Quand saura-t-on quelles propositions sont retenues par le gouvernement ?
« Nous pensions avoir plus de temps pour élaborer nos propositions au sein du Copiesas. Notre calendrier a été bousculé par celui de la loi Macron. Nous avons demandé à ce que la partie relative à lépargne salariale ne soit pas intégrée dès la première version du projet de loi, afin de pouvoir prendre en compte les discussions en cours avec les partenaires sociaux. Mercredi 10 décembre, au moment de la présentation de la loi Macron, le ministre de lEconomie va tout de même expliquer lesprit de la réforme de lépargne salariale. Et quatre articles du projet de loi portent sur lépargne salariale. Le reste fait donc lobjet de discussion. Certaines de nos propositions ont déjà reçu laccord du gouvernement, dautres le gênent, certaines réclament une expertise. Les propositions retenues seront intégrées sous forme damendement au moment de la discussion au Parlement [début 2015, NDLR]. »
Le comité que vous avez animé mêlait syndicats salariés et patronaux, gestionnaires de fonds et parlementaires. Êtes-vous parvenu à un consensus ?
« Il y a eu un relatif consensus. Pas sur toutes les propositions. Les partenaires sociaux ont notamment tenu à exprimer certaines réserves en annexe du rapport. Cependant, par nature, avec lépargne salariale, nous sommes sur des sujets qui ne sont pas tranchés. Exemple, au niveau des gouvernements successifs, il y a toujours une forme dhésitation sur l'objectif de lépargne salariale : préparer la retraite ou aider au pouvoir dachat. Cependant, sur certains objectifs, il y a clairement un consensus : la simplification des dispositifs [intéressement, participation, Plan épargne entreprise (PEE), Perco, etc., NDLR], son développement dans les TPE et PME, le financement de léconomie réelle, etc. »
Quelle mesure préconisée par le comité va le plus fortement impacter les salariés ?
« Nos trois premières propositions visent à favoriser laccès à lépargne salariale dans les TPE-PME. A ce jour, 20% des employés des entreprises de 10 à 49 salariés ont accès à une formule dépargne salariale, 12% dans celles de moins de 10 salariés, contre 83% dans les autres. Rendre lépargne salariale accessible aux salariés des TPE et PME, cela me semble impacter un grand nombre de particuliers. »
Ces trois propositions répondent à une logique dincitation
« Cest exactement cela. Nous avions deux possibilités : imposer un dispositif dépargne salariale, obligatoire, dans toutes les entreprises bénéficiaires. Ou favoriser laccès dans les TPE et PME avec des mesures dincitation. Nous avons choisi la deuxième option, avec un avantage fiscal pour les TPE et PME [exonérer ces entreprises de forfait social lorsquelles optent pour la première fois pour un dispositif dépargne salariale, NDLR], avec un effet de lissage lorsque lon passe le seuil de 50 salariés [possibilité de prolonger un accord dintéressement plutôt que dobliger lentreprise à mettre en place de la participation, NDLR], avec le Livret E »
Le Livret E, réservé aux entreprises de moins de 11 salariés, a déjà été critiqué par plusieurs acteurs du marché : syndicats, sociétés de gestion, experts-comptables, etc.
« Jécoute ! Au sein du Copiesas, les différents acteurs assis autour de la table navaient pas un avis aussi tranché Concrètement, le Livret E (2) est une proposition portée par le Fondact [association siégeant au Copiesas et qui se définit comme « militant pour le développement de la participation des salariés à la vie de lentreprise sous toutes ses formes », NDLR]. Je ne sais pas si cela va fonctionner. Sur le fond, les critiques sont légitimes : ils ont raison de sinterroger sur la sécurité de lépargne placée sur le Livret E. Cet argent, il est au salarié ! Il faut donc veiller à ce quil soit garanti. Nous devons donc prendre en compte ces remarques. »
Tous les acteurs du marché saccordent sur la nécessité de simplifier lépargne salariale. Mais votre rapport et donc a priori la réforme à venir nincluent pas dharmonisation générale.
« Sur la simplification, nos propositions sont modestes (3). Nous nous sommes rendu compte que lon ne peut pas tout bouleverser. Mais je pense quil est tout de même possible de changer la donne. Nos propositions doivent permettre de développer lépargne salariale, dans un maximum dentreprises. Déjà, de cette manière, on replace lépargne salariale au cur de lentreprise. A partir du moment où le chef dentreprise en parle avec ses salariés, il y a une forme de simplification. De cette manière, ils pourront se lapproprier. »
(1) Conseil d'orientation de la participation, de l'intéressement, de l'épargne salariale et de l'actionnariat salarié. Le président du Copiesas est le Premier ministre Manuel Valls. Il est animé par son vice-président Christophe Castaner.
(2) Livret dont la rémunération serait supérieure au Livret A mais sur lequel les sommes versées seraient indisponibles pendant 5 ans minimum. Pour la TPE, ce Livret E aurait lavantage déviter une sortie de « cash » puisque largent placé resterait en trésorerie.
(3) Parmi les propositions du Copiesas figure lharmonisation de certaines règles de la participation et de lintéressement, tout en laissant les deux dispositifs coexister ; la mise en place dune offre de conseil indépendant aux épargnants salariés, assurée par un professionnel habilité ; la création dun site web grand public dédié à lépargne salariale ; le fait que lintéressement sera versé par défaut sur un PEE faute dindication contraire du salarié, etc.












