Philippe Crevel, les statistiques récentes témoignent d'une évolution positive des contrats Madelin. Pourtant, votre étude pointe un encours moyen de seulement 22.500 euros. Comment l'expliquez-vous ?
« Dune part à cause de la jeunesse du produit. Il a certes été créé il y a désormais plus de 20 ans mais il a mal été présenté au départ. Si lon met de côté cette phase damorçage un peu longue, on peut estimer que cest un support relativement jeune pour un produit dépargne retraite. Car, aujourdhui, les contrats Madelin sont quasiment tous encore en phase de constitution [phase lors de laquelle lépargne est collectée, à différencier de la phase de liquidation, à lâge de la retraite, NDLR]. Deuxième raison : la conjoncture. Les travailleurs non-salariés (TNS) ne roulent pas sur lor actuellement, ce qui explique un certain plafonnement de lencours moyen. Dautre part, les TNS abordent la retraite avec difficulté. Certains indépendants se disent que leur retraite sera assurée par la revente de leur fonds de commerce, de leur cabinet, etc., comme cétait le cas à une époque. Mais, désormais, compte tenu des difficultés de revente, il y a moins de garanties à ce niveau. »
Pourquoi pensez-vous que les contrats Madelin ont plus de potentiel que leurs résultats actuels ?
« Si lencours moyen est assez faible, le taux déquipement dépasse tout de même les 58% chez les travailleurs non-salariés. Les contrats sont faiblement provisionnés mais les TNS sont donc conscients quils doivent envisager un revenu complémentaire pour leur retraite. Je pense que le potentiel des contrats Madelin peut être développé en particulier en rendant les versements déductibles des charges sociales (1), selon une logique dégalité de traitement entre indépendants et salariés [la part des contributions alimentant les garanties collectives de retraite et de prévoyance acquittée par lemployeur nentre pas dans lassiette des cotisations de Sécurité sociale, NDLR]. Sans oublier que le nombre de TNS augmente actuellement en France. »
Vous proposez aussi une sortie en capital à hauteur de 20%, comme pour le Perp. Un contrat que les indépendants peuvent aussi souscrire
« Les contrats Madelin sont souvent mis en parallèle avec le Perp (Plan dépargne retraite populaire), le Préfon ou le Corem. Cest une mauvaise appréciation. Avec le Madelin, nous sommes sur du contrat de groupe et dans le cadre du régime professionnel. Nous avons plutôt cherché à viser légalité vis-à-vis des contrats ''article 83'' [contrat dassurance-vie collectif souscrit par lemployeur pour le compte de ses salariés, NDLR]. Pour lalignement sur la sortie en capital à hauteur de 20%, il y a eu débat au sein du Cercle de lépargne. Nous avons finalement fait cette proposition dans lidée denvoyer un message aux travailleurs indépendants : ce nest pas la peine douvrir un Perp en plus dun contrat Madelin. »
Vos propositions seront-elles portées auprès des parlementaires ?
« Oui, je confirme. Les propositions leur ont été envoyées la semaine dernière. Nous allons désormais prendre notre bâton de pèlerin. Pour une intégration à la loi Macron, cest probablement trop tard mais peut-être dans le cadre dune loi de finances rectificative. Le sujet des travailleurs non-salariés est un sujet sensible, surtout au niveau de la retraite, donc jai bon espoir que nous soyons entendus sur ce sujet. »
En cette saison dannonces de rendements de lassurance-vie, certains assureurs communiquent aussi les taux 2014 des fonds en euros de leurs Perp et contrats Madelin. Pourquoi les rendements sont-ils souvent meilleurs avec le Madelin ?
« Cest un marché concurrentiel. Vis-à-vis du Perp, la différence vient du fait que le fonds en euros du Perp est souvent cantonné [les gains de ces fonds ne peuvent être reversés quaux détenteurs du contrat, NDLR], ce qui nest pas le cas pour le Madelin. Les rendements des fonds en euros des contrats Madelin sont poussés par les assureurs dans le but dattirer le chaland. Leurs taux se retrouvent ainsi souvent au niveau de lassurance-vie en euros. »
(1) La première des sept propositions du Cercle de lépargne est de « permettre la déductibilité sociale » retenant un niveau de déductibilité « cohérent avec celui des salariés ». Le Cercle lexplique ainsi dans son rapport : « Compte tenu de la nature des contrats Madelin, il serait logique que la contribution versée dans le cadre de ces contrats soit déductible de lassiette du RSI et pour les professions libérales de celle de la CNAVPL. » A noter : les cotisations versées sont actuellement déductibles mais du point de vue de limpôt sur le revenu et cette déduction est plafonnée.















