L’Etat va-t-il piocher dans l’assurance vie des particuliers ou sur leurs comptes courants, par exemple, afin de financer les aides massives déployées pour lutter contre les conséquences de l’épidémie de coronavirus ? Si le gouvernement martèle que les hausses d’impôts ne sont pas au programme, il n’arrive pas à apaiser les craintes.

C’est une inquiétude qui grandit à mesure que la facture de la crise économique du coronavirus grossit : qui va payer ? Et si c’était les épargnants, comme le craignent déjà certains contributeurs sur le forum de MoneyVox ?

Il faut dire que les sommes déversées par les Etats ont de quoi donner le tournis. En France, le plan d'urgence de soutien à l'économie, avec des mesures comme le recours massif au chômage partiel, a été évalué à 100 milliards d'euros début avril, contre 45 milliards annoncés initialement. Mais la note finale risque d’être bien plus élevée puisqu’elle ne tient pas compte du plan de relance que le gouvernement compte mettre sur pied pour soutenir des secteurs fragilisés comme l'industrie automobile, l'aéronautique ou encore le tourisme.

Selon ses dernières prévisions, le déficit public serait de 9,1% du PIB et la dette totale du pays atteindrait les 115% du PIB à la fin de l'année, des chiffres jamais vus depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, selon le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin. Et « il faudra rembourser cet argent », prévient déjà le gouverneur de la Banque de France.

Le concours Lépine des taxes est ouvert

Le plus simple, pour certains, est d’aller le récupérer là où il se trouve : directement dans les poches des ménages. D’autant que le confinement a sérieusement limité les opportunités de consommer. Il a permis à une large partie de la population de faire des économies. Au total, l’épargne des ménages pourrait gonfler d’une soixantaine de milliards d’euros d’ici la fin mai, d’après la Banque de France.

Dans ce contexte, le concours Lépine des taxes est ouvert. Ainsi, les députés socialistes ont proposé, le mois dernier, la mise en place d'un prélèvement de 0,5% sur les encours d’assurance vie supérieurs à 30 000 euros afin de récupérer 9 milliards d’euros. Un amendement au projet de loi de finances rectificative qui a été rejeté.

Au même moment, trois économistes français ont dévoilé leur proposition de créer un impôt sur la fortune (ISF) au niveau européen. Mais ce n’est rien au regard de la suggestion du Fonds monétaires international en 2013, d'une taxe de 10% « sur tous les ménages disposant d'une épargne nette positive » afin de réduire l’endettement des Etats européens.

Si aucun pays n’a utilisé ce remède de cheval, d’autres potions amères ont été appliquées aux épargnants. En Italie, un prélèvement de 0,6% sur l'ensemble des dépôts bancaires avait permis de récolter près de 15 milliards d'euros pour réduire l’endettement du pays. Plus récemment encore, en 2013, Chypre avait envisagé, avant de faire machine arrière, une taxation de 6,75% sur les comptes inférieurs à 100 000 euros et de 9,9% au-dessus. Une piste à craindre pour les particuliers de l’Hexagone alors que les dépôts bancaires ont progressé de près de 20 milliards d’euros en mars ?

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Sur les réseaux sociaux, une rumeur, démentie en bloc par Bercy auprès de LCI, avançait qu’une taxation de 10% des comptes bancaires de moins de 100 000 euros et de 15% au-delà était à l’étude.

Pas de hausse d'impôts... à court terme

De son côté, le ministre de l’Economie tente de calmer le jeu. « Ce n’est pas les impôts qui financeront ces dépenses. C'est la puissance de l’économie française, c’est le retour de la croissance, qui nous permettront sur le long terme de nous débarrasser de cette dette », a indiqué Bruno Le Maire à la mi-avril. Il en a remis une couche jeudi soir sur BFMTV écartant le rétablissement de l’ISF et toute hausse d’impôts. « Augmenter les impôts, ce n'est pas notre choix », abonde son collègue Gérald Darmanin.

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« Pour relancer l’économie, les Français, c’est entendu, doivent consommer et arrêter d’épargner. S’ils épargnent, c’est avant tout parce qu’ils ont peur de l’avenir. Avec la crise décrite par les membres du gouvernement comme la plus sévère que notre pays a connue depuis 1929, il est assez logique qu’ils mettent de l’argent de côté. Pour retrouver les chemins des commerces, il faut qu’ils le puissent et qu’un minimum de confiance soit restauré. La taxation de l’épargne serait assez contreproductive, estime Philippe Crevel. Les Français pourraient alors certes ne plus placer leur argent sur les contrats d’assurance vie ou sur les PEA et choisir de le laisser sur leurs comptes courants ou sous leurs matelas. L’idée de réinstituer une taxe sur le patrimoine en s’inspirant de feu l’ISF rapporterait quelques milliards d’euros mais inciterait un certain nombre de contribuables de prendre le chemin de l’émigration et dissuaderait les investisseurs étrangers de choisir notre pays ».

Pour le directeur du Cercle de l’Epargne, tant que la France emprunte à des taux très bas et que la Banque centrale européenne (BCE) rachète une partie de la dette des pays de la zone euro, il n’y a pas trop d’inquiétude à avoir. « Nous ne soulignerons jamais assez que si nous nous trouvons dans une situation assez confortable aujourd'hui c'est grâce à l'action des banques centrales et surtout de la BCE qui nous a permis d'éviter un choc de taux massif », a affirmé mercredi le directeur général de l'Agence France Trésor, chargé de placer la dette française auprès des investisseurs.

...mais à moyen terme ?

Mais la politique de la BCE est loin de faire l’unanimité. Elle est actuellement mise en cause par la justice allemande qui s’inquiète des conséquences économiques d’une telle décision. Une chose est sûre, si la BCE ne peut plus absorber une grande partie du surcoût de la crise, alors le retour des hausses d’impôts en France est à craindre. « A moyen terme, il ne faut pas l’exclure, même si ce n’est bien sûr pas la priorité du moment », confirmait récemment Matthieu Plane, directeur adjoint de l'Observatoire français des conjonctures économiques, dans une interview à MoneyVox.

Pour éviter d’en arriver-là, l’enjeu pour le gouvernement sera donc, dans les mois qui viennent, d’inciter les ménages à déconfiner leur épargne plutôt que de le taxer. Mais si la consommation ne repart pas, alors la question pourrait bien se poser.

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