Un an après son lancement, le Plan d’épargne retraite individuel semble trouver son public. Attention toutefois : attractif sur le papier, le PER est aussi un produit complexe et qui engage. Voici trois pièges potentiels à bien avoir en tête avant de signer.

1 - Attention aux frais !

De 0% à 5% sur les versements ; de 0,50% à 2% en frais de gestion sur les fonds euros ; de 0,30% à 1,50% sur les unités de compte… Un récent point de marché effectué par Le Monde le montre : les frais facturés sur les PER individuels varient beaucoup d’un produit à l’autre, et peuvent parfois atteindre des sommets. Cela tient à sa nature, explique Gilles Belloir, le directeur général du courtier d’épargne en ligne Placement-direct.fr : « L’épargne retraite est souvent vendue comme un produit défiscalisant, un peu comme le Pinel. Certains gestionnaires mettent en avant l’économie d’impôts, estiment que l’épargnant est anesthésié et se permettent de charger les frais. »

C’est donc le premier point de vigilance avant d’ouvrir un Plan d’épargne retraite : tenter d’apprécier si son niveau de frais est cohérent et justifié par rapport au produit proposé. Ce qui, malheureusement, n’a rien de simple. Au-delà des frais de versements et de gestion, certains supports prévoient également des commissions de performance ou d’arbitrage. « Il y a une forme d’opacité sur le sujet, qui n’est d’ailleurs pas spécifique au PER », déplore Bertrand Tourmente, gérant du cabinet de conseil en gestion de patrimoine Althos Patrimoine, qui recommande de « se faire accompagner par un professionnel » si on veut se faire une idée précise de l’impact qu’auront les frais sur le rendement.

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Quel serait, malgré tout, un niveau acceptable de frais pour un PER lambda ? « 3% au total, avec 1% au maximum sur les versements, cela me semble une limite haute », estime Bertrand Tourmente, qui applique ce niveau de frais aux clients d'Althos Patrimoine pour un accompagnement de qualité en matière de conseil. Pour trouver plus bas, il faut regarder du côté de certains produits distribués par les courtiers spécialisés dans l’épargne en ligne. Du côté des banques et des mutuelles en revanche, les frais de versement, à eux seuls, dépassent généralement les 2%.

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2 - Fiscalité : déduire ou non les versements ?

C’est une nouveauté du PER individuel par rapport à ses prédécesseurs, les Perp et Madelin : la déductibilité fiscale, c’est-à-dire la possibilité de déduire les sommes versées du revenu imposable, n’est plus une règle, mais une option, même si elle est activée par défaut.

Vous pouvez ainsi choisir de renoncer à cette « carotte fiscale » et de bénéficier à la place d’une fiscalité adoucie à la sortie. Attention ! Ce choix doit être indiqué au gestionnaire du PER à l’ouverture du contrat. Il s’appliquera alors automatiquement à tous les versements. Jusqu’à un éventuel contre-ordre, possible, mais qui ne concernera que les versements effectués ensuite.

Cela change pas mal de choses. Sur le papier, la possibilité de renoncer à la déductibilité sort en effet le PER du registre unique de produit de défiscalisation. Cela permet d’élargir la cible, en ouvrant le produit à des épargnants peu imposés, lesquels peuvent se constituer une rente viagère faiblement fiscalisée à la sortie, au moment du départ à la retraite.

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Dans les faits toutefois, renoncer à la déductibilité a-t-il vraiment un sens ? Bertrand Tourmente, d’Althos Patrimoine, en doute : « Le seul intérêt du PER, c’est cette carotte fiscale. Si vous cherchez surtout à préparer votre retraite avec une sortie en rente, il y a de meilleurs produits en termes de fiscalité : le PEA, par exemple, ou l’assurance vie. » Avantage de ces produits sur le PER, notamment : la possibilité de récupérer sa mise avant le départ à la retraite.

3 - Votre argent bloqué jusqu’à la retraite

C’était déjà une caractéristique du Perp et du Madelin, elle n’a pas été remise en cause par le PER : une fois l’argent placé, il n’est pas possible de le récupérer avant le départ de retraite, sauf dans quelques cas précis : le décès du conjoint, une invalidité, un surendettement, une expiration des droits au chômage, une cessation d’activité suite à une liquidation judiciaire… Le PER en ajoute un : l’acquisition de la résidence principale.

Résultat : « Le produit continue à s’adresser surtout aux personnes qui peuvent se permettre de bloquer leur épargne pendant 15 ans ou plus », estime Gilles Belloir, le directeur général de Placement-direct.fr. « Pour les autres, il vaut mieux privilégier des supports plus liquides, comme l’assurance vie. »

C’est cette « illiquidité » qui cantonne le PER dans un rôle de produit de complément, de diversification, dans l’optique de préparer sa retraite, estime de son côté Bertrand Tourmente, d’Althos Patrimoine : « Il faut commencer par acheter sa résidence principale. Avoir un toit au-dessus de la tête, c’est la meilleure façon de préparer sa retraite. Ensuite, pour canaliser son épargne, il y a mieux que le PER : l’assurance vie ou le PEA notamment. On peut aussi acheter de l’immobilier à crédit, en utilisant l’effet de levier des taux bas. Finalement, et seulement si on a encore de l’argent à investir, on peut se tourner vers le PER. »