« Un foyer qui travaille doit gagner plus qu'un foyer qui ne vit que d'aides sociales. » Cette affirmation, récemment reprise dans le débat autour de la future Allocation de solidarité unifiée (ASU), repose sur l'idée que certains bénéficiaires de prestations sociales pourraient perdre une grande partie de leurs aides en reprenant un emploi.
Dans un document de travail publié par l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les économistes Antoine Bozio, Clément Carbonnier et leurs coauteurs arrivent à une conclusion différente : dans tous les cas étudiés, reprendre un emploi reste financièrement avantageux.
Une vingtaine de simulations réalisées, un seul et même résultat
Pour parvenir à ce constat, les chercheurs ont simulé une vingtaine de situations familiales différentes : personnes seules, couples, avec ou sans enfants, et avec différents niveaux de revenus du conjoint. Ils ont ensuite comparé le revenu disponible du ménage avant et après une reprise d'emploi à temps plein rémunérée au Smic.
Salaire minimum : 1 477,93 euros, le nouveau montant du Smic net mensuel à partir de juin
Résultat : même si certaines aides diminuent ou disparaissent avec le retour à l'emploi, le gain de salaire compense largement ces pertes. Selon les configurations, le revenu disponible progresse de plusieurs centaines d'euros par mois.
Attention cependant, comme le rappelle le texte : « Cette approche ne tient compte ni du fait que travailler peut avoir un coût, en particulier dans les ménages avec enfants, ou en raison du trajet domicile-travail ; ni des aides locales sous conditions de ressources (tarification de la cantine scolaire par exemple). Symétriquement, l'approche ne tient pas compte non plus des avantages économiques liés à l'emploi, qu'ils soient immédiats (tickets restaurant, prise en charge des cartes de transport, de la mutuelle) ou différés, en termes de droits ouverts de chômage ou de retraite. »
Les auteurs soulignent avoir retenu des hypothèses plutôt prudentes. Leurs calculs supposent notamment que les ménages perçoivent l'ensemble des prestations auxquelles ils ont droit, ce qui tend à maximiser les aides perdues lors de la reprise d'emploi.
Par ailleurs, les simulations reposent sur un emploi payé au Smic. Or, rappellent-ils, plus de 95% des salariés du privé perçoivent un salaire horaire supérieur à 1,05 Smic. Sans compter les évolutions salariales qui interviennent généralement au fil de la carrière.
L'OFCE estime ainsi que le débat public se focalise sur un problème largement surestimé. Selon les chercheurs, si le retour à l'emploi ne permet pas toujours de sortir de la pauvreté, ce n'est pas parce que les prestations sociales seraient trop généreuses, mais parce que les revenus des ménages concernés restent faibles.
« L'emploi paie plus que l'assistance », concluent les auteurs. Une réalité qui, selon eux, devrait conduire les pouvoirs publics à concentrer leurs efforts sur la lutte contre la pauvreté et l'amélioration des revenus du travail plutôt que sur la remise en cause des mécanismes de solidarité existants.









