Vous profiterez, pour la majorité d'entre vous, d’une nouvelle hausse de pouvoir d’achat en 2020. Où va partir cet argent, dans un paysage de l’épargne secoué par les taux bas ? Les prévisions de Cyril Blesson, des Cahiers de l’Epargne.

Un « boom des placements » : c’est ce qu’a connu la France en 2019, selon l’expression de Cyril Blesson, associé au sein du cabinet Pair Conseil, qui édite les Cahiers de l’Epargne. L’économiste estime en effet à 145 milliards d’euros le total des sommes placées cette année par les Français sur des produits financiers. Si l’on ajoute les « 55 à 70 milliards d’euros » investis dans l’immobilier, l’année est définitivement historique.

Deux facteurs, en particulier, ont permis ce dynamisme. Le premier : le « choc des revenus » lié aux mesures fiscales (réduction de la taxe d’habitation notamment) et de pouvoir d’achat (annulation de la taxe carbone, revalorisation de la prime d’activité, etc.) prises par l’exécutif, et qui ont permis une hausse moyenne de 3,2% des revenus des ménages cette année, selon la récente note de conjoncture de l’Insee. La seconde : la faiblesse des taux, qui a créé un effet d’aubaine autour de l’achat immobilier.

Un taux d’épargne attendu en baisse

Ces deux facteurs, toutefois, devraient jouer moins fortement en 2020. Le pouvoir d’achat, d’abord, risque d'augmenter, mais moins vite qu'en 2019, annonce l’Insee (1) : +0,8% à la mi-2020, après les 2,1% de 2019. Quant aux crédits à l’habitat, ils devraient également freiner : les banques sont en effet encouragées par les pouvoirs publics à faire preuve de prudence dans leur politique d’octroi et pourraient choisir de relever leurs marges.

Résultat : les flux de placements devraient « légèrement ralentir » l’an prochain, estime Cyril Blesson, au profit de la consommation, et ce malgré le changement de barème de l’impôt sur le revenu, qui devrait bénéficier aux ménages à hauteur de 5 milliards d’euros. Dans sa note de conjoncture, l’Insee anticipe d’ailleurs une baisse du taux d’épargne, de 15,2% actuellement à 14,7% au 2e trimestre 2020.

Dans ce contexte, quels sont les placements qui pourraient néanmoins tirer leur épargne du jeu ? Une chose est sûre : toutes les grandes familles d’épargne risquent d’être touchées par des rémunérations en berne.

Le grand gagnant annoncé : les dépôts à vue

C’est le cas, notamment, des produits d’épargne dite « bilantielle », c’est-à-dire qui reste au bilan des banques et qu’elles transforment en crédits. Tous affichent les rendements moyens les plus bas de leur histoire : 0,20% en pour les livrets bancaires, 0,73% pour les comptes à terme de deux ans et moins… Et rien n’indique que cette tendance doive se retourner l’an prochain. Elle est la conséquence, en effet, de la politique monétaire très accommodante mise en place par la Banque centrale européenne (BCE) pour relancer l’activité en zone euro. Politique que Christine Lagarde, la nouvelle présidente de l’institution, n’a pas l’intention de revoir, au moins à court terme.

Voir aussi le comparatif des livrets bancaires

Pire : le refuge que pouvaient représenter jusqu’ici le Livret A et ses cousins (LDDS, LEP, etc.) pourrait aussi perdre en attractivité. L’épargne réglementée a réussi une très bonne année 2019, qu’elle pourrait finir avec une collecte nette dépassant les 17 milliards d’euros. Livret A et LDDS ont notamment profité d’une rémunération, 0,75% net, qui, si elle est également historiquement basse, est exceptionnelle à l’heure actuelle pour des produits liquides à capital garanti. Cela devrait toutefois changer en 2020, et freiner un peu la collecte.

Pourquoi le taux du Livret A a toutes les chances de baisser en février

Bloqué à 0,75% sur décision du gouvernement depuis près de 3 ans, le taux du Livret A va être « dégelé » le 1er février 2020. Et sauf surprise, il devrait être ramené à 0,50%, le nouveau taux plancher depuis la réforme de la formule de calcul en avril 2018. C’est en tout cas la volonté du gouvernement et de la Caisse des dépôts, qui gère la majeure partie de son encours.

Lire sur le sujet : Livret A : sa baisse à 0,50% est une nécessité pour le gouvernement

Dans ce contexte, un placement va encore tirer son épingle du jeu en 2020 : les dépôts à vue, c’est-à-dire les comptes courants non rémunérés. Du 0% donc, ce qui n’est pas si mal, diront certains, en période de taux négatifs. En 2019, ces dépôts à vue « ont absorbé les deux tiers du supplément de flux lié à la hausse du pouvoir d’achat », estime Cyril Blesson : « Les Français n’ont pas la volonté d’aller chercher du rendement, ils remettent leurs arbitrages à plus tard et continuent à privilégier la sécurité ».

Un seul événement pourrait remettre en cause cette primauté, selon l’économiste : « Si les banques décidaient de répercuter les taux négatifs sur les épargnants ». C’est déjà le cas de certaines banques privées, qui taxent les dépôts de leurs clients les plus fortunés. Mais il est très improbable que cela soit étendu à l’ensemble des comptes : « Les Français ne le comprendraient pas ».

L’assurance vie entre deux eaux

Comme le Livret A, l’année 2019 a été bonne pour l’assurance vie, avec une collecte nette positive de 24 milliards d’euros à fin octobre, tirée surtout par les fonds euros, tandis que les unités de compte ont marqué le pas.

La situation pourrait s’inverser l’an prochain. Cyril Blesson pronostique en effet une « collecte nette négative sur les fonds euros ». En cause, la baisse des rémunérations, qui s’annonce spectaculaire - les premiers taux annoncés sont en chute libre. Mais aussi la politique des assureurs, contraints de restreindre l’accès aux fonds euros, à capital garanti, et d’orienter leurs clients vers les unités de compte, sensibles aux fluctuations des marchés financiers. « Cela devrait dissuader les épargnants qui ne souhaitent prendre aucun risque », estime Cyril Blesson.

En repli en 2019, les unités de compte devraient en revanche renouer avec un certain dynamisme en 2020, sans retrouver le niveau de 2018. Deux raisons à cela : la très bonne année 2019 du CAC 40, qui devrait ramener de la confiance chez les épargnants, et le nouveau Plan d’épargne retraite (PER), issu de la loi Pacte.

Voir aussi le comparatif des contrats d'assurance vie

LE PER va-t-il décoller ?

Commercialisé depuis le 1er octobre 2019, le PER va connaître en 2020 sa première vraie année d’existence. Va-t-il trouver son public ? « Il est difficile de faire des prévisions tant qu’on ne connaît pas précisément l’offre, mais le PER a des atouts qui devraient encourager les assureurs à le pousser. Ce ne sera pas une révolution, mais ça devrait gentiment décoller », pronostique Cyril Blesson.

La bourse va-t-elle continuer sur sa lancée ?

Après une année 2018 très compliquée, le CAC 40 s’est relevé en 2019 - dépassant même les 6 000 points, un première depuis la crise des subprimes il y a 12 ans - et est bien parti pour finir l’année avec une hausse de plus de 20%. « Cela devrait profiter aux produits boursiers en 2020, les Français ayant l’habitude d’acheter quand les marchés sont au plus haut », explique Cyril Blesson, qui opte pour la prudence en 2020, partant sur l’hypothèse d’une « CAC 40 stable ».

(1) Institut national de la statistiques et des études économiques.