Les marchés : un espoir venu d'Iran
Le CAC 40 reprend finalement des couleurs après une matinée difficile. L'indice parisien, qui cédait plus de 1,2% en début de séance, termine en hausse de 0,44% à 7 987 points. Le mouvement a été déclenché par des informations venues d'Iran évoquant une possible concession américaine sur les sanctions pétrolières. Washington aurait proposé une exemption temporaire sur le pétrole iranien. Rien n'a encore été confirmé côté américain, mais cette simple hypothèse a suffi à calmer les tensions et redonner un peu d'air aux marchés.
Le sujet est central. Téhéran réclame un allègement des sanctions pour accepter un accord de paix et la réouverture du détroit d'Ormuz, toujours bloqué après près de trois mois de conflit. Mais même en cas d'accord rapide, le retour à la normale prendrait du temps : le transport, le déchargement, le raffinage puis la distribution du pétrole pourraient entraîner plusieurs semaines de délai. Autrement dit, le marché réagit à l'espoir d'une solution, mais l'impact réel sur l'offre d'or noir ne serait pas immédiat.
À Wall Street, la tendance reste plus hésitante, prise entre la prudence géopolitique et l'attente des résultats très suivis de Nvidia. Les grands indices américains reculent de 0,3% à 0,7%. Le marché reste donc tiraillé entre l'espoir d'un compromis diplomatique et la crainte qu'un nouveau regain de tension ne ravive la flambée des prix de l'énergie.
Les valeurs : Publicis bondit, Teleperformance rassure
En tête du CAC 40, Publicis veut envoyer un signal fort : l'intelligence artificielle n'est pas une menace pour son modèle, mais un accélérateur de croissance. Le géant français de la publicité annonce le rachat de l'américain LiveRamp, spécialiste de la gestion, de l'activation et du partage sécurisé des données marketing. Une opération de plus de 2 milliards de dollars qui renforce ses positions dans la data et l'IA, deux leviers devenus essentiels pour proposer des campagnes publicitaires plus ciblées et plus efficaces. Le marché salue clairement cette stratégie, le titre bondit de 6,02% à 81,74 euros ce soir.
Depuis plusieurs mois, les investisseurs craignent que l'intelligence artificielle fragilise le modèle des agences publicitaires traditionnelles. Publicis tente justement de prendre le problème à l'envers. Après Sapient puis Epsilon, le groupe ajoute une nouvelle pièce à son écosystème technologique pour aider les grandes marques à mieux utiliser leurs données et cibler leurs campagnes publicitaires. Signe de confiance, Publicis relève même ses objectifs financiers pour 2027 et 2028. En clair, le groupe cherche à montrer qu'à l'ère de l'IA, la valeur ne sera plus seulement dans la création publicitaire, mais surtout dans la maîtrise des données et des outils technologiques. Depuis le début de l'année, le titre recule de 6%.
Teleperformance. Aujourd'hui en Bourse, l'intelligence artificielle continue de dicter le tempo. Les valeurs capables de montrer qu'elles peuvent s'adapter à cette révolution sont récompensées, et Teleperformance en profite pleinement. Le spécialiste français des centres d'appels et de la relation client bondit de plus de 8,35% à 75,5 euros, en tête du SBF 120. Après des mois de doutes sur l'impact de l'IA sur ses métiers, le groupe tente de reprendre la main. Il annonce une opération destinée à refinancer sa dette et à repousser certaines échéances de remboursement. Le groupe veut renforcer sa situation financière et rassurer le marché sur sa capacité à traverser cette période de transformation technologique.
Car derrière ce rebond, les interrogations restent nombreuses. L'activité continue de ralentir et certains investisseurs craignent que l'IA finisse par remplacer une partie des services historiques du groupe. Mais la direction assure voir une amélioration progressive dans certaines activités plus spécialisées, comme l'interprétariat à distance. Goldman Sachs estime même qu'un retour à la croissance pourrait apparaître au second semestre 2026. Le marché commence donc à parier sur un scénario de stabilisation. D'autant que le titre reste très dévalorisé après plusieurs années difficiles, avec une valorisation historiquement basse malgré une hausse de 22% depuis le début de l'année.
Le coin des smalls : Ipsen déçoit
Ipsen déçoit malgré des résultats médicaux encourageants. Le laboratoire pharmaceutique chute de 6,69% à 154,8 ? en Bourse après la présentation de nouvelles données sur sa molécule contre les rides du lion, ces rides situées entre les sourcils. Sur le papier, les résultats sont positifs. Le traitement agit rapidement et semble durer dans le temps. Mais le marché en attendait davantage. Les investisseurs retiennent surtout que ces données doivent encore être confirmées par des études plus avancées, attendues dans les prochains mois.
Sur le fond, l'enjeu reste important pour Ipsen. Le groupe veut défendre sa place dans le marché très rentable de l'esthétique médicale, face à des concurrents puissants comme le Botox. Sa nouvelle molécule pourrait offrir une action plus longue et plus différenciante, ce qui ouvrirait un potentiel commercial important. Mais pour l'instant, la preuve n'est pas encore complète. Le marché sanctionne donc moins l'échec du produit qu'un manque de certitude à ce stade. Le titre progresse tout de même de 30% depuis le début de l'année.
Le monde d'après : le réveil des biotech
Le marché américain des biotechnologies montre de vrais signes de réveil. En avril, les introductions en Bourse du secteur ont connu leur meilleur mois depuis plus de 5 ans, portées par des dossiers plus matures, mieux financés et dotés de programmes cliniques plus avancés. L'exemple le plus marquant est celui de Kailera Therapeutics, qui a levé près de 625 millions de dollars, soit la plus grosse IPO biotech sur le Nasdaq depuis Moderna en 2018. Le succès de l'opération, renforcé par une envolée de 62,5% dès le premier jour de cotation, montre que les investisseurs sont de nouveau prêts à financer des sociétés biotech, à condition qu'elles arrivent avec un pipeline solide, une thématique porteuse comme l'obésité et des données cliniques déjà consistantes.
Ce retour de l'appétit ne signifie toutefois pas un retour au marché facile de 2021. Les investisseurs sont devenus beaucoup plus sélectifs. Ils privilégient désormais les sociétés déjà en phase II ou au-delà, avec une trajectoire plus claire vers des revenus, un partenariat stratégique ou une future commercialisation. Plusieurs autres sociétés américaines ont d'ailleurs tenté leur chance récemment avec des profils plus avancés, confirmant que le Nasdaq reste la place privilégiée pour les biotech innovantes en quête de capitaux importants et d'investisseurs capables de comprendre leur modèle.
En France, la dynamique reste beaucoup plus timide. Aucune biotech n'est venue s'introduire sur Euronext Paris ou Euronext Growth depuis début 2022, malgré le retour en grâce boursier de plusieurs valeurs du secteur comme Abivax, Medincell, Nanobiotix ou DBV Technologies. Le paradoxe est là, le compartiment santé se porte bien mieux en Bourse qu'il y a quelques années, mais cela ne suffit pas encore à relancer franchement les IPO. Plusieurs experts estiment pourtant qu'une fenêtre pourrait se rouvrir pour des dossiers français plus mûrs, eux aussi au moins en phase II, voire proches d'une phase III. Mais malgré une prudence encore réelle, le retour de l'intérêt pour le secteur et la maturité plus avancée de certains dossiers pourraient progressivement relancer la dynamique à Paris.
L'agenda du lundi : Nvidia en ligne de mire
La semaine va clairement gagner en intensité sur les marchés, portée par une série de résultats d'entreprises et plusieurs signaux venus des États-Unis. Mardi, Euronext publiera après Bourse ses comptes du premier trimestre, dernière grande publication attendue au sein du CAC 40. Mais le vrai rendez-vous de la semaine se jouera surtout outre-Atlantique, avec les résultats de Nvidia mercredi après la clôture de Wall Street, très attendus pour jauger la solidité de la dynamique autour de l'intelligence artificielle.
Sur le front macroéconomique, les investisseurs surveilleront de près mercredi soir le compte rendu de la dernière réunion de la Fed, afin de mieux cerner l'état d'esprit de la banque centrale américaine sur les taux d'intérêt. Vendredi, deux indicateurs de confiance prendront le relais : l'Ifo en Allemagne, qui mesure le moral des entreprises, et l'indice de l'Université du Michigan aux États-Unis, qui permet d'évaluer la confiance des ménages. En parallèle, les publications de Home Depot mardi et de Walmart jeudi donneront aussi un aperçu très concret de la consommation américaine.
Demain à la une : Le Japon donne le ton
La séance de mardi ne s'annonce pas explosive, mais elle offrira plusieurs points de repère utiles aux investisseurs. Avant l'ouverture européenne, le PIB japonais du premier trimestre donnera un premier aperçu de la résistance de l'économie nippone, dans un contexte où la hausse des prix de l'énergie rappelle sa vulnérabilité aux secousses du pétrole. Côté entreprises, Home Depot publiera avant Wall Street, tandis qu'à Paris Euronext et Aramis dévoileront leurs chiffres après Bourse.
Le lexique : Ifo
L'Ifo est un indicateur allemand qui mesure le moral des entreprises. Chaque mois, l'institut Ifo interroge des milliers de dirigeants sur leur situation actuelle et leurs attentes pour les prochains mois. C'est donc un baromètre important de la santé économique de l'Allemagne, première économie de la zone euro. Très suivi par les marchés, il permet de savoir si les entreprises deviennent plus confiantes ou plus prudentes. Un Ifo en hausse peut soutenir les marchés européens, car il suggère une économie plus dynamique. À l'inverse, un recul de l'indice peut raviver les craintes de ralentissement.










