Le confinement na pas eu le même impact financier pour tout le monde. Loin de là. Si ce constat avait déjà été dressé, une étude très poussée de lInsee (1), publiée ce mercredi, vient le confirmer. Cette vaste enquête, menée conjointement avec la Drees, lInserm et Santé Publique France, a permis dinterroger, entre le 2 mai et le 2 juin, 135 000 personnes âgées de 15 ans ou plus, résidant hors Ehpad, maisons de retraite et prisons, en France métropolitaine, en Martinique, en Guadeloupe et à la Réunion.
Il en ressort que 23% des ménages déclarent en mai que leur situation financière sest dégradée depuis le début du confinement. Ce constat est dautant plus marqué que leurs revenus étaient initialement faibles. Parmi les 10% de foyers les plus pauvres, 35% ressentent une détérioration de leur situation financière, une proportion deux fois plus forte que chez les 10% de ménages les plus aisés. Parmi les ménages qui ont constaté une dégradation, 42% jugent que « leur situation financière est juste et quil faut faire attention » (contre 34% pour lensemble de la population), 27% quelle est « difficile » (contre 11% pour lensemble de la population) et 7% qu ils « ne peuvent pas sen sortir sans sendetter » (2% pour tout le monde).
Les indépendants très touchés
Mais qui sont ces particuliers les plus touchés ? Contrairement aux retraités qui ont été préservés de la chute de lactivité économique, les artisans et les commerçants ont été les plus frappés. « Plus de la moitié des indépendants déclarent une dégradation de leur situation financière », signale lInsee. Quant aux ouvriers, 37% indiquent une perte de revenus. Pour les autres, ces proportions se situent entre 25% pour les cadres et professions intellectuelles supérieures, qui incluent les professions libérales, et 30% pour les agriculteurs.
« Ces écarts observés entre catégories socio-professionnelles sexpliquent en partie par le fait que les mesures visant à maintenir lemploi et les revenus ne sont pas accessibles à tous de la même façon. Le recours au travail à distance facilite la continuité de lactivité, ce qui explique que les salariés qui ont télétravaillé sont moins nombreux à déclarer une perte financière liée au confinement, même une fois tenu compte de leur situation financière initiale et de leur catégorie socioprofessionnelle », analysent les auteurs de létude. « En revanche, si le chômage partiel permet de maintenir la relation demploi, la rémunération peut baisser pour les salariés : si la rémunération en activité partielle ne pouvait être inférieure au Smic, le minimum garanti pendant le confinement correspondait à 84% du salaire net ».
Un chômage partiel à géométrie variable.
36% des personnes qui avaient un emploi avant le début du confinement disent être passées, totalement ou en partie, par le chômage technique ou partiel. « A lintérieur des entreprises, certaines catégories demploi ont été plus directement touchées que dautres. De fait, alors que 24% des ouvriers sont passés totalement au chômage partiel ou technique entre mi-mars et mai, cette proportion est de seulement 8% pour les cadres. Cet écart sexplique en partie par les possibilités différenciées de recours au travail à distance », souligne lInsee.
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Autre constat : parmi lensemble des personnes interrogées, un tiers des ménages avec enfants ont constaté une dégradation de leur situation financière, contre 18% des ménages sans enfant. Logique selon lInsee puisque la fermeture des écoles a contraint les parents à assurer la garde de leurs enfants, les obligeant pour certains à poser des arrêts de travail. Or ces derniers ont été rémunérés à partir du 1er mai, selon les modalités de lactivité partielle, ce qui peut se traduire par une perte de revenus. A cela, il faut ajouter la fermeture des cantines scolaires qui a pu entraîner des frais, les familles ayant dû prendre en charge ces repas, « sans bénéficier des subventions que constituent les tarifs sociaux », écrit lInsee.
Les jeunes, victimes de la crise
Tous les salariés nont pas bénéficié des dispositifs de maintien dans lemploi. Parmi les personnes qui avaient un travail au début du confinement, 3% l'ont perdu, du fait dune fin de contrat ou dun licenciement. Et les disparités sont marquées en fonction de lâge. Ainsi, 9% des personnes en emploi avant le confinement âgées de 15 à 24 ans ont perdu leur emploi, contre moins de 2% des actifs de 40 ans à 65 ans.
« Etant les plus à risque doccuper des emplois temporaires, les jeunes récemment entrés sur le marché du travail ont été les premières victimes de la chute brutale de lactivité économique. En effet, face à la baisse de lactivité et à lincertitude sur leurs débouchés, les entreprises ont pu préférer ne pas pérenniser leur main duvre temporaire (CDD ou intérim) ou réduire leurs embauches », souligne lInsee.
Qui sont les gagnants ?
Dans cette enquête de lInsee, deux tiers des personnes interrogées estiment que leur situation financière est restée stable durant le confinement. Ceux qui déclarent quelle sest améliorée au mois de mai ne sont que 2%. Un chiffre a priori étonnant et qui méritera dêtre affiné avec le temps. Une étude publiée lundi par le Conseil d'analyse économique indiquait que le surplus dépargne accumulé par certains en raison du confinement avait été accaparé pour lessentiel par 20% des ménages. Selon les chiffres du gouvernement, le bas de laine supplémentaire lié au coup darrêt de lactivité économique a permis aux Français de mettre 85 milliards deuros de côté entre mars et septembre.
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(1) Insee Première, « Confinement : des conséquences économiques inégales selon les ménages », Octobre 2020



















