Le modèle des Trente glorieuses (1945-1975), avec « une durée du travail qui avait tendance à se réduire, un pouvoir d'achat par le travail qui augmentait et des conditions d'ascension sociale favorables », « est aujourd'hui clairement à bout », a estimé Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie. C'est pourquoi il faut « réinventer un modèle de prospérité par le travail » en proposant un « nouveau pacte social », a-t-il défendu.
Un « droit à la reconversion universel »
Le rapport, qui fait partie d'un ensemble de travaux prospectifs sur les orientations stratégiques pour la France d'ici 2035 et 2050, formule trois propositions. Premièrement « investir massivement dans les compétences à travers la formation initiale et la poursuite du développement de l'apprentissage », avec l'objectif « à l'horizon 2035 de porter le nombre d'apprentis au même niveau que celui de l'Allemagne, soit 1,5 million de jeunes ». A l'horizon 2050, le rapport propose « la création d'un droit à la reconversion universel »: « chaque salarié disposerait, au moins une fois dans sa vie, d'un droit de tirage de six mois à un an pour se reconvertir professionnellement ».
Deuxièmement, « allonger la durée d'activité tout au long de la vie, tout en donnant à chacun la possibilité d'adapter son temps de travail aux différentes étapes de sa vie, via la création d'un compte épargne temps universel (CETU) et l'instauration d'un droit à temps partiel en dernière partie de carrière ». Le CETU a fait l'objet d'un accord en 2024 entre la CFDT, la CFTC et l'organisation patronale U2P (commerçants, artisans et professions libérales), mais n'a pas été à ce jour inscrit dans la loi.
« Si vous avez commencé à commencer à travailler autour de 23-24 ans, c'est plutôt 70 ans qu'il faut viser comme départ à la retraite »
Pour pouvoir continuer à financer la protection sociale malgré le vieillissement de la population et le tassement des gains de productivité, il faut soit mettre en place « une forme de retraite à points qui permette de moduler l'activité au cours de la vie », soit « augmenter la durée de cotisation » en travaillant « 3 ou 4 ans de plus », a expliqué Antoine Foucher, ancien directeur de cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud, qui a présenté le rapport. « Ce qui veut dire que si vous avez commencé à travailler à 18 ans, non pas partir à 61, mais à 64 ans », a-t-il expliqué. « Si vous avez commencé à commencer à travailler autour de 23-24 ans, c'est plutôt 70 ans qu'il faut viser comme départ à la retraite », a-t-il ajouté.
« Réduire l'écart entre salaire brut et salaire net »
Troisièmement, pour tenir compte des parcours discontinus et de l'augmentation des travailleurs indépendants, le document préconise de « construire une nouvelle protection sociale attachée à la personne » avec un système à trois niveaux, individuel, national et par branche professionnelle. « À court terme, le seul moyen d'améliorer le pouvoir d'achat du travail est toutefois de réduire l'écart entre salaire brut et salaire net, en élargissant la base fiscale pour financer notre modèle social », selon le rapport. Une augmentation du taux d'emploi sera aussi nécessaire, les auteurs du rapport espérant le voir passer à 74% en 2035 puis à 78% en 2050, contre 69% en 2025.
Le document appelle à « la création d'un droit au temps partiel » afin de « limiter les sorties anticipées des seniors du marché du travail », ainsi qu'à une hausse du taux d'activité des femmes et des immigrés, la contribution de ces derniers devenant en 2050, « de plus en plus centrale pour maintenir, voire accroître la population active, notamment qualifiée ».











