Après des années de hausses constantes, les augmentations salariales ralentissent en 2020 selon une étude. Et les perspectives pour les cadres et les employés ne sont guère meilleures pour 2021.

Un coup d’arrêt ? En tout cas, un ralentissement est à prévoir dans l’évolution des augmentations, selon l’étude annuelle (1) sur les rémunérations de Deloitte. Ce coup de froid est bien plus marqué que celui anticipé par une récente enquête du cabinet de conseil Willis Towers Watson

Selon Deloitte, les augmentations des cadres devraient plafonner à 2,3%, en recul de 0,5% sur un an, pour cette année 2020. De même la part variable des rémunérations est en baisse alors qu’elle représente en moyenne entre un et trois mois de salaire. Ainsi, les montants de bonus versés sont en repli en nombre de bénéficiaires et en montant, avec un recul du montant moyen versé de 6,2%.

La prime Macron s'essouffle

Les ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise (OETAM) aussi font face à un ralentissement avec une hausse de salaire de l’ordre de 2% cette année contre 2,4% en 2019. Et ce n'est pas tout. La prime Macron, cette prime exonérée de cotisations sociales et de prélèvements fiscaux et mise en place fin 2019 pour répondre à la crise des Gilets jaunes, a été beaucoup moins utilisée par les employeurs.

Seules 25% des entreprises participantes à cette étude (contre près de 60% l’an passé) l'ont versée au profit de 23% des OETAM et seulement 6% des cadres. Le tout avec une baisse de 30% du montant médian qui a atteint 327 euros cette année. « Ce dispositif a été utilisé cette année principalement par les entreprises ayant continué à mobiliser leur capital humain – notamment les OETAM - lors du confinement en tenant compte de la présence sur site pour la distribution », souligne l'étude.

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Du côté de l'épargne salariale aussi, 2020 est une année de rupture. Deloitte constate « une stabilité des montants ainsi que du nombre de bénéficiaires ».

« Ralentissement des augmentations et rémunération variable en baisse : l’année 2020 est une année inédite marquée par la prudence des politiques salariales », souligne Franck Chéron, associé chez Deloitte.

Et le plus dur est à venir puisqu'« une perte potentielle de pouvoir d’achat très marquée sur 2021 » se dessine avec, à ce stade, des prévisions d’augmentation de + 1,5% pour les OETAM et +1,7% pour les cadres. Il faudrait attendre 2023 pour une reprise des tendances historiques d’augmentation.

Les Franciliens et les hommes mieux lotis

Les auteurs de l’étude soulignent aussi un écart de rémunération de 6 à 7% entre l’Ile-de-France et le reste du pays. Autre enseignement : si l'entreprise réalise un chiffre d’affaires de plus de 1 milliard d’euros, la rémunération de ses cadres est en moyenne de 10% supérieure aux entreprises qui présentent des résultats plus modestes. Enfin, contrairement à la dynamique des dernières années, Deloitte note une stagnation des écarts salariaux entre les femmes et les hommes à plus de 3% en moyenne (entre 2,6% et 7,6% selon le niveau de responsabilité). « Face aux priorités de maintien de l’emploi et du pouvoir d’achat, les écarts salariaux et le plafond de verre demeurent », analyse Deloitte.

(1) L’étude de rémunération 2020 repose sur un panel de 300 entreprises et plus d’un million de données individuelles de rémunération au sein des principaux secteurs d’activité (Distribution, Grande consommation, Banques, Assurances, Industrie de la santé, Industrie de transformation, Energie et Utilities, Télécom et Médias,…)