Pour relancer la consommation, le gouvernement prévoit d’autoriser un déblocage exceptionnel de l’épargne salariale : jusqu’à 20.000 euros par bénéficiaire pendant six mois. La majorité des salariés est concernée puisque, selon les derniers chiffres officiels, plus de 57% d’entre eux bénéficient d’une mesure d’épargne salariale. Eric Libault, directeur général de Quilvest Gestion et spécialiste de l’épargne salariale, revient sur l’intérêt de cette mesure. Interview.

Le projet de loi sur le déblocage exceptionnel de l’épargne salariale sera examiné à l’Assemblée nationale ce lundi 13 mai. Selon vous, cette mesure est-elle une bonne mesure ?

« Si, par ce biais, l’objectif du gouvernement est de donner du pouvoir d’achat, c’est une erreur. Puiser dans son patrimoine n’a jamais augmenté son pouvoir d’achat ! Ce n’est pas très compliqué comme raisonnement mais ce n’est pas très sain et assez trompeur. »

Ce n’est pourtant pas la première fois que cette méthode est utilisée justement pour augmenter le pouvoir d’achat des Français…

« Et à chaque fois, les résultats ont été peu probants. Lors des déblocages précédents (1), la majorité des sommes retirées ont simplement été déplacées vers d’autres produits d’épargne et n’ont pas été utilisées pour consommer ; d’autant plus lorsque la mesure n’est pas soumise à certaines obligations, telles que l’achat d’une voiture par exemple. Les ciblages sont intéressants et nécessaires : ils rendent ce genre de décisions plus efficaces car l’effort serait concentré plus spécifiquement sur un domaine. A partir du moment où il n’y a pas d’obligations, l’objectif de faire consommer davantage les particuliers est très aléatoire. »

Pourquoi les salariés ne profitent-ils pas de ces déblocages pour consommer ?

« En période de crise, les personnes ne consomment pas, elles conservent leur petit pécule pour les jours encore plus difficiles. C’est un réflexe qui est vieux comme le monde. Donc quand on leur propose de débloquer leur épargne salariale, sans pénalité fiscale, ils le font mais pour la remettre sur des livrets d’épargne qui sont bien rémunérés et sécurisés ou sur des contrats d’assurance-vie. En période de crise, les gens veulent simplement éviter d’être à découvert. »

Potentiellement, ce sont 9 millions de salariés qui sont concernés par cette mesure. Est-ce qu’ils ont intérêt à bénéficier de ce déblocage ?

« Si les salariés souhaitent débloquer leur épargne pour consommer, ils peuvent profiter de cette mesure. En revanche, si c’est pour replacer cet argent ailleurs, je suis réservé. En effet, la rémunération du livret A, par exemple, va encore être abaissée cet été et va atteindre un niveau très bas. Pour tous les autres produits, les rendements proposés ne seront pas meilleurs que ceux de l’épargne salariale et leurs contraintes seront plus importantes. Il ne faut pas oublier que les produits de l’épargne salariale sont les produits les plus souples de l’épargne en France, avec neuf cas possibles de déblocage (2). »

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La mesure annoncée prévoit un déblocage net de fiscalité de 20.000 euros par bénéficiaire. Cette somme vous paraît-elle juste ?

« Je la trouve très élevée et je suis assez étonné de ce choix. Je suis circonspect car l’épargne salariale concerne tous les salariés mais cette somme vise prioritairement ceux qui ont les plus hautes rémunérations. Tout le monde n’a pas 20.000 euros d’épargne salariale sous le coude. Cette décision est contradictoire avec la volonté de départ qui est d’aider les gens dans la difficulté à retrouver un pouvoir d’achat. Or, avec ce montant, le gouvernement fait du pied aux cadres et à ceux qui ont un fort pouvoir d’achat, donc aux personnes qui vont typiquement débloquer leur épargne salariale pour la replacer ailleurs. Si c’était vraiment pour aider les personnes modestes, un plafond inférieur, de peut-être 5.000 euros était suffisant. »

(1) Depuis 2004, trois déblocages exceptionnels de l’épargne salariale ont été mis en place.

(2) Un déblocage anticipé est possible en cas de mariage ou conclusion d’un PACS par le salarié ; naissance ou d’adoption du troisième enfant ; divorce, séparation et dissolution d’un PACS ; décès du salarié ou de son conjoint ; acquisition ou agrandissement de la résidence principale ; surendettement ; création ou reprise d’entreprise ; cessation du contrat de travail ; invalidité.