Face à la flambée de la hausse des prix, la Banque centrale européenne a sorti l'artillerie lourde ce jeudi avec une hausse conséquente de ses taux. Une décision qui va avoir des conséquences positives et négatives pour votre portefeuille. Explications.

La Banque centrale européenne a décidé de frapper fort. Alors que les prix s'envolent avec un bond de 9,1% en août sur un an dans la zone euro, du jamais vu depuis la création de la monnaie unique, elle a annoncé ce jeudi une forte augmentation, de trois quart de point, de ses taux de référence. Allant actuellement de 0% à 0,75%, les taux directeurs vont donc désormais se situer entre 0,75% et 1,50%. Une décision qui intervient deux mois après un premier relèvement d'un demi-point en plus de dix ans. La généreuse politique monétaire qui avait permis de stimuler l'économie est donc bel et bien terminée pour contenir une inflation très largement au-dessus du taux de 2% visé à terme par la BCE. Cette deuxième hausse des taux en peu de temps va avoir de nombreuses conséquences, positives et négatives, pour le budget des ménages.

Une aubaine pour votre épargne

Côté pile, cette décision de la BCE va améliorer le rendement de plusieurs produits d'épargne. A commencer par les fonds euros de l'assurance vie qui sont notamment constitués d'emprunts émis par les Etats. Alors que les fonds euros aujourd'hui peinent à offrir une rémunération de 2% comme le Livret A, cette hausse de rémunération sera cependant lente à se matérialiser. En effet, le stock d'obligations souveraines des assureurs est renouvelé de manière progressive. « Les fonds euros de sont des tankers et il y a donc une forte inertie », explique l'économiste Philippe Crevel.

Autres produits de taux qui vont profiter de l'augmentation des taux de la BCE : les livrets d'épargne. A commencer par le Livret A et son cousin le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS). Ils devraient voir leur rémunération progresser une nouvelle fois à partir du 1er février, lors de sa prochaine révision par la Banque de France. Le taux du Livret A est en effet calculé tous les 6 mois à partir de la moyenne arithmétique entre l'inflation hors tabac au cours du semestre précédant, et l'€STR, un taux de référence des prêts au jour le jour entre les établissements financiers.

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Or, comme la BCE booste ses taux, les banques vont répercuter cette révision sur les leurs, entraînant mécaniquement un bond de l'€STR. Ainsi, le Livret A et le LDDS qui ont vu leur taux passer à 1% au 1er février et à 2% au 1 août, ont toutes les chances de devenir encore plus avantageux en 2023 et passer à 3% dès le 1er février prochain.

De leur côté, les livrets bancaires fiscalisés devraient aussi profiter de cette décision de la BCE. D'après les dernières données disponibles de la Banque de France, au 1er juillet, leur rendement moyen est de seulement 0,09% brut et seulement 0,063% net, déduction faite du prélèvement forfaitaire unique de 30% qui s'applique aux intérêts. Mais selon le dernier relevé de MoneyVox, réalisé début septembre, les livrets bancaires ont vu depuis leur rémunération passer en moyenne à 0,12%. Les banques qui fixent comme elles l'entendent le taux de leur livret maison ont donc commencé à répercuter la hausse des taux de la BCE enclenchée en juillet. Et elle devrait donc se poursuivre même si le rendement des livrets bancaires reste anecdotique comparé à celui du Livret A par exemple.

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Une incidence sur le futur taux du PEL

Les banques n'ont en effet pas beaucoup d'intérêt à pousser leur rémunération puisque les particuliers laissent toujours plus de 500 milliards d'euros sur les comptes courants. De l'argent qu'elles peuvent en partie utiliser pour leur activité de prêts. Selon l'Insee, seuls 6,8% des ménages détiennent un livret bancaire, un produit souvent utilisé une fois que leur Livret A et leur LDDS est au plafond. A noter que quelques établissements spécialisés proposent des rémunérations boostés sur leurs livrets bancaires avec des offres promo jusqu'à 3%.

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Par ailleurs, la hausse des taux de la BCE va également avoir une incidence sur la rémunération des futurs Plan d'épargne logement qui sera révisé en décembre, explique Philippe Crevel. En effet, la formule de calcul est fonction des taux des marchés monétaires et obligataires qui vont de facto augmenter. Le taux des nouveaux PEL, fixé aujourd'hui à 1% depuis le 1er août 2016, devrait donc quasi doubler.

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La douche froide pour le crédit immobilier

Concernant les crédits, la décision de la BCE devrait avoir un impact pour les emprunteurs bien que les banques l'ont en partie anticipée. Elle « va venir confirmer l'augmentation des taux de crédit immobilier constatée ces derniers mois. Alors que certaines banques, en septembre, affichent des taux à 2,45% sur 20 ans, tout proche du seuil de l'usure [le taux maximal auquel une banque peut prêter, NDLR] fixé à 2,57% jusqu'au 1er octobre, leur marge de manœuvre pour relever encore les taux est limitée. Enfin pour celles qui accordent encore des crédits. Plusieurs établissements ne prêtent plus aujourd'hui car ce n'est plus rentable », explique Maël Bernier, la porte-parole de Meilleurtaux.

Dans le contexte actuel, avec un OAT 10 ans, indicateur des taux d'emprunt de l'Etat français qui influence fortement l'évolution du marché du crédit, aujourd'hui à 2,1%, les taux des prêts immobiliers devraient navigueur autour de 3% d'après Maël Bernier : « mais c'est impossible avec le taux d'usure. Résultat, de nombreux dossiers de vente sont actuellement gelés en attendant une éventuelle modification du mode de calcul du taux d'usure au 1er octobre qui permettrait de faire passer plus de dossiers ».

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