Vers une large censure à gauche ?
Le président LFI de la commission des Finances, Eric Coquerel a dénoncé en conférence de presse un budget « déconnecté des réalités » du pays, et « récessif ».
Il s'en est notamment pris aux entrées d'argent qui reposeraient sur les retraites, « la hausse de la TVA », ou encore « des frais d'inscription pour le BTS ». « On touche la majeure partie de la population française (...) et les ultra-riches sont épargnés », a-t-il lancé.
Et le député de Seine-Saint-Denis d'égrener ses propres calculs de coupes budgétaires « en tenant compte de l'inflation ». Il a notamment avancé « - 2,4 milliards d'euros » sur le périmètre « travail et emploi », « -643 millions sur l'enseignement scolaire » ou « -448 millions d'euros » sur le logement, essentiellement en raison « du gel des APL », les aides au logement.
« Il n'y a aucune raison (...) de laisser passer un mauvais budget », a-t-il conclu, promettant une censure en cas de 49.3, et estimant qu'il en sera ainsi pour « tous les groupes de gauche ».
Les députés écologistes ont semblé faire un pas très net sur ce chemin mardi, dénonçant un budget « insupportable, inadmissible », et en concluant dans un communiqué « nous le censurerons ».
Côté PS, qui a accepté de ne pas censurer le gouvernement l'an dernier, l'accueil a été glacial : « il n'y a aucune main tendue, il n'y a absolument rien qui nous permette d'aller chercher un compromis », a affirmé devant la presse Estelle Mercier, députée PS cheffe de file sur le budget de l'Etat pour son groupe, soulignant que « la discussion risque d'être quand même très difficile ».
Le RN sévère, mais peu enclin à censurer
Face à la presse, le « monsieur budget » du groupe de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy, a critiqué un texte « consternant ». « Cette copie est très mauvaise et n'est pas capable de rétablir les finances publiques », a-t-il martelé.
Il a notamment accusé le gouvernement de se prêter à « un calcul bidon qui vise à présenter des économies » alors que le budget prévoit une « hausse des dépenses ».
« Il y a entre 14 et 17 milliards de hausse des prélèvements obligatoires », a-t-il ajouté, ce à quoi Matignon rétorque notamment qu'il n'y a « aucune hausse d'impôt généralisée ».
Relancé sur l'hypothèse d'une non-censure, le député de la Somme a répondu : « on est au bord de la crise obligataire, donc c'est sûr que censurer cette année est plus difficile que d'habitude parce que ça peut faire partir dans le décor le marché de la dette française ».
Mais « ce n'est pas une excuse pour que le gouvernement fasse n'importe quoi, à savoir racketter les Françaises et les Français, désindexer les pensions et surtout ne pas maîtriser les dépenses », a-t-il rajouté.
« Tout le monde nous regarde »
Le rapporteur général Philippe Juvin (LR), a lui lancé un appel à des débats « extrêmement humbles », au vu de la situation économique.
Il a jugé la cible inscrite dans le texte de 5% de déficit public en 2027 encore insuffisante et incertaine en raison de la conjoncture, mais « il faut absolument baisser la dépense », a-t-il martelé, soulignant que « de plus en plus, notre argent va vers le remboursement uniquement des intérêts de la dette au lieu d'aller vers l'hôpital, l'éducation, la recherche ».
« La Terre entière nous regarde et nous dépendons désormais des gens qui veulent bien nous prêter », a ajouté le rapporteur.
Avant lui, son prédécesseur Charles de Courson (Liot, opposition) a rappelé que le Haut conseil des finances publiques avait jugé « optimiste » les prévisions de croissance pour 2027 du gouvernement, et déploré que le redressement passait par une « hausse massive des prélèvements obligatoires ».

















