Les marchés : Une onde de choc mondiale

La tempête technologique secoue la planète entière ! Après une séance noire à Wall Street hier, le CAC 40 recule de 0,81% à 8 139 points ce vendredi (+2,1% sur la semaine tout de même). Hier, le Nasdaq a plongé de 5,5%, sa pire séance depuis avril 2025, et le S&P 500 de 4,4%. Les semi-conducteurs ont subi une véritable déroute, avec un effondrement de 12,2% de leur indice sectoriel. Cette nuit, l'onde de choc a frappé l'Asie : Tokyo et Séoul ont décroché d'environ 6%...

Au cœur de cette correction, la bulle de l'IA bien sûr et les conséquences des élections américaines. Après la large victoire des démocrates, les investisseurs redoutent un durcissement de la réglementation sur l'intelligence artificielle, notamment sur la construction de centres de données. Une menace supplémentaire pour un secteur déjà fragilisé par ses investissements gigantesques et ses valorisations élevées. Le Nasdaq a désormais perdu plus de 12% depuis son record du 6 octobre, entrant officiellement en territoire de correction.

Wall Street tente néanmoins de reprendre son souffle ce vendredi. Les indices américains rebondissent de 0,7% à 1,8%, portés notamment par Nvidia (+5%), Broadcom (+3%) et AMD (+10%). Autre événement fort, l'économie américaine a créé 165 000 emplois en octobre, bien au-delà des attentes. Un chiffre qui pourrait inciter la Fed à maintenir ses taux élevés, on en reparle dans cette édition.

Simple correction ou début d'un véritable krach technologique ? C ?est toute la question désormais. Et surtout, comment réagir pour protéger son épargne ? Marc Fiorentino et Patrick Thiberge vous apportent leurs réponses dans ce nouvel échange enregistré hier soir : « Placements et crises : et maintenant, on fait quoi ? ». Un rendez-vous à retrouver pour prendre du recul après cette semaine particulièrement agitée.

Bonne lecture à tous et excellent week-end !

Les valeurs : Teleperformance

Nouvelle descente aux enfers pour Teleperformance. Lanterne rouge du SBF 120 ce soir, l'action plonge de 15,30% à 68,44 euros après des résultats décevants et un sévère abaissement de ses prévisions. Déjà menacé par l'essor de l'intelligence artificielle, le spécialiste de la relation client voit son activité reculer de 1,2% au troisième trimestre, à 2,2 milliards d'euros, alors que le marché espérait une stabilisation. En cause notamment, l'automatisation croissante de la modération de contenus en ligne et la concurrence de prestataires installés dans des pays à bas coûts.

Le groupe ne prévoit plus de croissance cette année mais anticipe désormais une baisse de ses revenus comprise entre 1,5% et 2,5%, contre une progression de 0% à 2% initialement attendue. Ses objectifs de rentabilité restent inchangés, mais ses ambitions pour 2028 seront réexaminées au premier semestre 2027. Un nouveau coup dur pour la confiance des investisseurs, qui doutent de plus en plus de sa capacité à rebondir. Au-delà du ralentissement de son activité, c'est désormais l'avenir même de son modèle économique face à l'IA qui inquiète. En cinq ans, Teleperformance a perdu plus de 80% de sa valeur en Bourse. Malgré la chute du jour, l ?action affiche encore une hausse de 12% depuis le début de l ?année.

Nexans électrise la Bourse. Le fabricant français de câbles gagne 4,40% ce vendredi, à 123,50 euros, à contre-courant d'un marché en baisse. Un nouveau contrat stratégique en Grèce est à l'origine de cette belle performance. Le groupe français fournira 420 kilomètres de câbles électriques à haute tension pour relier les îles du Dodécanèse au continent grec. Cette commande s'inscrit dans un vaste projet d'interconnexion comprenant près de 1 300 kilomètres de câbles sous-marins et terrestres, pour une capacité de transport d'électricité de 1 gigawatt.

Le montant du contrat n'a pas été dévoilé, mais son intérêt industriel est majeur. Il permettra à Nexans de soutenir l'activité de ses usines jusqu'à mi-2028, offrant une meilleure visibilité sur ses futurs revenus. Surtout, cette commande illustre une tendance de fond : l'explosion des besoins d'investissement dans les réseaux électriques, portée par la transition énergétique, l'électrification de l'économie et le développement des centres de données. Autant de moteurs de croissance pour Nexans, même si l'exécution de ces grands projets reste complexe et coûteuse. Dans une semaine dominée par la déroute technologique, le groupe rappelle que la révolution énergétique constitue, elle aussi, un puissant moteur d'investissement à long terme. Nexans cède toujours 2% en 2026 à la Bourse de Paris.

L'Europe sauve la mise pour Bonduelle. Le spécialiste français des légumes clôture à l'équilibre ce soir, à 8,16 euros, après un début d'exercice supérieur aux attentes. Son chiffre d'affaires atteint 524,8 millions d'euros, en hausse de 1% sur le trimestre. Les ventes européennes progressent de 6,4%, portées par le succès des conserves (+9,8%) et des produits cuisinés. En revanche, l'activité hors Europe recule de 9,4%, pénalisée par une épidémie parasitaire aux États-Unis qui a freiné la consommation de salades préparées. Les produits Bonduelle n'ont toutefois pas été mis en cause.

Malgré ce contraste, le groupe maintient ses objectifs annuels et poursuit ses efforts pour améliorer sa rentabilité et réduire sa dette. Le bureau d ?études TP ICAP Midcap juge toutefois ces ambitions difficiles à atteindre, face aux tensions sur le pouvoir d'achat et aux risques pesant sur les récoltes. Après deux séances de baisse, dont un recul de 3,5% hier, l'action éligible au PEA-PME rebondit ce vendredi, mais accuse encore une baisse de 21% depuis janvier.

La surprise de l'emploi

L'économie américaine refuse de ralentir. Contre toute attente, 165 000 emplois ont été créés en octobre, alors que le marché n'en attendait que 65 000. Une excellente surprise, d'autant que le taux de chômage recule à 4,1%, contre 4,2% en septembre. Les créations d'emplois des deux mois précédents ont également été révisées à la hausse, de 84 000 postes au total. Les services aux entreprises, la santé et les transports figurent parmi les principaux moteurs de cette résistance.

Autre chiffre important, les salaires ont progressé de 0,4% en octobre et de 3,1% sur un an. Ces données confirment la solidité du marché du travail américain, malgré les tensions géopolitiques, l'inflation et les incertitudes économiques. Mais pour Wall Street, cette bonne nouvelle pourrait bien être une mauvaise nouvelle ! Une économie aussi résistante réduit l'urgence pour la Fed de baisser ses taux, alors que l'inflation reste élevée. De quoi entretenir la pression sur les taux d'intérêt et les valeurs technologiques, déjà lourdement sanctionnées cette semaine. Le prochain grand test arrivera mardi, avec les chiffres de l'inflation américaine. La Fed n'est décidément pas au bout de ses peines...

Le monde d'après : IA : un nouveau risque

La contestation contre les centres de données commence à faire réagir les géants de l ?IA. Après les élections américaines de mi-mandat, marquées par une forte opposition locale à ces infrastructures, OpenAI annonce une série d ?engagements pour regagner la confiance des habitants. Sur les 41 mesures anti-IA soumises au vote, 40 auraient été remportées par les opposants aux centres de données. Un sérieux avertissement pour une industrie qui investit des centaines de milliards de dollars aux États-Unis.

Concrètement, le créateur de ChatGPT promet davantage de transparence sur ses futurs projets dont la publication des besoins en eau et en électricité, des études sur les nuisances sonores et la fin des accords de confidentialité avec les autorités locales, sauf exceptions limitées. OpenAI s ?engage également à prendre en charge les coûts énergétiques de ses installations pour éviter de faire grimper les factures des ménages. Ces engagements concerneront les futurs centres qu ?il possédera et exploitera directement.

L ?offensive intervient alors que construire de nouveaux centres de données devient de plus en plus difficile aux États-Unis. Meta envisage d ?ailleurs davantage de projets à l ?étranger pour limiter les risques. La course à l ?IA pourrait ainsi se jouer aussi sur la capacité des géants technologiques à convaincre les populations locales, au risque de voir une partie de leurs investissements et des retombées économiques associées partir vers d ?autres pays ?

Demain à la une : Nouvelle semaine sous haute tension

Simple correction ou début d'un krach boursier ? Après la déroute de Wall Street, la semaine prochaine s'annonce décisive. Les investisseurs surveilleront notamment l'inflation américaine mardi, puis les prix à la production vendredi. Deux publications majeures pour anticiper les prochaines décisions de la Fed. En Europe, une nouvelle estimation du PIB de la zone euro sera dévoilée vendredi.

Mais tous les regards resteront braqués sur l'intelligence artificielle. Les résultats de CoreWeave mardi, puis de Cisco et Applied Materials jeudi, permettront de mesurer la solidité des investissements dans le secteur. Entre valorisations excessives, endettement colossal et doutes sur la rentabilité des infrastructures, le risque d'un véritable krach de l'écosystème IA n'a jamais semblé aussi préoccupant. La correction va-t-elle s'aggraver ou laisser place à un rebond ? Verdict dans les prochains jours.

Le lexique : Triangle de sécurité & super-privilège

Comment fonctionne le triangle de sécurité luxembourgeois ? L'assurance-vie luxembourgeoise repose sur trois acteurs : l'assureur, une banque dépositaire indépendante et le régulateur luxembourgeois. Les actifs des épargnants sont conservés séparément des fonds propres de l'assureur, sous la surveillance du régulateur. Cette organisation renforce la protection de leur patrimoine, sans supprimer les risques de pertes liés aux marchés financiers.

Qu'est-ce que le super-privilège luxembourgeois ? En cas de faillite de l'assureur, les épargnants bénéficient d'une protection juridique renforcée : ils sont prioritaires sur les autres créanciers pour récupérer les actifs représentatifs de leurs contrats. C'est le fameux « super-privilège », l'un des principaux atouts de l'assurance-vie luxembourgeoise. Attention toutefois, cette priorité ne garantit pas une récupération intégrale du capital investi.