Inversion de la tendance

Viser une réduction d'un tiers du déficit de la Sécurité sociale représente une inversion de la tendance à la hausse observée depuis 2023, lorsque le déficit était descendu à 10,8 milliards d'euros. En 2024 et 2025, ce déficit a grimpé d'un tiers.

En 2026, il devrait encore progresser d'au moins 7%, à 23,2 milliards d'euros, selon des prévisions de la commission des comptes de la Sécurité sociale établies au printemps et en cours de mise à jour.

Retraités

Les retraités seront mis à contribution : le gouvernement hésite entre un gel partiel des pensions et une « réduction de la niche fiscale » dont ils bénéficient, mais les « petites retraites » seront protégées, a indiqué jeudi Sébastien Lecornu.

Normalement, les pensions de base augmentent chaque année en suivant l'inflation. Elles ont ainsi été revalorisées d'environ 15% entre 2022 et 2026.

Le gouvernement envisage de désindexer ou sous-indexer (augmenter, mais moins que l'inflation) les pensions supérieures à un certain niveau de revenus. Il n'a pour l'instant pas fixé ce seuil.

Les retraités peuvent aussi déduire 10% de leurs revenus annuels du montant imposable, dans la limite de 4.000 euros. Ce plafond pourrait être abaissé.

Matignon espère ainsi récupérer plusieurs milliards, mais « moins » que les 6 milliards initialement évoqués par le ministre des Comptes publics.

Arrêts maladie

« Nous comptons faire des efforts sur les arrêts maladie, pour environ 2 milliards d'euros », a annoncé jeudi Sébastien Lecornu, sans préciser comment. Leur montant global était de 17,9 milliards en 2025.

Le gouvernement a déjà décidé d'abaisser - de trois à un an - la durée d'indemnisation dont bénéficient certains patients à titre dérogatoire, notamment lorsqu'ils souffrent de dépression légère ou de troubles musculo-squelettiques. Cela permettrait selon le ministère de la Santé d'économiser « plusieurs centaines de millions d'euros ».

Un décret est aussi en préparation pour abaisser le maximum de salaire pris en compte pour le calcul des indemnités journalières après un accident du travail ou pour une maladie professionnelle, avec l'objectif d'économiser 270 millions d'euros.

Le reste des mesures n'est pas dévoilé.

La Cour des comptes a suggéré des pistes explosives, comme étendre le « délai de carence » (premiers jours d'arrêt non remboursés, souvent payés par l'employeur), ou instaurer une « carence d'ordre public », que l'employeur ne payerait plus.

Déremboursements, franchises

Cette mesure est déjà actée : pour économiser plus d'un milliard d'euros annuels, le gouvernement abaisse, dès janvier, la part remboursée par l'Assurance maladie sur certains soins, pour transférer cette charge aux complémentaires santé.

Les consultations chez le dentiste, certains soins dentaires et les dispositifs médicaux seront remboursées à 50% par l'Assurance maladie, contre 60% aujourd'hui. Le remboursement des transports sanitaires passera à 50% (contre 55%).

L'Assurance maladie abaisse aussi sa part sur les médicaments dont le « service médical rendu » est jugé faible (Betadine, Gaviscon, bains de bouche...) ou « moyen », comme les laxatifs.

Le gouvernement a aussi porté dès octobre à 140 euros -contre 100 aujourd'hui- le montant maximum annuel qu'est susceptible de payer un patient en « franchises » et « participations forfaitaires », le reste à charge remboursé ni par l'Assurance maladie ni par les complémentaires (1 euro par boîte de médicaments, 2 euros par consultation médicale, 4 euros par transport...).

Politique familiale

« La branche famille mérite au global une remise à plat », a jugé le Premier ministre dans Le Figaro. Il plaide pour un « recentrage » de l'allocation de rentrée scolaire, notamment. Un « gel » des APL (aides personnelles au logement) est aussi possible, a-t-il dit.

Mais « nous proposerons aussi des mesures de soutien aux familles, par exemple avec la création d'un +prêt à taux zéro natalité+ pour faciliter l'accès à la propriété d'un logement adapté pour les familles », a-t-il précisé.

Etrangers

Le gouvernement va « présenter une mesure d'alignement de droits, notamment pour les étrangers, sur ce qu'on appelle les allocations sociales non-contributives, c'est-à-dire celles qui ne dépendent pas du travail », a indiqué M. Lecornu.

« Quand un étranger arrive en France, de manière légale, il n'a aucune carence pour se faire ouvrir ses droits, là où un Français de l'étranger a lui un délai de carence », a-t-il poursuivi.

Indemnités de licenciement des hauts revenus

Selon Les Echos, le gouvernement pourrait économiser 440 millions d'euros en taxant davantage les indemnités de licenciement, rupture conventionnelle ou mise en retraite versées aux cadres à hauts revenus, qui bénéficient aujourd'hui d'importantes exonérations fiscales et sociales. La réforme ne concernerait que 5 % des salariés, particulièrement bien payés, qui touchent des indemnités supérieures à 48.060 euros.