La Bourse rebondit malgré les fortes tensions autour du détroit d'Ormuz. Le conflit entre les États-Unis et l'Iran en est à son 67e jour, et la situation s'est encore aggravée après l'incendie d'un site pétrolier aux Émirats arabes unis, frappé par un drone iranien. Ce mardi, Washington affirme avoir détruit sept petits bateaux iraniens, ce que Téhéran conteste. Malgré ce contexte explosif, les marchés financiers restent bien orientés : le CAC 40 clôture en hausse de 1,08% à 8 062 points et réduit ses pertes à 6% depuis le début de la guerre (-1,1% en 2026).
Côté américain, Wall Street se dirige (encore !) vers de nouveaux sommets historiques sur le S&P 500 et le Nasdaq, tous deux en hausse d'environ 0,9% aujourd'hui. Avril a d'ailleurs été le meilleur mois pour les indices américains depuis 2020. Clairement, la guerre a redistribué les cartes après un début d'année en faveur des actions européennes. Ce soir encore, nous avons beaucoup de choses à vous dire ! On revient notamment sur notre nouveau conseil de long terme, consacré à une petite action française méconnue du grand public. Bonne lecture à tous.
Les valeurs
1 - Orange. Déjà en hausse de 26% cette année, l'opérateur télécom gagne encore 1,30% ce mardi à 17,91 ? après un relèvement de recommandation de Goldman Sachs, qui anticipe encore près de 20% de potentiel sur le titre. Pour la banque américaine, le marché se focalise trop sur le possible rachat de SFR et pas assez sur les progrès réalisés par Orange lui-même. Deux éléments retiennent particulièrement l'attention : la baisse attendue des investissements dans les réseaux télécoms, notamment la fibre, et les bonnes perspectives en Espagne via sa filiale MásOrange.
Sur le fond, Orange commence à récolter les fruits des lourds investissements réalisés ces dernières années. Le groupe dépense désormais moins pour déployer ses infrastructures, ce qui améliore progressivement sa capacité à générer du cash. En parallèle, l'Espagne pourrait devenir un vrai moteur de croissance grâce à un marché plus concentré et plus rentable. Résultat, plusieurs banques et bureaux d'études estiment que le potentiel du groupe reste sous-estimé malgré la récente et forte hausse de son action. Le marché attend désormais les prochains résultats trimestriels, cet été, pour vérifier si Orange confirme sa trajectoire.
2 - Rubis démarre l'année sur une bonne note et le marché apprécie ! Le spécialiste de la distribution d'énergies gagne 4,60% ce soir à 36,84 ? après la publication d'un premier trimestre supérieur aux attentes. Le groupe a bénéficié d'une forte hausse des volumes, notamment dans le bitume et les carburants pour l'aviation dans les Caraïbes. Ses marges progressent également, signe que Rubis parvient à maintenir une bonne discipline commerciale malgré un environnement encore instable sur les prix de l'énergie. C'est le moins que l'on puisse dire en ce moment ?
Cette publication rassure sur la solidité du modèle du groupe. Rubis confirme ses objectifs pour 2026 et montre que ses activités résistent bien malgré les tensions géopolitiques et la volatilité extrême du pétrole. La direction reste toutefois prudente pour le reste de l'année, car la flambée des prix du brut pourrait rendre la demande plus irrégulière dans les prochains mois. Mais pour l'instant, le marché retient surtout la capacité de Rubis à continuer de croître dans un contexte pourtant loin d'être simple. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 15%.
Le coin des smalls
Nanobiotix. La biotech française continue son incroyable parcours en Bourse. En hausse spectaculaire de plus de 820% sur un an, son action éligible au PEA-PME gagne encore 9,73% ce soir à 29,10 ? après une décision favorable de l'autorité de santé américaine. La FDA a en effet validé une modification importante dans le protocole d'étude de son traitement phare contre le cancer de la tête et du cou. Concrètement, cela pourrait permettre d'obtenir les résultats d'études cliniques plus tôt que prévu, potentiellement dès 2026 au lieu de 2027. Une accélération qui enthousiasme le marché, car elle rapproche un peu plus le groupe d'une possible commercialisation.
Cette annonce renforce surtout la crédibilité du partenariat avec le géant américain Johnson & Johnson, qui pilote le développement mondial du traitement. Si les résultats cliniques sont positifs, Nanobiotix pourrait toucher plus rapidement plusieurs paiements prévus dans leur accord. Le dossier reste évidemment risqué, comme souvent dans les biotechs, car tout dépendra encore des futures données médicales. Mais pour les investisseurs, le scénario devient de plus en plus concret autour d'une technologie qui pourrait améliorer l'efficacité de la radiothérapie dans plusieurs cancers.
La question corporate
La valorisation est-elle une science ou une convention sociale ? La valorisation a les manières d'une science exacte. Elle parle le langage des mathématiques, convoque les flux actualisés, les multiples, les taux sans risque, les primes de risque, les scénarios de croissance et les marges terminales. Tout y semble ordonné, rationnel, presque indiscutable. Le chiffre rassure. Il donne au jugement la noblesse du calcul, transforme une intuition en modèle, une opinion en tableau Excel, une conviction en objectif de cours. Et pourtant ?
Le monde d'après
CSG, le groupe tchèque de défense qui avait marqué les marchés avec la plus grande introduction en Bourse réalisée dans le secteur en janvier, traverse déjà sa première zone de turbulence. L'action a chuté de 13% hier à Amsterdam, après avoir perdu jusqu'à 26% en séance, à la suite de la publication d'un rapport très critique du vendeur à découvert Hunterbrook Capital. Ce dernier remet en cause à la fois le modèle d'activité du groupe et certaines informations fournies aux investisseurs, notamment sur son exposition réelle aux munitions et sur plusieurs éléments de gouvernance. CSG a immédiatement rejeté ces accusations, affirmant que le rapport contenait des erreurs, des interprétations sélectives et des descriptions trompeuses.
Le choc est d'autant plus notable que CSG incarnait jusqu'ici l'un des symboles de l'euphorie boursière autour de la défense européenne. En janvier, le groupe avait levé jusqu'à 3,8 milliards d'euros à Amsterdam, dans une opération record pour le secteur, portée par l'appétit des investisseurs pour les valeurs liées au réarmement du continent. Le titre avait bondi de plus de 30% lors de ses débuts en Bourse mais cette attaque de vendeurs à découvert rappelle que les marchés peuvent très vite redevenir plus exigeants, surtout lorsqu'une société affiche une croissance rapide, une valorisation ambitieuse et une communication scrutée de près.
À ce stade, le marché attend des éclaircissements. Deutsche Bank estime d'ailleurs que ces accusations pourraient continuer de peser sur le titre tant que la direction n'aura pas apporté de réponses plus précises. Pour CSG, qui ambitionnait d'incarner la montée en puissance de l'industrie européenne de défense, cet épisode rappelle qu'une introduction en Bourse offre de nouveaux leviers de financement, mais impose aussi une exigence de transparence totale et une confrontation immédiate au jugement du marché. Désormais, l'action cède 50% depuis son IPO en janvier !
Malgré cette sanction boursière, le réarmement accéléré ouvre une nouvelle ère pour l'Europe et les marchés financiers, avec des investissements massifs à la clé et de nombreuses opportunités pour les investisseurs particuliers.
Demain à la une
Les investisseurs surveilleront demain les derniers indicateurs d'activité économique en Chine, en France, en Allemagne, en zone euro et au Royaume-Uni, ainsi que l'enquête ADP sur l'emploi privé américain, très suivie pour anticiper la trajectoire des taux de la Fed (on en reparle dans le lexique ci-dessous). Le pétrole restera l'autre grand point d'attention, alors que les tensions entre les États-Unis et l'Iran autour du détroit d'Ormuz maintiennent le Brent au-dessus des 110$ le baril. Enfin, la saison des résultats continuera de rythmer la cote, avec des publications attendues de grands noms comme Novo Nordisk, BMW, Lufthansa, Zalando, Disney, Uber et Veolia.
Le lexique
Le rapport ADP est une estimation mensuelle des créations d'emplois dans le secteur privé aux États-Unis. Il donne une première indication sur la santé du marché du travail américain. Pour les investisseurs, il est important car un marché de l'emploi solide peut pousser la Réserve fédérale américaine à maintenir ses taux d'intérêt élevés plus longtemps, afin de lutter contre l'inflation. À l'inverse, un ralentissement de l'emploi peut renforcer l'idée que la Fed pourrait baisser ses taux. Ce rapport est donc suivi de près par les marchés, mais il reste moins important que le rapport officiel sur l'emploi américain, beaucoup plus complet, qui sera dévoilé vendredi après-midi.










