Les marchés : Venezuela, l'impact boursier

La Bourse de Paris avance avec prudence, après l'attaque américaine sur le Venezuela. Le CAC 40 a passé la quasi-totalité de la séance dans le vert et clôture ce soir en léger gain de 0,20% à 8 211 points. Un petit gain symbolique qui le rapproche encore un peu de son record historique (8 314 points). Wall Street gagne pour l'heure un peu moins d'1% sur ses principaux indices et se rapproche également de ses plus hauts niveaux.

Les investisseurs ont beaucoup hésité aujourd'hui, à cause de l'attaque sur le Venezuela bien sûr, et dans l'attente de nombreuses données économiques, en particulier le rapport mensuel sur l'emploi américain. Cette prudence contraste avec la forte hausse des marchés asiatiques, portés par l'enthousiasme autour des valeurs technologiques et des perspectives positives dans l'intelligence artificielle et les semi-conducteurs. Le Nikkei s'est envolé de près de 3% cette nuit. Sans surprise, le secteur de la défense se distingue nettement en Europe.

Il bénéficie à la fois du contexte géopolitique et de nouvelles commandes. Le secteur énergétique profite aussi de la situation au Venezuela, les marchés anticipant le retour des majors internationales dans le pays. Nous consacrons une grande partie de cette édition à l'impact boursier de l'attaque contre le régime chaviste. Pour rappel, notre grille de lecture est uniquement boursière, nous ne rentrons pas dans les considérations légales ou morales de cette attaque. Merci pour votre confiance.

Les valeurs : Le secteur de la défense, Eurofins Scientific et Maurel & Prom

Le secteur de la défense Le secteur de la défense repart fortement à la hausse en ce début d'année, porté par l'attaque sur le Venezuela et par de grandes annonces de contrats militaires. Après une année 2025 fortement haussière en Bourse (bien qu'irrégulière), marquée par les débats sur les budgets militaires européens et les tentatives américaines de régler le conflit en Ukraine, les investisseurs reviennent massivement vers ces valeurs stratégiques.

Le principal catalyseur de la séance est l'intervention militaire des États-Unis au Venezuela, qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro. Cette action s'inscrit dans le retour assumé de la doctrine Monroe, une vieille ligne directrice de la politique étrangère américaine visant à affirmer son influence par la force dans sa zone géographique proche.

À cela s'ajoutent les nouvelles menaces du président Donald Trump concernant une possible intervention au Groenland, territoire stratégique pour ses ressources minières et sa position clé sur les nouvelles routes commerciales liées à la fonte des glaces. Dans ce contexte, les grandes entreprises européennes de défense progressent fortement en Bourse.

En Allemagne, Rheinmetall (+9,1%) et Hensoldt (+7,7%) enregistrent de fortes hausses. Même son de cloche au Royaume-Uni pour BAE Systems (+5,3%) et en Italie pour Leonardo (+6,1%). En France, Thales (+4,7%), Dassault Aviation (+4,1%), Exosens (+4,8%) et surtout Exail Technologies (+14,9%) tirent aussi leur épingle du jeu.

Eurofins Scientific Le groupe français de laboratoires d'analyses signe la plus forte hausse du CAC 40 ce lundi : +8,29% à 67,14€. Cette belle performance est liée à une note très positive publiée par BNP Paribas, qui a relevé son objectif boursier de 51,50€ à 75€ sur le titre, soit un potentiel de hausse de près de 12% par rapport au cours actuel. Pour BNP, Eurofins arrive à un moment clé de son développement.

Après plusieurs années d'investissements importants, l'entreprise devrait désormais entrer dans une phase plus favorable, avec une croissance plus soutenue et une meilleure génération de trésorerie. Les analystes de BNP estiment également qu'Eurofins est bien placé pour atteindre, voire dépasser, ses objectifs de rentabilité d'ici 2027. L'action a progressé de 26,5% en 2025.

Maurel & Prom Certains acteurs pétroliers européens déjà présents au Venezuela pourraient bénéficier des investissements massifs attendus pour rénover les installations locales. C'est en tout cas le pari du marché ce lundi. Le groupe français Maurel & Prom signe ce soir une hausse de 7,22% à 6,08€, malgré la suspension récente de sa licence d'exploitation. L'action éligible au PEA-PME surperforme nettement le géant Total (-0,55%), peu présent au Venezuela. Les investisseurs estiment que la valeur des actifs vénézuéliens de Maurel & Prom n'est pas totalement perdue et dépendra surtout de la durée des sanctions américaines.

Le monde d'après : Pas de choc majeur

Quel est l'impact de l'intervention militaire des États-Unis sur le pétrole ? Pas de choc majeur, à ce stade. Les prix de l'or noir sont toutefois un peu volatils depuis ce matin. Après avoir baissé dans un premier temps, ils rebondissent timidement cet après-midi. Au moment où nous rédigeons cette édition, le baril de Brent gagne 1,3% à 61,6$ (-19% sur un an).

Les marchés estiment qu'à moyen terme cette crise pourrait permettre un retour progressif de la production pétrolière vénézuélienne, aujourd'hui très faible. Cette perspective d'une offre mondiale plus abondante a d'abord poussé les prix du pétrole à la baisse ce matin, avant le petit rebond de cet après-midi, teinté d'hésitation et de prudence.

En parallèle, les actions des compagnies pétrolières américaines progressent fortement en Bourse, en particulier les groupes déjà positionnés au Venezuela, comme Chevron (+5,1%) et ConocoPhillips (+2,7%). En France, Maurel & Prom (+7,2%) est le grand gagnant de la situation, malgré la suspension de sa licence d'exploitation. Les investisseurs anticipent que ces entreprises obtiendront davantage de liberté pour exploiter les immenses réserves de pétrole du Venezuela si un nouveau pouvoir, plus favorable aux États-Unis et aux investissements étrangers, se met en place.

Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde (environ 17%), mais n'en produit actuellement qu'une petite fraction à cause du très mauvais entretien des infrastructures, du manque d'investissements et des sanctions américaines. Les marchés parient donc sur de futurs investissements massifs pour remettre en état les installations pétrolières du pays. La situation géopolitique reste très tendue et il faudra bien sûr la surveiller dans les semaines et mois à venir. Affaire à suivre !

L'agenda du lundi : Venezuela, Groenland, emploi US

Outre la situation au Venezuela, Donald Trump a rappelé hier son intention d'annexer le Groenland. La géopolitique repasse donc au cœur de l'actualité et on la suivra de près dans les prochaines séances pour décrypter son impact sur les marchés. La semaine sera également chargée en nouvelles données. Les investisseurs attendent avant tout le rapport mensuel sur l'emploi américain qui sera publié vendredi après-midi.

Demain à la Une : En attendant le rapport US...

Ce mardi sera riche en actus économiques. Au programme, les derniers chiffres de l'inflation française et allemande, ainsi qu'une batterie d'indices PMI sur l'activité économique en zone euro et aux États-Unis. Un petit mot des niveaux à surveiller dans les prochaines séances : les acheteurs viseront sur le CAC 40 les 8 225 et 8 265 points, avant un possible retour sur les niveaux record (supérieurs à 8 300). Les vendeurs cibleront les 8 165 et 8 100 points.

Le lexique : Quelles différences entre... les pétroles américain et vénézuélien ?

Le pétrole américain est léger, peu sulfuré, facile à extraire, à transporter et à raffiner. Il s'intègre parfaitement aux infrastructures industrielles modernes et permet une production stable, rapide et rentable. À l'inverse, le pétrole vénézuélien est très lourd, riche en soufre, difficile à exploiter et coûteux à transformer. Malgré des réserves immenses, il souffre de contraintes techniques importantes qui limitent son usage et sa fiabilité. On peut toutefois les mélanger : le pétrole américain, plus léger, pourrait servir à fluidifier le pétrole vénézuélien très lourd, ce qui faciliterait son transport et son raffinage. L'intérêt est donc technique et économique : rendre un pétrole difficilement exploitable utilisable par les raffineries.