Les marchés veulent y croire
Les marchés veulent croire à une accalmie. Le CAC 40 bondit de 2,10% à 7 081 points, porté par un net retour de l'appétit pour le risque après les dernières déclarations de Donald Trump sur une possible fin de la guerre en Iran d'ici deux à trois semaines. À Paris, quasiment toutes les valeurs du CAC 40 terminent dans le vert, avec un fort rebond des titres les plus sanctionnés pendant la montée des tensions. Société Générale gagne 6,80%, tandis qu'Air France-KLM s'envole de 8,9%. À l'inverse, Total recule de 4,1%, logiquement pénalisé par le reflux des cours du pétrole.
Le même mouvement se retrouve à Wall Street, où le Nasdaq progresse de 1,5% et le S&P 500 de 1%, dans le sillage d'un marché qui s'accroche à l'idée d'une désescalade. Le problème, c'est que le message américain reste confus. Trump évoque à la fois une possible fin du conflit, une demande de cessez-le-feu venue d'Iran et la nécessité de maintenir la pression tant que le détroit d'Ormuz n'est pas totalement rouvert. En clair, les marchés choisissent pour l'instant de retenir le scénario le plus favorable, même si, sur le terrain, les frappes continuent et que la situation reste extrêmement instable.
C'est bien là toute la question. Les investisseurs ont-ils raison de voir le verre à moitié plein ? Peut-être. Mais il serait prématuré de considérer le rebond actuel comme le signal d'un retour durable au calme. Pour l'instant, le marché joue l'espoir d'une négociation. Il ne dispose pas encore de la certitude qu'elle aboutira.
Les valeurs
Le courant passe toujours pour Engie, qui progresse de 2,49% à 28,4 ? après un avis plus enthousiaste de JPMorgan. La banque américaine estime que le groupe a changé de dimension avec le rachat du britannique UK Power Networks. Cette opération est bien perçue par le marché, car elle renforce fortement Engie dans les réseaux électriques, une activité jugée plus stable et plus lisible. En clair, les investisseurs apprécient l'idée d'un groupe davantage tourné vers des revenus réguliers, moins dépendants des à-coups du marché de l'énergie.
Cette acquisition marque un tournant important pour Engie. Elle permet au groupe de se renforcer dans les infrastructures électriques, un segment particulièrement recherché en Bourse pour sa visibilité et son profil défensif. Le marché y voit aussi un moyen d'améliorer la qualité des résultats du groupe, avec davantage d'activités régulées et donc plus prévisibles. Ce repositionnement tombe bien, alors que le secteur de l'énergie attire déjà les investisseurs dans un contexte géopolitique tendu. Après avoir déjà gagné plus de 46% en 2025 puis près de 27% sur les trois premiers mois de 2026, le titre a certes déjà beaucoup monté. Mais pour JPMorgan, Engie peut encore progresser si cette nouvelle trajectoire se confirme.
Nike, le leader mondial des articles de sport dévisse de plus de 14% à Wall Street après la publication de résultats trimestriels et surtout de prévisions plus prudentes. Certes, les chiffres publiés sont un peu meilleurs qu'attendu, avec un chiffre d'affaires stable à 11,2 milliards de dollars et un bénéfice net de 520 millions, en baisse de 35%. Mais le marché regarde déjà plus loin. Et ce qu'il voit ne lui plaît pas. Le groupe anticipe un recul de ses ventes de 2% à 4% sur le trimestre en cours, alors que les investisseurs espéraient un retour à la croissance. La guerre en Iran, les tensions en Europe et au Moyen-Orient, ainsi que la faiblesse persistante de la Chine, assombrissent nettement l'horizon.
Cette baisse montre que le redressement de Nike reste fragile. Le groupe doit encore écouler des stocks trop importants dans certaines régions, souvent au prix de promotions qui pèsent sur ses marges. En Chine, la demande reste faible et la concurrence locale se renforce. Le géant du sport cumule aujourd'hui plusieurs freins au même moment. La direction assure que le cap est le bon, mais reconnaît que le redressement prendra plus de temps que prévu. Le marché sanctionne donc moins les résultats passés que le manque de visibilité sur les prochains trimestres. Depuis le début de l'année, le titre abandonne désormais plus de 28%.
Encore Nanobiotix... et pour la troisième semaine consécutive, le titre fait parler de lui. La biotech gagne 11,99% à 28,95 ? ce mercredi après la publication de résultats 2025 en nette amélioration. Le marché salue surtout le renforcement de la situation financière, avec une visibilité désormais étendue jusqu'au début de 2028. Les pertes reculent fortement et les dépenses de recherche ont été réduites, grâce notamment à un partenariat qui allège le financement des essais cliniques. Résultat, les investisseurs retrouvent de la confiance sur un dossier déjà en très forte hausse, avec +786% sur un an.
Cette publication marque une étape importante pour Nanobiotix. La biotech française dispose désormais de plus de temps et de moyens pour faire avancer ses essais contre le cancer, en particulier autour de son traitement vedette. Mais l'essentiel reste à venir : ce sont les résultats cliniques qui décideront vraiment de la suite. Les premières données majeures sont attendues en 2027. En attendant, le marché continue d'anticiper ce potentiel, puisque le titre, éligible au PEA-PME, grimpe déjà de 47% depuis le début de l'année.
Total peut-il détrôner LVMH ?
TotalEnergies signe un retour spectaculaire en 2026. Portée par l'envolée du pétrole et du gaz depuis le début du conflit en Iran, l'action gagne près de 40% depuis le 1er janvier, ce qui lui permet de remonter sur le podium des plus grosses capitalisations du CAC 40. Le groupe a ainsi dépassé Hermès et se rapproche de L'Oréal, après avoir été longtemps distancé par les grandes valeurs du luxe et plusieurs poids lourds industriels ou défensifs de la cote parisienne.
La grande question est désormais de savoir si Total peut aller jusqu'à reprendre à LVMH son statut de première capitalisation de la Bourse de Paris. Pour plusieurs analystes, le scénario n'est pas impossible, mais il dépend largement de la durée du conflit au Moyen-Orient. Si les tensions persistent, les cours de l'énergie pourraient rester durablement élevés, ce qui soutiendrait encore la major pétrolière. À l'inverse, un apaisement rapide favoriserait plutôt un rebond du luxe, et donc de LVMH.
Les bureaux d'études restent globalement positifs sur Total, avec des objectifs de cours relevés entre 88 et 94 ?, soit encore un potentiel appréciable. Mais ils rappellent aussi que LVMH conserve une forte capacité de rebond, avec des cibles qui laissent entrevoir plus de 30% de hausse. Autrement dit, Total a clairement repris du terrain, mais détrôner durablement LVMH reste un scénario ouvert, pas une certitude.
L'événement du mercredi : Trump veut tourner la page
La fin de l'engagement américain en Iran est désormais évoquée sous deux à trois semaines. Le président américain estime que ses objectifs militaires ont été atteints, en particulier l'affaiblissement des capacités nucléaires et militaires iraniennes, et cherche désormais à fixer un horizon de sortie à un conflit devenu politiquement encombrant à quelques mois d'échéances électorales importantes aux États-Unis.
Mais derrière cette volonté affichée de désengagement, la situation reste loin d'être stabilisée. Washington continue de renforcer sa présence militaire dans la zone, tandis que la question du détroit d'Ormuz demeure centrale. Les Émirats arabes unis envisagent même une intervention armée, avec l'appui d'une coalition internationale et sous mandat de l'ONU, pour rouvrir ce passage stratégique vital pour le commerce mondial de pétrole et de gaz.
Le marché retient surtout une chose, même si Donald Trump évoque une sortie prochaine, le risque géopolitique reste élevé. Tant que le dossier iranien, la sécurité du détroit d'Ormuz et l'équilibre militaire dans le Golfe ne seront pas clarifiés, les investisseurs devraient continuer de surveiller de très près l'évolution du pétrole, de l'inflation et des actifs refuges.
Le monde d'après : Le dollar profite du chaos
La guerre en Iran ravive aussi une autre bataille, moins visible mais tout aussi stratégique : celle des devises. Dans ce nouvel épisode de tensions géopolitiques, le dollar reprend naturellement des couleurs, porté par son statut de valeur refuge et par le rôle central des États-Unis dans l'ordre militaire et financier mondial. L'euro, pourtant souvent présenté comme l'alternative naturelle au billet vert, ne profite pas de l'affaiblissement relatif du dollar observé ces derniers mois. Au contraire, il reste à distance, incapable pour l'instant de transformer la fragilité américaine en véritable gain d'influence.
Le constat est clair : une monnaie internationale ne repose pas seulement sur la taille d'une économie ou sur la crédibilité d'une banque centrale. Elle s'appuie aussi sur une puissance politique, militaire et financière cohérente. C'est précisément là que l'euro reste en retrait. Pour rivaliser davantage avec le dollar, l'Europe devrait avancer de manière bien plus offensive, en renforçant son autonomie stratégique, en développant ses secteurs clés comme la défense, l'énergie ou les technologies propres, et en imposant davantage l'usage de l'euro dans ses accords commerciaux.
Le Conseil d'analyse économique plaide d'ailleurs pour une stratégie beaucoup plus ambitieuse afin d'internationaliser la monnaie unique. L'idée n'est pas seulement de renforcer le prestige de l'euro, mais aussi de permettre aux États et aux entreprises européennes de se financer plus facilement et à moindre coût. Dans un monde où le dollar reste ultra-dominant mais commence à susciter davantage de méfiance, l'Europe a sans doute une fenêtre d'opportunité. Encore faut-il qu'elle décide vraiment de s'en servir.
Demain à la une : Le rendez-vous américain
La dernière séance avant la longue coupure de Pâques devrait rester assez calme à Paris, la Bourse étant ensuite fermée vendredi 3 avril et lundi 6 avril. Les investisseurs regarderont surtout les États-Unis à 14h30, avec deux chiffres attendus en même temps : les inscriptions hebdomadaires au chômage, un bon thermomètre de la solidité du marché du travail, et le déficit commercial de février, qui mesure l'écart entre ce que le pays importe et exporte.
Les demandes d'allocations chômage restent pour l'instant à un niveau faible, ce qui suggère que les entreprises américaines ne réduisent pas massivement leurs effectifs. La séance devrait surtout tourner autour d'un même fil conducteur : la capacité de l'économie américaine à tenir dans un climat toujours alourdi par les tensions géopolitiques et le conflit au Moyen-Orient.
Le lexique : Brent & WTI
Le Brent et le WTI sont les deux principaux types de pétrole brut au niveau mondial. Ils proviennent de différentes régions géographiques et ont des caractéristiques distinctes.
Brent. Il s'agit d'un type de pétrole brut extrait de champs pétrolifères en mer du Nord, principalement de la mer du Nord orientale. Le prix du Brent est souvent utilisé comme la référence mondiale pour les prix du pétrole. Il est légèrement moins dense que le WTI et contient plus de soufre.
WTI (West Texas Intermediate). Le WTI est un autre type de pétrole brut, notamment extrait du bassin permien aux États-Unis, principalement au Texas. Le WTI est réputé pour sa qualité supérieure en termes de densité et de teneur en soufre, ce qui le rend plus facile à raffiner. Il est généralement coté à un prix légèrement supérieur au Brent sur les marchés américains.















