Le sociologue Robert Castel prône "une véritable réforme" des retraites, non pour revenir à "un âge homogène de départ" mais pour instaurer des "âges légaux différents" en fonction des "contraintes" et des "gratifications" des emplois, dans une tribune au Monde de dimanche-lundi.

Aux « différences coûts-bénéfices dans l'exercice du travail peuvent correspondre des âges légaux différents » pour la retraite, juge-t-il.

Et d'ajouter, de façon « un peu provocatrice », que « l'âge légal le plus équitable pour un tel départ pourrait s'échelonner entre 50 et 70 ans, en tout cas varier de façon très significative en fonction des contraintes et des gratifications attachées à l'emploi et qui dépendent du contenu du travail ».

Un âge de départ entre 50 et 70 ans

Plaidant « pour une véritable réforme qui ne consisterait pas en un retour à un âge homogène de départ à la retraite », M. Castel juge « nécessaire aujourd'hui de repenser complètement cet âge légal de départ » pour « donner tout son poids à l'extraordinaire diversification-complexification du travail et du salariat qui s'est produite depuis l'instauration du droit à la retraite ».

« Depuis une soixantaine d'années (...) le salariat a littéralement explosé », fait valoir ce sociologue du travail.

S'il souligne qu'« il demeure des métiers aussi pénibles, voire plus pénibles ou différemment pénibles que ceux de la première moitié du XXe siècle » et que « le nombre croissant de suicides de salariés nous rappelle que le travail peut toujours user et même tuer avant l'âge », M. Castel affirme aussi qu'« une part importante des emplois procure des contreparties positives au fait de travailler et ne rendent pas impatient de quitter le monde du travail ».

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Une voie pour résoudre les impasses du financement

Le sociologue énonce donc sa « voie pour surmonter les impasses actuelles du financement des régimes de retraite: travailleraient plus longtemps et cotiseraient davantage ceux et celles qui ont bénéficié le plus du travail ».

A ses yeux, « l'âge n'est pas la variable fondamentale pour définir la durée du travail » car « l'homogénéisation par l'âge fonctionne plutôt comme un paravent qui dissimule une foule de disparités et d'injustices ».

Il appelle aussi à « redéfinir et élargir la gamme des activités actuellement étiquetées de carrières longues, que l'on qualifierait plus justement de trajectoires professionnelles à risques et qui ne relèvent pas seulement de la pénibilité physique et ne concernent pas seulement les travaux sous-qualifiés ».