3,9%) a été pénalisé par une opération financière de Vinci et les groupes de spiritueux comme Pernod Ricard (-7,9%) et Rémy Cointreau (-5,9%) ont chuté dans le sillage d'un avertissement du géant britannique Diageo (-12,5%).
Aux États-Unis aussi, les marchés montent dans les premiers échanges mais restent suspendus à la publication des chiffres de Nvidia. Dans un contexte où les valorisations des entreprises technologiques sont jugées très élevées et où l'on s'interroge sur la rentabilité réelle de l'intelligence artificielle, ces résultats devraient donner la direction des marchés pour les prochaines semaines.
Les valeurs : Seb, Bic et Ipsos
Seb : le marché salue le réveil de SEB, dont l'action grimpe de 4,90% à 53,55 euros après une publication meilleure que prévu et un plan de relance ambitieux. Malgré une année 2025 marquée par les droits de douane américains et un environnement difficile en Europe, le groupe a publié un résultat opérationnel (voir lexique) en haut de sa fourchette et supérieur au consensus.
La fin d'année s'est révélée plus dynamique, avec une amélioration sensible des marges au quatrième trimestre, signe d'un redressement en cours. Le marché salue surtout le lancement du plan nommé Rebond, qui prévoit 200 millions d'euros d'économies d'ici 2027 et jusqu'à 2 100 suppressions de postes dans le monde. L'objectif est de restaurer une croissance rentable et d'améliorer durablement la génération de trésorerie.
Le groupe vise une reprise progressive dès 2026 et maintient ses ambitions de marge à moyen terme. Cette combinaison de discipline sur les coûts et de perspectives de redressement rassure les investisseurs et soutient nettement le titre. Depuis le début de l'année, SEB progresse de près de 10% à la Bourse de Paris.
Bic : en revanche, c'est la douche froide pour l'action BIC ! Le titre recule de 7,52% à 52,90 euros après la publication de résultats 2025 en léger retrait et surtout l'annonce que 2026 sera une année de transition. Le spécialiste des briquets, rasoirs et articles de papeterie a vu son chiffre d'affaires reculer de près de 5% l'an dernier, tandis que son résultat opérationnel a chuté de plus de 17%.
Si les performances sont globalement proches des attentes, le groupe reste pénalisé par la faiblesse de ses ventes de briquets aux États-Unis et par l'impact des droits de douane sur ce marché clé. Mais c'est surtout le manque de visibilité qui inquiète.
La direction n'a pas fourni d'objectifs chiffrés pour 2026 et évoque une simple amélioration progressive, avec une marge en légère progression et une génération de trésorerie stable. Le nouveau directeur général a déjà opéré des revirements stratégiques, notamment en abandonnant certaines activités jugées peu rentables, et doit présenter un nouveau plan dans l'année. En attendant, le marché redoute une année encore terne et sanctionne le titre. Depuis le début de l'année, le titre conserve une hausse de 3%.
Ipsos : le spécialiste des sondages s'envole de 7,40% à 32,78 euros, porté par un message clair qui rassure le marché et relance le dossier. Si la croissance de 2025 est restée modeste à +0,6%, la rentabilité se montre robuste avec une marge opérationnelle proche de 13%, conforme aux objectifs. Ipsos a surtout confirmé le lancement de son plan stratégique Horizon 2030, destiné à relancer durablement la croissance grâce à des investissements ciblés et au développement de ses activités les plus rentables. Mais c'est la feuille de route 2026 qui séduit les investisseurs.
Le groupe éligible au PEA-PME vise un retour à une croissance organique comprise entre 2% et 3% dès cette année, sans dégradation de la marge, et maintient ses ambitions à moyen terme. La direction annonce également une hausse du dividende et un programme de rachat d'actions d'environ 100 millions d'euros, soit près de 8% de la capitalisation. Depuis le début de l'année, le repli du titre est désormais limité à 5%.
L'évènement du mercredi : coup dur !
Le secteur des spiritueux traverse un moment difficile en Bourse après l'annonce de mauvais résultats et de prévisions revues à la baisse par le géant britannique Diageo. L'entreprise a enregistré des ventes en recul, notamment en Amérique du Nord, et prévoit désormais une baisse de son chiffre d'affaires sur l'ensemble de l'exercice. Elle a aussi décidé de réduire nettement son dividende, ce qui a, comme toujours, inquiété les investisseurs.
Son action chute fortement ce mercredi (-12,5%) et entraîne dans son sillage les groupes français Pernod Ricard (-7,9%) et Rémy Cointreau (-5,9%). Ces annonces ont d'autant plus surpris que les dernières publications de Pernod Ricard et Rémy Cointreau avaient laissé espérer une reprise de la croissance. Elles relancent ainsi les doutes sur l'ensemble du secteur et montrent que le redressement sera plus long que prévu.
Au-delà des résultats, c'est surtout l'évolution des habitudes de consommation qui inquiète. Les clients continuent de boire des spiritueux, mais en quantité plus faible et de façon plus occasionnelle. Ils choisissent aussi des produits moins chers et se tournent davantage vers des formats plus petits ou des boissons prêtes à boire. Cette tendance marque la fin de la stratégie du “tout premium” qui consistait à vendre des bouteilles plus haut de gamme et plus chères. Les groupes vont donc devoir adapter leur modèle, car ils avaient beaucoup investi dans le vieillissement des stocks pour monter en gamme, ce qui pèse sur leur trésorerie.
Pour l'instant, Pernod Ricard a échappé à une baisse de ses prévisions et de son dividende, ce qui a rassuré le marché, mais certains bureaux d'études estiment que des décisions similaires pourraient être prises dans les prochaines années. Depuis le début de l'année, les actions de Pernod Ricard (+6%), Rémy Cointreau (+12%) et Diageo (+2%) restent toutefois en territoire positif. À suivre !
Le monde d'après : AMD défie Nvidia !
AMD frappe un grand coup dans la course à l'intelligence artificielle. Le fabricant américain de semi-conducteurs a signé un contrat majeur avec Meta pour la fourniture de millions de puces destinées à entraîner les modèles d'IA du groupe.
Le montant évoqué est colossal : au moins 60, et potentiellement plus de 100 milliards de dollars sur plusieurs années. Les premières livraisons sont attendues dès le second semestre et l'annonce a immédiatement propulsé l'action AMD de près de 9% hier à Wall Street. Au-delà du volume, l'accord est stratégique. Il inclut l'attribution à Meta de bons de souscription pouvant lui permettre, à terme, de détenir jusqu'à 10% du capital d'AMD. Un mécanisme similaire à celui déjà conclu avec OpenAI.
Pour AMD, l'enjeu est clair, sécuriser des revenus massifs et récurrents pour combler l'écart technologique avec Nvidia, leader incontesté du marché des puces dédiées à l'IA. Ce partenariat intervient alors que les géants américains prévoient d'investir environ 700 milliards de dollars dans l'intelligence artificielle en 2026. Meta, à lui seul, représenterait près d'un cinquième de cette enveloppe. Dans cette bataille industrielle, la capacité à verrouiller des contrats de cette ampleur devient un avantage compétitif déterminant. Et AMD vient de s'offrir une place de choix dans l'écosystème IA mondial.
Demain à la Une : Nvidia, mais pas seulement...
Le calendrier économique de demain est vide. Toute la séance se jouera sur les résultats d'entreprises : Schneider Electric, AXA, Engie, Saint-Gobain, Veolia, Bouygues et Stellantis publieront leurs bilans annuels. Mais c'est surtout Nvidia qui concentrera l'attention des investisseurs. Ses comptes seront dévoilés ce soir après la clôture et impacteront les marchés ce jeudi. C'est le grand temps fort de la semaine : comme chaque trimestre, la première capitalisation boursière mondiale sera scrutée de très près et influencera le segment technologique. On en reparle bien sûr demain soir !
Le lexique : le résultat opérationnel
Le résultat opérationnel est un indicateur financier qui mesure ce qu'une entreprise gagne grâce à son activité principale, avant de prendre en compte les impôts et les éléments exceptionnels. Il correspond à la différence entre les revenus générés par la vente de ses produits ou services et les dépenses nécessaires pour les produire et faire fonctionner l'entreprise (salaires, loyers, matières premières, marketing, etc.). Il permet donc d'évaluer la performance réelle et la rentabilité du cur de métier d'une société.




















