Les marchés : des tensions toujours très fortes...
Nouvelle petite hausse du CAC 40 : +0,32% ce mardi, à 8 237 points. L'indice français continue de grappiller un peu de terrain, malgré des indicateurs économiques décevants en zone euro et en France, montrant une activité du secteur privé en perte de dynamisme fin 2025. En France, l'économie a quasiment stagné en décembre, tandis que l'inflation reste modérée, autour de 0,8% sur un an. Malgré la bonne tenue des marchés américains, Paris ne profite que partiellement de l'élan venu de Wall Street, où le Dow Jones a atteint un nouveau record.
Le contexte géopolitique et les anticipations autour de la politique étrangère américaine (Venezuela, Groenland, Iran) alimentent, par ailleurs, une certaine nervosité sur les marchés européens... Du côté des entreprises françaises, certaines valeurs tirent leur épingle du jeu, comme STMicroelectronics (+5,33%), soutenue par de bonnes perspectives dans le secteur des semi-conducteurs, tandis que Nexans (-4,45%) est pénalisée par un retard industriel.
Aux États-Unis, l'optimisme est toujours alimenté par la technologie et l'intelligence artificielle, portées par Nvidia (+1,5%), dont les nouvelles puces IA plus performantes et moins énergivores renforcent la confiance des investisseurs après plusieurs mois de doutes sur les valorisations extrêmes du secteur.
Les valeurs : EssilorLuxottica, Nexans et Valneva
EssilorLuxottica. Le cours d'EssilorLuxottica gagne 5,24% aujourd'hui, à 277,20 euros. En cause, le report du lancement mondial des lunettes connectées de sa marque Ray-Ban. Les investisseurs y voient un signe de forte demande aux États-Unis, où le produit rencontre un fort succès malgré des stocks insuffisants.
Initialement prévues début 2026 dans plusieurs pays, dont la France, le lancement officiel est retardé afin de revoir l'organisation de l'approvisionnement. Cependant, certains bureaux d'études appellent à la prudence. Selon eux, cette forte demande pourrait être en partie artificielle, car le partenaire Meta limiterait volontairement les ventes en raison de difficultés de production et vendrait même ces lunettes à perte.
Pour ces experts, le report du lancement mondial montre surtout l'incapacité actuelle à produire ces lunettes à grande échelle, ce qui jette un doute sur la solidité du projet. notre objectif de long terme sur l'action EssilorLuxottica, présente dans notre portefeuille défensif.
Nexans. Nexans perd 4,45% ce soir, à 126,80 euros, après l'annonce de retards sur un vaste projet de câbles sous-marins reliant la Grèce à Chypre, d'un montant de 1,4 milliard d'euros. Ces retards vont repousser la date de livraison du chantier, initialement prévue autour de 2027, ce qui inquiète les investisseurs à court terme. L'entreprise française explique toutefois travailler étroitement avec son client grec pour adapter le calendrier et affirme que ces décalages n'auront pas d'impact sur ses autres objectifs.
Nexans se dit, par ailleurs, confiant grâce à son carnet de commandes bien rempli. Le groupe achève sa transformation en spécialiste de l'électrification, ce qui a conduit à un ajustement de ses prévisions pour 2025 sans remettre en cause ses perspectives à moyen terme. Les bureaux d'études restent globalement confiants, anticipant une croissance plus marquée des résultats du groupe à partir de 2027. Son action a progressé de près de 21% en 2025.
Valneva. La biotech franco-autrichienne signe la meilleure performance du SBF 120 ce mardi : +11,20% à 4,19 euros (+72% en 2025). Cette hausse a été provoquée par la banque d'investissement américaine Stifel qui a réitéré son conseil d'achat sur le titre. Surtout, elle a relevé son objectif de cours à 10 euros (soit un potentiel de hausse d'environ 135% par rapport au cours actuel).
Son optimisme repose sur les espoirs suscités par un vaccin contre la maladie de Lyme, développé avec le groupe américain Pfizer. L'étude en cours est la dernière avant une éventuelle mise sur le marché. Selon Stifel, le vaccin a déjà montré de bons résultats lors des essais précédents, avec une réponse immunitaire solide et sans problème de sécurité. La banque estime ainsi à 80% les chances de succès de cette dernière étude.
Si les résultats sont positifs, l'action pourrait fortement progresser. En revanche, un échec ferait reculer le titre d'environ 25% selon Stifel. Malgré ce risque, la banque estime que l'équilibre entre le risque et le gain potentiel est attractif, d'autant que la maladie de Lyme progresse et que les besoins médicaux restent importants.
Le monde d'après : le dollar comme grille de lecture
Ce soir, nous vous proposons une grille de lecture axée sur le dollar pour comprendre certains aspects de l'opération militaire au Venezuela. On le sait, Washington a invoqué la lutte contre le narcotrafic pour justifier la capture de Nicolás Maduro. Trump ne s'est, par ailleurs, pas caché de vouloir récupérer et exploiter les énormes réserves de pétrole du pays.
Un autre enjeu est plus discret, bien qu'essentiel : l'enjeu monétaire. Autrement dit, protéger la place centrale du dollar dans l'économie mondiale. Depuis les années 1970, le dollar est au cœur du commerce du pétrole. Après l'abandon de l'étalon-or (voir lexique), les États-Unis ont conclu des accords, en particulier avec l'Arabie saoudite, faisant du dollar la monnaie obligatoire pour acheter du pétrole au niveau mondial. Cela oblige les pays du monde entier à détenir des dollars, ce qui permet aux États-Unis de financer leurs déficits et leur puissance sans subir les contraintes habituelles.
Le Venezuela devient alors stratégique, car il possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde. Or, depuis la fin des années 2010, le régime chaviste cherche à vendre son pétrole dans d'autres monnaies que le dollar et à se rapprocher de pays comme la Chine ou la Russie. Caracas représente ainsi une menace sérieuse : si un grand producteur parvient durablement à vendre son pétrole hors dollar, d'autres pourraient suivre, fragilisant tout le système.
Cette situation rappelle bien sûr de précédents historiques. L'Irak et la Libye avaient, eux aussi, tenté de remettre en cause la domination du dollar dans le commerce pétrolier, avant d'être frappés par des interventions militaires occidentales. Dans cette logique, le Venezuela était une nouvelle cible, avec un risque encore plus important compte tenu de l'ampleur de ses réserves.
L'un des objectifs centraux de l'opération de ce week-end serait ainsi la défense d'un ordre monétaire vieux de cinquante ans, aujourd'hui fragilisé par la montée en puissance de systèmes financiers alternatifs et par la volonté croissante de nombreux pays de commercer sans le dollar. Dans le monde d'après, rien n'a vraiment changé... La géopolitique repose principalement sur trois piliers : la monnaie, l'énergie et le contrôle des échanges.
Demain à la Une : une séance américaine
Le programme de demain est assez léger. Les investisseurs continueront bien sûr de suivre les développements géopolitiques. En parallèle, un nouvel indice sur l'activité des services sera dévoilé aux États-Unis, en plus des commandes à l'industrie. Enfin, le rapport ADP donnera une première tendance pour le front de l'emploi américain. Mais c'est bien le rapport officiel de vendredi (NFP) qui est le plus attendu.
Le lexique : les accords de Bretton Woods
Les accords de Bretton Woods, mis en place en 1944, ont instauré un système monétaire international fondé sur des taux de change stables, avec des monnaies liées au dollar américain, lui-même convertible en or. Leur objectif était de sécuriser les échanges et de stabiliser l'économie mondiale après la Seconde Guerre mondiale. Ce système prend fin en 1971, lorsque les États-Unis mettent un terme à la convertibilité du dollar en or, ouvrant la voie à un régime de changes flottants basé sur la confiance dans les monnaies plutôt que sur l'or.











