De juillet à décembre 2013, les salariés pouvaient, exceptionnellement, débloquer jusqu’à 20.000 euros de leur épargne salariale sans pénalité fiscale. La mesure, souhaitée par le gouvernement, devait donner un coup de pouce au pouvoir d’achat des Français. Eric Libault, directeur général de Quilvest Gestion et spécialiste de l’épargne salariale, dresse un bilan sévère de ce déblocage exceptionnel qui est loin d'avoir atteint ses objectifs.

Pendant les six derniers mois de l’année 2013, les Français ont pu débloquer une partie de leur épargne salariale. Le but était de relancer la consommation. L’objectif visé par le gouvernement a-t-il été atteint ?

« Très clairement, l’objectif n’a pas été atteint puisque seulement 2 milliards d’euros ont été débloqués lors de ce déblocage exceptionnel alors que l’épargne salariale présente aujourd’hui un encours d’environ 100 milliards d’euros. Le gouvernement espérait que 10 milliards d’euros allaient sortir grâce à cette mesure ; on est très loin du compte. C’est donc un échec mais un échec attendu. »

Pourquoi cette mesure a-t-elle échoué ?

« Principalement à cause de la conjoncture économique. On l’avait déjà évoqué ensemble, à toute époque et en tout lieu, en période de crise économique, les gens épargnent plutôt qu'ils ne consomment. La pression fiscale actuelle a accentué encore plus ce réflexe. Au-delà de la conjoncture, il y a aussi, à la décharge des pouvoirs publics, qui auraient toutefois pu l’anticiper, un effet mécanique d’épuisement naturel : en quelques années (2004, 2008 et 2013), trois déblocages exceptionnels ont été proposés aux salariés. La première fois, les épargnants ont sorti environ 3 milliards d’euros ; la deuxième fois, 7 milliards d’euros. Mais, à un moment donné, vous pouvez mettre en place tous les déblocages que vous voulez, les particuliers ne souhaitent plus sortir leur épargne. Il faut bien se souvenir, qu’initialement, bloquer de l’argent dans les dispositifs d’épargne salariale est un choix libre du salarié. Le gouvernement peut proposer régulièrement un déblocage exceptionnel mais mécaniquement, d’année en année, de moins en moins d’épargne sortira, surtout qu'en parallèle, les contraintes du dispositif ont été allégées. Les différents déblocages exceptionnels ont été trop rapprochés. »

Le texte manquait-il de lisibilité ?

« La mesure n’était pas précise et était extrêmement mal encadrée. Une condition demandait à l’épargnant qui avait profité du déblocage de conserver les factures de ses achats, sans préciser quels achats étaient concernés par le déblocage. Rien n’était clair, m ême pour nous, professionnels, et la mesure n’était donc pas simple à expliquer aux salariés… Le texte a été rédigé dans la précipitation, il y a eu un phénomène d’improvisation, la mesure a été mal annoncée et est tombée pendant l’été. Tout cela a concouru au flop. »

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Ce déblocage exceptionnel aurait-il pu fonctionner ?

« Il aurait pu rencontrer davantage de succès si nos élus avaient donné un objectif de consommation clair. C’est un peu comme le bio : les produits coûtent plus cher mais les consommateurs vont vers ces produits parce qu’on leur a expliqué qu’il fallait acheter intelligent pour protéger l’environnement, leur santé, etc. Si on avait eu la même vertu lors de ce déblocage exceptionnel en disant on veut relancer tel secteur d’activités, les salariés auraient été stimulés sur les aspects vertueux de la mesure, et la communication aurait été pour le moins plus facile. Là, on n’avait rien, il n’y avait aucun objectif. D’autre part, si l’objectif du gouvernement était de débloquer de l’épargne à tout prix, il aurait pu inclure le PERCO au dispositif. C'est un produit qui sert à préparer la retraite avec un blocage beaucoup plus long, jusqu’à la retraite, avec seulement quatre cas de déblocage anticipé (NDLR : contre neuf pour l’épargne salarialedont un seul véritable, l’achat de la résidence principale, les trois autres étant davantage liés à des accidents de la vie. Cette épargne est beaucoup plus enfermée et si le gouvernement avait autorisé son déblocage, je pense qu’il y aurait eu beaucoup plus d’argent à sortir. Heureusement, il ne l’a pas fait. A mon avis, cela aurait été la plus mauvaise des idées dans la mesure où la problématique de la retraite est une problématique de fond, pour laquelle toutes les protections actuelles de l’épargne sont absolument indispensables. »