Le débat a été l'occasion pour le Premier ministre, disant engager sa responsabilité « devant l'Histoire », de défendre un budget de « sursaut », qui permettra d'augmenter les crédits de la défense de 6,5 milliards d'euros - occasion aussi pour lui de distribuer quelques coups de griffe et d'inviter à regarder « plus loin » que 2026.
La motion de censure commune des groupes Insoumis, écologiste et GDR (communistes et ultra-marins) a été approuvée par 267 députés, alors que 289 voix étaient nécessaires pour faire tomber le gouvernement. Celle du RN et de son allié le groupe ciottiste UDR a recueilli seulement 140 voix.
Les uns et les autres ont une nouvelle fois dénoncé sur le plan de la méthode le choix du Premier ministre de recourir à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, qui permet de faire passer un texte sans vote, en rupture avec la promesse faite en octobre devant le Parlement d'y renoncer.
L'écologie « au tout dernier rang »
Sur le fond, l'oratrice écologiste Christine Arrighi a fustigé un budget qui relègue l'écologie « au tout dernier rang », pointant notamment « l'effondrement » du budget alloué au Fonds vert : dédié à accompagner localement la transition écologique, celui-ci a, selon elle, vu ses crédits fondre de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 850 millions d'euros en 2026.
Pour le RN, Jean-Philippe Tanguy a critiqué un budget qui va alourdir les impôts « d'au moins 9 milliards d'euros », tout en creusant la dette. Comme déjà vendredi, le PS et LR ont refusé de s'associer à ces motions, au nom de la « stabilité » et de la nécessité de doter la France d'un budget.
Impôts et économies « imaginaires »
Le député LR Corentin Le Fur, saluant « l'humilité » et « l'écoute » de Sébastien Lecornu durant les débats, n'a cependant pas manqué d'égratigner un budget qui reste « largement imparfait », dans la mesure où il évite de s'attaquer suffisamment « au chantier fondamental de la réduction de notre dépense publique ». Prenant la parole après tous les orateurs, le Premier ministre a répondu sur un ton particulièrement offensif.
S'en prenant à tous ceux, à droite comme à gauche, qui « parlent d'un autre budget, mais sans jamais dire lequel », et font surgir des impôts ou des économies « imaginaires », l'ancien élu de la chambre haute n'a pas épargné la droite sénatoriale, qui se prétend « plus rigoureuse », mais in fine a voté « un budget à 5,3% de déficit ».
« Pour la première fois depuis longtemps, les chiffres disent une chose claire : la dépense ralentit réellement », a-t-il défendu, tout en affirmant la nécessité dans le futur de mener des « réformes de structures profondes » et de recentrer l'État sur « l'essentiel ».
Invitant à « regard(er) plus loin », il a souhaité que les crédits militaires puissent atteindre « des niveaux proches de 90 à 100 milliards d'euros par an », contre 57 en 2026, alors que « nous changeons de monde ». Le Sénat, qui examinera le texte jeudi, devrait le rejeter d'emblée, permettant son retour à rapide à l'Assemblée pour une lecture définitive.
Le Premier ministre pourrait ainsi engager la responsabilité de son gouvernement une troisième fois dès vendredi, s'exposant à deux dernières motions de censure, qui pourraient être rejetées le 2 ou le 3 février, fermant quatre mois de débats parlementaires sur le budget.
























