Les marchés : Le réveil du luxe
Le CAC 40 résiste plutôt bien aux nouvelles tensions au Moyen-Orient, malgré la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran et de nouvelles frappes américaines. L'indice français gagne 0,19% aujourd'hui, à 8 382 points, soutenu par le rebond du luxe après les résultats supérieurs aux attentes du suisse Richemont. Edenred progresse de 3,9% après une recommandation favorable de Morgan Stanley. À l'inverse, Vusion chute de 8,3%, pénalisé par les craintes d'un recul de son activité en 2027 et d'une forte consommation de trésorerie, on en reparle dans cette édition.
Wall Street évolue aussi en légère hausse, porté par les solides résultats des banques et par un ralentissement plus marqué que prévu des prix à la production, en baisse de 0,3% en juin. C'est de bon augure pour une future baisse des taux de la Fed. BlackRock bondit de 7,2% après avoir dépassé les attentes du marché, tandis que PayPal s'envole de 16,3% suite à une offre de rachat valorisant le groupe environ 53 milliards de dollars. Malgré ces bonnes nouvelles, la prudence reste de mise : le S&P 500 a déjà progressé de plus de 10% depuis le début de l'année et évolue près de ses records, ce qui rend le marché particulièrement sensible à de potentiels résultats décevants d'entreprises et à l'escalade du conflit avec l'Iran.
Les valeurs : ASML et Richemont dépassent les attentes
ASML confirme sa domination unique dans les équipements indispensables à la fabrication des puces informatiques les plus avancées. Le groupe néerlandais, devenu la première capitalisation boursière européenne (625 milliards d'euros), profite pleinement de l'explosion des investissements liés à l'intelligence artificielle. Ses machines de lithographie permettent de graver les circuits microscopiques utilisés notamment par TSMC, Samsung et Intel, sans véritable concurrent sur les modèles les plus sophistiqués.
Au deuxième trimestre, ASML a largement dépassé les attentes avec 9,33 milliards d'euros de ventes, en hausse de 6,4%, et un bénéfice net de 2,92 milliards. Le groupe relève son objectif de chiffre d'affaires entre 43 et 45 milliards d'euros pour 2026, contre 36 à 40 milliards auparavant. Face à une demande très forte, il prévoit aussi d'augmenter de 30% ses capacités de production en 2027, puis de nouveau de 30% en 2028. Ces annonces ont provoqué une forte volatilité du titre aujourd'hui : après un gain de près 8% ce matin, l'action clôture finalement en baisse de 0,54%, à 1 547 euros (+68% cette année).
Richemont a également dépassé les attentes du marché au dernier trimestre. Le propriétaire de Cartier et Van Cleef & Arpels a réalisé 6,33 milliards d'euros de chiffre d'affaires entre avril et juin, en hausse de 20%, presque deux fois plus que les 11% attendus. La joaillerie, qui représente près de 80% de ses ventes, a progressé de 24%, portée par le Japon à +36%, les Amériques à +27% et l'Asie-Pacifique à +21%. La croissance supérieure à 10% en Chine, à Hong Kong et à Macao rassure particulièrement sur la demande asiatique.
Ces résultats font bondir Richemont de 6,63% à Zurich et entraînent dans son sillage les valeurs françaises du luxe : Hermès (+2,4%), LVMH (+2,7%) et Kering (+3,6%). Cette publication apporte un premier signal encourageant à un secteur pénalisé par les tensions au Moyen-Orient et la baisse des achats touristiques. Reste à savoir si cette vigueur reflète un véritable redressement général du luxe ou surtout la forte dynamique de Richemont et de la joaillerie. Depuis le début de l'année, l'action du géant suisse progresse désormais de 13%.
Le coin des smalls : Vusion chute
Lanterne rouge du SBF 120, l'action Vusion chute de 8,26%, à 121 euros, après une recommandation de vente du bureau d'études Alphavalue, qui fixe un objectif de cours de 71 euros, soit un potentiel de baisse de 46%. Malgré le déploiement de ses solutions dans plus de 700 magasins Decathlon, le spécialiste français des étiquettes électroniques inquiète par sa forte dépendance à Walmart, qui représenterait plus de 70% de ses revenus en 2025 et 2026. La fin de ce contrat majeur pourrait provoquer une nette baisse de l'activité en 2027, tandis que Vusion devrait consommer plus de 220 millions d'euros de trésorerie dès 2026.
Alphavalue estime que les avances versées par Walmart ont temporairement masqué la faible capacité du groupe à générer durablement des bénéfices. Le bureau d'études doute également que le développement des services logiciels suffise à atteindre l'objectif de 2,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2027. Déjà en baisse de 40% depuis le début de l'année, le titre éligible au PEA-PME reste sous pression face aux incertitudes entourant l'après-Walmart et la solidité réelle du modèle économique.
Le résultat du vendredi : Le pari chinois
La croissance chinoise a ralenti à 4,3% au deuxième trimestre, son plus faible rythme depuis fin 2022. Ce résultat est inférieur aux 5% du début d'année et à l'objectif officiel du Parti communiste, compris entre 4,5% et 5% pour 2026. L'économie est toujours freinée par la crise immobilière et par une consommation encore trop faible. Les ventes au détail ont certes progressé de 1% en juin, mais les ménages demeurent prudents face à la poursuite de la baisse des prix des logements. Dans le même temps, la production industrielle a augmenté de 5,3% en juin, créant un excès de marchandises que le marché chinois ne peut pas absorber.
Les entreprises se tournent donc massivement vers l'étranger : les exportations ont bondi de 27% en juin, dont 18,5% vers l'Union européenne. Cette stratégie soutient l'activité chinoise, mais accentue les tensions commerciales avec l'Europe. Pékin pourrait annoncer de nouvelles mesures ciblées pour stimuler la consommation, sans lancer un vaste plan de relance qui risquerait d'aggraver les déséquilibres entre production et demande. Pour le moment, le pari de Pékin de réduire sa dépendance aux exportations en favorisant la demande intérieure est un échec.
Le monde d'après : Cap sur Wall Street ?
Samsung réfléchirait à une cotation à Wall Street par l'intermédiaire de certificats permettant aux investisseurs américains d'acheter plus facilement ses actions (ADR, voir lexique). Le groupe sud-coréen aurait engagé des négociations préliminaires avec des banques, sans avoir encore pris de décision définitive. Samsung dément toutefois étudier actuellement une telle opération. Cette réflexion intervient après le succès spectaculaire de son concurrent SK Hynix, qui a levé 26,5 milliards de dollars lors de son arrivée sur le marché américain, avant de progresser de 13% en Bourse.
Les deux géants profitent de l'explosion de la demande en puces mémoire destinées à l'intelligence artificielle et de la hausse des prix liée aux pénuries. Samsung a ainsi annoncé un bénéfice d'exploitation trimestriel record de 51 milliards d'euros, en hausse de 1 810% ! Son action gagne plus de 130% depuis le début de l'année et 335% sur un an. Une cotation américaine pourrait renforcer sa visibilité auprès des investisseurs internationaux, même si la diversité de ses activités et ses tensions sociales pourraient compliquer l'opération ?
Demain à la une : Ventes US, TSMC et Netflix
Ce jeudi devrait être rythmé par un test majeur pour l'économie américaine et par plusieurs résultats très attendus dans la technologie. Les ventes américaines au détail de juin seront publiées à 14h30, en même temps que les nouvelles inscriptions au chômage. Une consommation plus solide que prévu rassurerait sur la croissance, mais pourrait réduire les espoirs de baisse des taux de la Réserve fédérale. À l'inverse, des chiffres décevants raviveraient les craintes de ralentissement.
Les investisseurs se tourneront aussi vers TSMC, le premier fabricant mondial de puces, dont les résultats permettront de mesurer la vigueur des dépenses liées à l'intelligence artificielle. La publication pourrait faire réagir l'ensemble du secteur des semi-conducteurs, de Nvidia à ASML. Après la clôture de Wall Street, Netflix dévoilera également ses comptes et ses perspectives. Enfin, les tensions entre les États-Unis et l'Iran resteront un facteur de nervosité, car une nouvelle hausse du pétrole pourrait relancer les inquiétudes sur l'inflation.
Le lexique : Les ADR
Un American Depositary Receipt, ou ADR, est un certificat coté aux États-Unis qui représente des actions d'une entreprise étrangère. Il permet d'acheter ce titre en dollars et pendant les horaires de Wall Street, sans passer directement par la Bourse d'origine. L'ADR facilite donc l'accès aux sociétés internationales, mais il conserve les principaux risques de l'action : volatilité, perte en capital, change, liquidité et frais éventuels. C'est ce type de certificat qui intéresse actuellement Samsung pour lever des fonds à Wall Street.










