Moins de cotisants, et plus de bénéficiaires qui vivent plus longtemps, léquation est impossible à résoudre. Quant aux augmentations des cotisations, elles ne suffisent plus. Enfin, sagissant du recul de lâge de départ à la retraite à taux plein, il ne résout pas grand-chose, tout simplement parce que les possibilités demploi pour les séniors se raréfient et parce quil y a plus prosaïquement une fatigue et une lassitude légitimes qui affectent ces derniers.
On le comprend : collectivement, il ny a pas de solutions. Il faut donc que tout un chacun ait conscience quil devra se constituer par lui-même une partie de sa retraite. Cette dernière sera composé, dune part, de la base quil obtiendra des régimes obligatoires liés à son activité professionnelle et, dautre part, de ce quil aura prévu personnellement pour compléter cette base.
Dans ces initiatives personnelles, lacquisition de son logement pendant la phase dactivité professionnelle nous semble être une priorité absolue ; en effet, ne plus avoir de loyers à payer quand sonne lheure de la retraite change tout. Préalablement à la première acquisition dun logement, il y aura sans doute une phase de constitution dépargne, qui représentera lapport.
Une fois ce point réglé, plus ou moins rapidement selon les revenus professionnels de chacun, la seconde étape est dépargner à titre individuel. A cet égard, depuis des décennies, lEtat encourage lépargne retraite individuelle, avec des incitations fiscales plus ou moins généreuses.
Du PER des années 80 au PERP de 2003
Remontons simplement aux années quatre-vingt, avec le PER (Plan dépargne petraite), qui permettait une réduction dimpôts au titre des primes versées. Puis lEtat a modernisé le dispositif en créant le PEP (Plan dépargne populaire) en 1990, qui permettait une sortie en rente défiscalisée. Cerise sur le gâteau, il a été permis aux détenteurs de contrats PER de les transformer en PEP, ce qui a permis à leur détenteur de cumuler un avantage fiscal à lentrée, du temps de leur PER et à la sortie, avec leur PEP !
En septembre 2003, lEtat a supprimé la possibilité douvrir des PEP et a lancé un nouveau contrat, le PERP (Plan épargne retraite populaire). Présenté comme le successeur du PEP, ce nouveau contrat a eu du mal à sinstaller dans le paysage retraite des épargnants pour une raison simple : la sortie en rente est obligatoire pour 80% de la valeur du contrat au jour de la liquidation des droits à la retraite. Pour les salariés, en dehors de régimes retraite mis en uvre par leur entreprise (article 83, PEE, Perco, etc.), le PERP est LE contrat phare retraite.
Son avantage fiscal est significatif puisque les montants investis viennent diminuer la base soumise à limpôt sur le revenu. Son efficacité maximale est permise aux contribuables qui sont dans les tranches dimposition les plus élevées.
Curieusement, les services de Bercy assurent une « promotion » forte de ce mécanisme puisque, dans les avis dimposition figurent les montants maximum qui peuvent être déduits. Plus favorable encore, il est même possible de verser des cotisations au titre des trois années antérieures.
L'impôt à la source vient perturber la dynamique du PERP
Au moment où les épargnants commencent à se familiariser avec le PERP, la mise en uvre de la retenue à la source vient perturber les choses. En effet, hors revenus exceptionnels, les cotisations qui seraient versées en 2018 sur ce contrat ne pourraient permettre dobtenir une réduction dimpôts puisque les revenus 2018 ne génèrent pas dimposition.
Cest un coup darrêt dautant plus préjudiciable que la loi de finances rectificatives pour 2017 a créé un régime transitoire qui dispose que le montant admis en déduction pour la détermination du revenu net imposable 2019 sera égal à la moyenne des versements effectués en 2018 et en 2019. Autrement dit, pour pouvoir déduire 100 en 2019, il faut avoir versé 200. Cest décourageant et il est à craindre que les épargnants (qui auront compris cela) ne versent ni en 2018 ni en 2019 ! Cest donc une dynamique et une habitude de versement qui sinterrompent brutalement ; et peut-être même une perte de confiance qui simmisce devant cette instabilité.
Il aurait été plus sage, et logique de rendre déductibles de la base imposable, au titre des revenus 2019, les cotisations versées à la fois en 2018 et 2019.
Notons également une distorsion de traitement entre les contribuables qui ont déjà un PERP et ceux qui en ouvriront un en 2019. Ces derniers en effet pourront déduire lintégralité de leur versement ; 100 versés seront 100 déduits.
Sagissant de la situation des TNS (travailleurs non-salariés), des artisans commerçants et des professions libérales, un dispositif spécifique existe, dit Madelin, du nom du ministre qui les a mis en place. Pour eux, il ny a pas dhésitations à avoir : non seulement, il ne faut pas interrompre les cotisations au titre du minimum prévu, sous peine de requalification fiscale du contrat, mais notre conseil est de verser à lidentique quen 2017, voire plus si les revenus en 2018 sannoncent supérieurs à ceux de 2017.
Pour conclure, la retraite est un sujet grave puisquil sagit ni plus ni moins que dorganiser sa structure de revenus futurs à la cessation de lactivité professionnelle. Tout indique quil faudra autant de moyens à ce moment quà la veille de la retraite : parce que lon voudra légitimement « en profiter un peu », parce quil faudra aider des enfants et surtout, parce que lallongement de la vie nécessitera à un moment ou un autre un effort financier très élevé pour financer sa dépendance (maison de retraite, centre daccueil de personnes atteintes de maladies dégénératives, etc.).
Tout signal fiscal de lEtat pour encourager des anticipations dépargne est bon. Toute perturbation des réflexes vertueux qui sinstallent est contre-productive.
Voici quelques chiffres sur les contrats nativement conçus avec un mécanisme de rente à la sortie, en option ou obligatoire partiellement ou totalement :
| Nom des contrats | Nombre de contrats | Montants investis en 2017 | En-cours des capitaux |
|---|---|---|---|
| Madelin Retraite | 1,25 million | 2,7 milliards | 35,9 milliards |
| PERP | 2,54 millions | 2,39 milliards | 18,4 milliards |
| PEP assurance * | 1,29 millions | nc | 47,7 milliards |
| * Il existe aussi des PEP bancaires, transférables dailleurs en PEP assurance, ce qui présente lintérêt majeur de pouvoir bénéficier de tous les avantages fiscaux de lassurance vie, notamment en termes de droits de succession ; et cela sans perte de lantériorité fiscale ! | |||
| Source : Fédération Française de lAssurance « données clés 2017 » en assurances de personnes | |||
François LENEVEU est le président du directoire et le cofondateur d'Altaprofits, une entreprise spécialisée dans la distribution en ligne de produits d'épargne. Altaprofits se présente à la fois comme un courtier en ligne et une fintech proposant une offre dépargne complète et adaptée à tous.



















