Le classique livret A, un livret « enfant », un plan épargne logement ou directement une assurance vie ? Tour d’horizon des placements accessibles dès la naissance, pour éviter de les ouvrir en fermant les yeux.

Vous venez de vivre un heureux événement ? La question des comptes bancaires de votre nouveau-né n’a probablement pas surgi dès la sortie de la maternité. Mais, à force de recevoir des cadeaux de naissance sous forme de virement ou d’argent dans une enveloppe, vous finissez par vous poser la question : « Où dois-je les placer ? » Et donc, quel placement souscrire au nom de votre enfant.

Livret A, le grand classique

Où et comment. C'est le réflexe habituel dès qu'il faut une « tirelire » pour un enfant : ouvrir un livret A. Une épargne de 10 euros suffit, dans n'importe quelle banque, et même 1,50 euro à La Banque Postale.

Risque & rendement. Le best-seller de l'épargne en France est rémunéré à 0,50%, net de tout impôt. Plafonné à 22 950 euros de versements, le livret A (ou « livret bleu », produit identique au Crédit Mutuel) est un placement faiblement rémunéré mais sans risque : l'épargne déposée est garantie.

Point fort. « Le très classique livret A présente un aspect pratique : il peut facilement faire office de cagnotte pour les cadeaux en argent des grands-parents, des oncles et tantes, etc. », analyse Valérie Bentz, responsable des études patrimoniales de l’UFF. L'épargne étant disponible à tout moment, votre enfant pourra y piocher à sa guise à partir de 16 ans, puis le conserver (ou le transférer dans une autre banque) à sa majorité.

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Point faible. Une rémunération qui ne vous protège même pas de la hausse du coût de la vie ! L'actuelle formule de calcul du taux du livret A est basée sur l'inflation mais aussi sur un taux monétaire (Eonia). Autrement dit, si l'inflation repart en flèche, le rendement du livret A ne remontera probablement pas au même rythme. Placer 10 000 euros sur un livret A au taux actuel ne vous permet d'espérer que 511 euros d'intérêts dans 10 ans, et 1 049 euros dans 20 ans. Il existe mieux pour « faire travailler » l'épargne d'un nouveau-né sur la durée.

Verdict : pratique et non contraignant, le livret A est une valeur sûre mais il ne peut pas être considéré comme le meilleur placement à long terme. A privilégier comme « cagnotte » des cadeaux familiaux, pour ensuite dispatcher vers d'autres placements.

Du livret jeune au PEA, ces placements interdits aux nouveau-nés

Un livret de développement durable et solidaire (LDDS) ? Le jumeau du livret A est réservé aux contribuables, donc, sauf exception, aux personnes majeures. Idem pour le livret d’épargne populaire (LEP) : vous devez vous munir d’un avis d’imposition pour pouvoir en ouvrir un. Le livret jeune est lui dédié aux jeunes uniquement, c’est-à-dire aux 12-25 ans. Quant à l'investissement en bourse, un compte titres peut être ouvert pour un enfant mais le plan d’épargne en actions (PEA) n’est lui pas accessible aux mineurs.

Livrets « enfants », à comparer

Où et comment. Livrets Zebulon, Scoopy, Tiwi, P’tit Mousse ou Premier Pas : chaque banque ou presque propose un livret « jeune enfant », en attendant de pouvoir passer au livret jeune à 12 ans. Ces livrets sont fiscalisés (soumis au prélèvement forfaitaire unique, PFU, soit 30% des intérêts) et le plus souvent réservés aux enfants de 0 à 12 ans.

Risque & rendement. Comme pour tout livret d'épargne, l'argent déposé est garanti : votre enfant retrouvera ses billes. Mais l'argent placé sera-t-il fructifié ? Tout dépend du taux de rémunération proposé par la banque. Par exemple, le Livret Tiwi du Crédit Agricole ne rapporte actuellement que 0,30% (avant impôt), moins que le livret A. En revanche, le Livret Première Epargne du CIC affiche du 1,35% brut. Après flat tax (PFU) de 30%, la rémunération est donc de 0,95% : mieux que le PEL et le livret A !

Point fort. Un rendement attractif dans certaines banques. Mais il faut comparer.

Point faible. La plupart de ces livrets sont plafonnés à 1 600 euros de versements, ce qui les inscrit clairement comme des supports d’attente avant d’ouvrir un livret jeune à 12 ans, lui aussi plafonné à 1 600 euros. Le plafond de dépôts constitue donc un second élément de comparaison, en plus du taux de rémunération. Car il existe quelques exceptions, comme le Livret + Enfant de Fortuneo : rémunéré à 1% brut (0,70% net de PFU) et plafonné à 10 000 euros. Sachez aussi que certains livrets « adultes » sont ouverts aux mineurs, à l’image du livret Distingo de PSA Banque, rémunéré à 0,80% brut, soit 0,56% après flat tax.

Verdict : tout aussi souples et accessibles qu’un livret A, ces livrets « enfants » ne sont toutefois pas tous aussi attractifs les uns que les autres. Vigilance avant de souscrire.

Voir le comparatif des livrets « enfants »

L’assurance vie, pour investir à long terme

Où et comment. Toutes les banques disposent d'une assurance vie accessible aux enfants, mais il ne faut pas oublier les assureurs traditionnels, les fintechs, courtiers et banques en ligne. L'offre est pléthorique.

Risque & rendement. L’assurance vie est un placement à moyen ou long terme avec d’une part un support peu exposé au risque, le fonds en euros, et d’autre part des supports potentiellement plus rentables à long terme, en contrepartie d’une risque de perte, les unités de compte (UC). Support phare de l’assurance vie, le fonds euros a rapporté en moyenne 1,50% en 2019 mais ce rendement moyen est attendu juste au-dessus de 1% pour l’année 2020. Un rendement qui peut évidemment être bonifié par les UC : leurs performances suivent les soubresauts des marchés financiers (-8,9% en 2018 mais +13,1% en 2019 selon la Fédération française de l'assurance). La fiscalité ? La flat tax (PFU) au pire, mais le plus souvent les gains ne sont soumis qu’aux cotisations sociales (17,20%). Ils sont en partie exonérés d’impôt sur le revenu si vous conservez votre contrat plus de 8 ans, éventualité la plus probable pour un nouveau-né… Par exemple si la rémunération du fonds en euros stagne à 1% brut, le rendement annuel net de cotisations sociales du fonds en euros serait ainsi de 0,83%.

Point fort. Les perspectives de rendement à long terme, à condition de mixer fonds euros et unités de compte. Vous voulez limiter les risques ? Les contrats avec gestion pilotée vous permettent de déléguer la gestion des UC à un expert, tout en adaptant la prise de risque à des horizons de placement à long terme, 18, 20 ou 25 ans dans le cas d'un nouveau-né.

Lire aussi : Peut-on spéculer avec l'épargne de ses enfants ?

Point faible. Demandez à votre banquier ou conseiller financier d’être précis sur un aspect : le contrat est-il souscrit au nom de l’enfant ou à votre nom avec l’enfant en bénéficiaire ? Les deux pratiques coexistent mais la finalité n’est pas la même : dans le premier cas l’épargne versée appartient à l’enfant ; dans l’autre vous pouvez changer le bénéficiaire quand bon vous semble, mais vous pouvez programmer une mise à disposition de l’épargne à un âge défini à l’avance (20 ou 25 ans par exemple). Deux objectifs différents, dont il faut être conscient à la souscription.

Verdict : plus adapté qu'un livret s'il s'agit de préparer le financement des études ou pour permettre à votre enfant de se lancer dans la vie active avec un petit pécule. Malgré certaines idées reçues, l’assurance vie est un placement peu contraignant : votre enfant pourra piocher dans son épargne sans délai à sa majorité. Mais n’hésitez pas à comparer les contrats, pour éviter de trop importants frais sur versement et afin de viser un fonds en euros dont la rémunération n’est pas trop faible.

Voir le comparatif des contrats d’assurance vie

Le plan épargne logement, désormais moins attractif

Où et comment. Proposé par toutes les banques, ou presque le PEL a longtemps été un best-seller pour les enfants et nouveau-nés. Un dépôt de 225 euros est nécessaire à l’ouverture, puis il faut vous engager à verser 540 euros par an, soit 45 euros par mois.

Risque & rendement. Le taux de rémunération affiché à l’ouverture est garanti pour toute la durée de vie du plan d’épargne logement. Le hic : ce taux garanti n’est désormais plus que de 1% brut. Et les intérêts des PEL nouvellement ouverts sont fiscalisés, à hauteur de la flat tax (PFU), ce qui n’offre qu’un taux net annuel de 0,70%.

Point fort. L'épargne contrainte : vous vous forcez à mettre 45 euros de côté chaque mois pour votre enfant.

Point faible. Un rendement faible pour un produit si contraignant : au-delà de l’obligation de versement régulier, le PEL dispose d’une durée de vie limitée : 10 ans maximum pour y déposer de l'argent, et 15 ans maximum de détention. Bref, ouvrir un PEL à la naissance de votre enfant ne vous permet pas de vous projeter avec ce placement jusqu’à sa majorité.

Verdict : bien moins intéressant que lorsque le PEL affichait un taux de 2,50%, tout en profitant d’une exonération d’impôt sur le revenu pendant 12 ans… Dans sa version actuelle, le seul atout du PEL est l’aspect épargne régulière, mais vous pouvez programmer des versements de la même manière sur des produits plus souples (livrets, assurance vie, etc.).

Pourquoi pas un plan d’épargne retraite ?

Quid du plan d’épargne retraite (PER), tout nouvel outil de préparation aux vieux jours rassemblant les anciens produits d’épargne retraite ? Fin 2019, le directeur associé de la société de conseil et de gestion Eres, Pierre-Emmanuel Sassonia, a pointé un atout insoupçonné du PER : la possibilité de débloquer le plan pour l’achat de la résidence principale de l’épargnant en fait un placement potentiellement intéressant pour vos enfants. Pourquoi ? Car vous pouvez indirectement profiter de l’avantage fiscal du PER souscrit au nom de votre enfant, en déduisant les versements du revenu imposable du foyer. Cependant, la responsable des études patrimoniales de l’UFF Valérie Bentz déconseille d’ouvrir un PER pour les enfants : « Un PER, c’est pour la retraite. Si l’enfant n’achète jamais sa résidence principale, ou tardivement, alors l’argent restera longtemps bloqué… »

Verdict : du point de vue de la structure financière et de la rentabilité potentielle, le PER est assez équivalent à l'assurance vie. Mais cette dernière est bien plus souple, permettant à votre enfant de retirer aisément son épargne à sa majorité, alors que seul l’achat d’un bien immobilier lui permettra de débloquer son PER avant la retraite.