Une prime exceptionnelle d'un montant maximal de 6 000 euros, exonérée d'impôt sur le revenu et de cotisations et contributions sociales. En théorie, la prime Macron relookée est une excellente nouvelle pour le pouvoir d'achat des salariés. Sauf qu'elle soulève de nombreuses interrogations.

Pourquoi cette prime ?

Prime Macron ou prime exceptionnelle de pouvoir d'achat(PEPA) : peu importe son nom, le principe d'origine est celui d'une mesure d'urgence, ponctuelle, face à la crise des Gilets jaunes. Version PEPA 2019 : un bonus de 1 000 euros pour les salariés rémunérés jusqu'à 3 600 euros nets par mois, l'équivalent de 3 Smic, mais uniquement dans les entreprises volontaires pour la distribuer et à condition de la verser avant mars 2019.

Initialement, la collection PEPA 2020 est moins généreuse. Sauf qu'à la fin de l'hiver 2020 surgit la pandémie de Covid-19. La « PEPA 2020 rabotée » devient la « PEPA Covid reboostée ». Encore mieux que la « collection Gilets jaunes » : 1 000 euros totalement défiscalisés pour les salariés et entreprises, cette fois avec un bonus à 2 000 euros en cas d'accord d'intéressement, ainsi que pour les salariés dits de la « 2e ligne ». En pleine crise sanitaire, la date limite de versement est repoussée à la fin août 2020... puis à fin décembre 2020.

Rebelote en 2021. D'abord, rien. Puis, en pleine « conférence du dialogue social », le Premier ministre Jean Castex annonce mi-mars ressusciter la prime Macron, collection PEPA 2021-2022, puisque son versement est à cheval sur deux années. La « prime Macron 2022 » est en effet encore en cours de distribution, depuis le 1er juin 2021. Date limite pour la verser aux salariés : le 31 mars 2022. Les conditions sont quasi identiques à celles de la PEPA 2020 : 1 000 euros totalement défiscalisés pour les mêmes salariés payés jusqu'à 3 Smic, sans condition. Mais aussi 2 000 euros, sans condition, dans les sociétés de moins de 50 salariés, pour la « 2e ligne face au Covid », et en cas d'intéressement pour les plus grosses entreprises.

Au final, d'après le gouvernement, plus de 15 millions de personnes ont bénéficié de cette prime depuis 2019 pour un montant moyen de la prime s'élevant à 542 euros.

Une nouvelle prime Macron à venir

Mais ce dispositif va finalement être pérennisé, triplé et réaménagé. Dans le cadre du projet de loi sur le pouvoir d'achat visant à freiner l'impact de l'inflation sur le budget des ménages, le Parlement vient de donner le feu vert à la promesse de campagne du candidat Macron. Jusqu'à fin 2023, les entreprises pourront verser à leurs salariés payés en-dessous de 3 Smic une prime de 3 000 euros, voire de 6 000 euros si un accord d'intéressement a été conclu. Cette prime, renommée prime de partage de la valeur (PPV), sera nette d'impôts.

À partir de 2024, la PPV sera ouverte à tous les salariés dans les mêmes conditions. Elle sera exonérée de cotisations sociales mais soumise à l'impôt sur le revenu. La prime peut être versée en une ou plusieurs fois. « Pour éviter qu'elle ne remplace les augmentations de salaire, les sénateurs ont limité son versement en 4 fois (une fois par trimestre) tout en avançant la date de son versement au 1er juillet 2022 », explique le gouvernement.

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Coup de pouce, effet d'aubaine ou épargne salariale déguisée ?

Mais cette prime Macron, si elle a profité à de nombreux salariés, n'est pas exempte de critiques. La première est signée de l'Insee, qui pointe un possible « effet d'aubaine » dès la prime 2019 : « même si la prime ne peut se substituer à des augmentations de rémunération, ni à des primes prévues par un accord salarial ou par le contrat de travail, des établissements auraient sans doute versé, sous une forme différente, au moins une partie du montant de cette prime en l'absence de cette mesure ». Bref, la prime Macron ne remplace pas d'autre rémunération... mais indirectement, elle permet parfois de ne pas augmenter le salaire. Dommage, pour le salarié : une prime incertaine prendrait ainsi la place d'une hausse fixe et durable...

Lors du débat parlementaire cet été, l'alliance de gauche Nupes a d'ailleurs estimé que « les primes viennent se substituer aux salaires ». Plusieurs élus ont aussi pointé du doigt une « volonté de contourner le financement de la Sécurité sociale et des caisses de retraites » via cette prime. « Elle est la traduction concrète de l'idéologie néolibérale (...) toujours néfaste pour les salariés, toujours profitable pour le patronat », déplore le président du groupe PS au Sénat Patrick Kanner. « Un coup de pelleteuse » à notre système de protection sociale pour sa collègue Laurence Rossignol.

« En ne versant qu'une rémunération nette et en fermant tout droit social – couverture chômage ou vieillesse notamment – les primes façonnent un déficit artificiel des comptes de la Sécurité sociale », dénoncent les députés Insoumis pour qui la prime Macron est une « prime enfumage ».

« 84% des salariés ne toucheront rien », dénonce de son côté Fabien Gay (CRCE à majorité communiste). « Ce n'est pas en triplant le montant autorisé qu'on triplera le montant versé », lâche l'écologiste Raymonde Poncet Monge.

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Deuxième critique, partagée par la plupart des syndicats salariés : « son versement optionnel par les employeurs n'est pas à la hauteur des enjeux », grogne l'Unsa, dans une saillie similaire à celle de la CGT. Traduction : ce bonus annuel dépend uniquement « du bon vouloir du patron », selon l'alliance de gauche Nupes.

Une prime inégalitaire ?

Troisième bémol. Cette prime Macron est censée viser les classes moyennes et être égalitaire au sein de l'entreprise. Mais, dans une même entreprise, son montant peut être soit « uniforme », soit être « modulé » en fonction de plusieurs critères : rémunération, niveau de classification, durée de présence effective et durée de travail. Bref, un mode de modulation qui ressemble à celui de l'intéressement ou de la participation...

« C'est toujours bienvenu pour le salarié ! », expliquait fin mars Hubert Clerbois, président du cabinet spécialisé dans l'épargne entreprise et la protection sociale EPS Partenaires. Avant de se montrer bien plus sceptique sur le bien-fondé de ce dispositif : « Il s'agissait à l'origine d'une réaction à une crise. Or, les entreprises disposaient déjà des dispositifs de participation et d'intéressement. Ponctuellement, dans un contexte de crise, cette prime a pu inciter les entreprises à verser de l'argent sans trop de contraintes. Mais elle n'avait pas vocation à durer. »

Cette prime Macron « n'a pas vocation à remplacer l'intéressement ou la participation ! » répondait alors Laurent Saint-Martin, l'ancien rapporteur du Budget à l'Assemblée « On crée des outils plus accessibles à tous. Car toutes les entreprises n'ont pas la facilité de mettre en place la participation, l'intéressement ou l'actionnariat salarié. La pérennisation de la PEPA et son augmentation permettra à tous les niveaux d'entreprises de respecter cette règle de partage des profits. »

Pour le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, cette prime Macron est « un complément de rémunération qui est extrêmement appréciable pour tous les salariés dans ces périodes qui sont difficiles ».